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ô pécheurs! que ce n'est pas pour les faire relâcher à cette condescendance molle et languissante que votre cœur insensible et impénitent exige d'eux : car cette prudence qu'on leur ordonne n'est pas cette fausse prudence de la chair qui flatte les vices et les désirs corrompus des hommes ; c'est une prudence spirituelle qui sacrifie la chair pour sauver l'esprit. C'est pourquoi le concile dit : Quantum splntus et prudentm suggesserit: Ayez de la prudence, dit ce saint concile; non pas une prudence qui suive la chair, mais une prudence guidée par l'esprit : spiritus et prudentia. Fit afin de leur faire [p. 13] craindre un relâchement excessif, il les avertit sagement que s'ils agissent trop indulgemment avec les pécheurs, en leur ordonnant des peines très légères pour des péchés très griefs, ils se rendent participants des crimes des autres.
O sentence vraiment terrible ! Que répondront devant Dieu ces confesseurs lâches et complaisants, qui auront corrompu par leur facilité criminelle la sévérité de la discipline ; lorsqu'ils verront d'un côté s'élever contre eux les Pères qui ont fait les canons, et particulièrement ceux de Trente, qui les ont avertis si sérieusement du péril où les engageait leur fausse et cruelle miséricorde; et, de l'autre, les pécheurs mêmes, dont ils auront lâchement flatté les inclinations corrompues? C'est vous, diront-ils, qui nous avez damnés, c'est votre pitié inhumaine, c'est votre pernicieuse indulgence. O Seigneur, faites-nous justice contre ces ignorants médecins qui, pour trop épargner le membre pourri, ont laissé couler le venin au cœur ; contre ces lâches conducteurs qui ont mieux aimé nous abandonner à la licence par une flatterie dangereuse, que de nous retenir sur le penchant par une discipline salutaire. Que reste-t-il donc. Chrétiens, sinon ([ue les prêtres et les confesseurs évitent cette double accusation des pontifes et des conciles, qui les reprendront d'avoir méprisé leurs lois, et des jiécheurs, qui se plaindront justement de ce qu'ils n'ont pas guéri leurs blessures? lia ! disait à ce [p. 14] sujet autrefois un très saint évêque de France, « je ne me sens pas assez innocent pour me vouloir charger des péchés des autres ; et je n'ai pas
assez d'éloquence pour pouvoir répondre aux accusations qu'intenteront un jour contre moi tant de saints et admirables prélats qui ont fait les lois des conciles : Ego me in hoc pcriculo mitterc omnïno non audeo, quia nec talia sunt mérita mea, ut aliorum peccata in me excipere prœsumam, nec tantam eloqnentiani habeo, ut ante tribunal Christi contra tôt ac tantos sacerdotes qui canones statuerunt, diccrc audcam. » Voilà quels doivent être les sentiments des confesseurs. Achevons, et disons un mot de la disposition des pénitents.
Troisième Point.
Deux dispositions qui semblent contraires, avec lesquelles il faut accomplir sa pénitence : la joie et la douleur. La joie, en considérant non la peine qu'elle nous fait souffrir, mais celle d'où elle nous tire. La douleur amère, pour plusieurs raisons : mais nous dirons en [p. 15] particulier une qui regarde la satisfaction. C'est que les confesseurs inclinent toujours à la miséricorde ; et quelque soin qu'ils aient de ne se point écarter des bornes d'une juste sévérité, néanmoins l'amour paternel que Dieu leur inspire pour leurs pénitents, et l'expérience qu'ils ont par eux-mêmes de l'infirmité, fait qu'ils penchent toujours beaucoup plus du côté de la douceur. Et donc y a-t-il rien de plus nécessaire que de suppléer le défaut de la peine corporelle par l'abondance de la douleur? C'est cette douleur qui a apaisé Dieu sur les Ninivites ; c'est elle qui, prenant en main la cause de Dieu, a détourné le cours de sa vengeance. Dieu les menaçait de les renverser, et ils se sont renversés eux-mêmes en détruisant par les fondements toutes leurs inclinations corrompues. De quoi vous plaignez-vous, ô Seigneur? voilà votre parole accomplie : vous avez dit que Ninive serait renversée, elle s'est en effet renversée elle-même. Ninive est véritablement renversée, en tournant en bien ses mauvais désirs ; Ninive est véritablement renversée, puisque le luxe de ses habits est changé en un sac et en un cilice ; la [p. 16] superfluité de ses banquets, en un jeûne austère ; la joie dissolue de ses débauches, aux saints
gémissements de la pénitence : Suhvertitur plane Xinîvc, dum, calcotis deterioribus studiis, in meliora convertitur; suhvertitur plane, dum purpura in cilicium, afflucntia in jejunium, lœtitia niutatiir in fletuni^. O ville utilement renversée !
Chrétiens, armons-nous de zèle ; que chacun renverse Ninive en soi-même, etc. Ville de Metz, que n'es-tu ainsi renversée ! Je désire ta grandeur et ton repos autant qu'il se peut, et plût à Dieu que je visse descendre sur toi les bénédictions que je te souliaite ! Toutefois ne t'offense pas si j'ose désirer aujourd'hui que tu sois entièrement renversée. Plût à Dieu que je visse à bas et les tables de tes débauchés, et les banques ^ de tes usuders, et les retraites honteuses de tes impudiques ! Plût à Dieu que j'entende bientôt cette bienheureuse nouvelle : l^oute la ville de Metz est abattue, mais elle est heureusement ^ abattue aux pieds des confesseurs, devant les tribunaux de la pénitence, qui sont érigés de toutes parts dans ce temple auguste ! Que tardes-tu, ô ville [de Metz] ? Renverse-toi par la pénitence ; cette chute te relèvera jusqu'à la gloire éternelle.
1. s. Eucher.. llomil. de pœnit. pourtant i)ni]josé de lire haiiijne.-\ Xinicit. — Euseb. Emiss., .s('M ^ofài.v conformément an sens; ajoutons: Euch. Lngd.. koi». de panit. Xinirif. conformément au manuscrit.
( Note de Bossuet.) 3. Bossuet, qui vient d'écrire : h!eii-
2. Edit. : les banquets. — ^[. Flo- heuretiste. écrit ici : huretisement. quet (Études.... t. I. p. 4S!i'l avait