I Cor.. VI. 17. 2. Apoc. m
cause de son innocence, il disposait librement des biens de son Dieu, qui semblait lui avoir tout mis à la main ^. Aussi certes, s'il m'est permis de parler comme nous parlons dans les choses humaines, ce n'était pas une connaissance d'un jour. Le saint homme François de Paule ayant commencé sa retraite à douze ans et ayant toujours donné, dès sa tendre enfance, des marques d'une piété extraordinaire, il y a grande apparence qu'il a toujours conservé l'intégrité baptismale. Et ce sont ces âmes que Dieu chérit, ces âmes toujours fraîches et toujours nouvelles, qui, gardant inviolablement leur première fidélité, après une longue suite d'années paraissent telles devant sa face, aussi saintes, aussi innocentes qu'elles sortirent des eaux du baptême. Et c'est, mes Frères, ce qui me confond. 0 Dieu de mon cœur, quand je considère que cette âme si chaste, si virginale, cette âme qui est toujours demeurée dans la première enfance du saint baptême, fait une pénitence si rigoureuse, je frémis jusqu'au fond de l'âme. Fidèles, quelle indignité ! Les innocents font pénitence, et les criminels vivent dans les délices !
O sainte pénitence, autrefois si honorée dans l'Église, en quel endroit du monde t'es-tu maintenant retirée? Elle n'a plus aucun rang dans le siècle : rebutée de tout le monde, elle s'est jetée dans les cloîtres ; et néanmoins ce n'est pas là qu'elle est le plus nécessaire. C'est là que se retirent les personnes les plus pures; et nous, qui demeurons dans les attachenaents de la terre, nous, que les vains désirs du siècle embarrassent en tant de pratiques criminelles, nous nous moquons de la pénitence, qui est le seul remède de nos désordres ! Consultons-nous dans nos consciences: sommes-nous véritablement chrétiens? Les chrétiens sont les enfants de Dieu, et les enfants de Dieu sont poussés par l'Esprit de Dieu, et ceux qui sont poussés par l'Esprit de Dieu, la charité de Jésus les presse. Hélas! oserions-nous bien dire que l'amour de Jésus nous presse, nous, qui n'avons d'empressement que pour les biens de la terre, qui ne donnons pas à Dieu un moment de temps bien entier, chauds pour les intérêts
1. Cette idée sera rinspiration du saiut. le G aviil ItifiO. générale d'un second panégyrique
du monde, froids et languissants pour le service du Sauveur Jésus? Certes, si nous étions, je ne dis pas pressés, nous n'en sommes plus à ces termes, mais si nous étions tant soit peu émus par la charité de Jésus, nous ne ferions pas tant de résolutions inutiles : le saint jour de Pâques ne nous verrait pas toujours chargés des mêmes crimes dont nous nous sommes confessés les années passées. Fidèles, qui vous étonnez de tant de fréquentes rechutes, ha ! que la cause en est bien visible ! Nous ne voulons point nous faire de violence, nous voulons trop avoir nos commodités ; et les commodités nous mènent insensiblement dans les voluptés : ainsi accoutumés à une vie molle, nous ne pouvons souffrir le joug de Jésus. Nous nous impatientons contre Dieu des moindres disgj'âces qui nous arrivent, au lieu de les recevoir de sa main ])our l'expiation de nos fautes ; et, dans une si grande délicatesse, nous pensons pouvoir honorer les saints, nous faisons nos dévotions à la mémoire de Françoise de Paule ! Est-ce honorer les saints, que de condamner leur vie par une vie tout opposée? Est-ce honorer les saints, que d'entendre parler de leurs vertus et n'être pas touchés du désir de les imiter? Estce honorer les saints, que de regarder le chemin par lequel ils sont montés dans le ciel et de prendre une route contraire ?
Figurez-vous, mes Frères, ([ue le vénéra])le François de Paule vous paraît aujourd'hui sur ces terribles autels, et qu'avec sa gravité et sa simplicité ordinaire : Chrétiens, vous dit-il, qu'êtes-vous venus faire en ce temple? Ce n'est pas pour m'y rendre vos adorations ; vous savez qu'elles ne sont dues qu'à Dieu seul. Vous voulez peutêtre que je m'intéresse dans vos folles prétentions. \ ous me demandez une vie aisée, à moi, qui ai mené une vie toujours rigoureuse. Je j)résenterai volontiers vos vœux à notre grand Dieu, au nom de son cher T'ils Jésus- Christ, pourvu que ce soit des vœux qui paraissent diunes de chrétiens. Mais apprenez de moi, que, si vous désirez que nous autres amis de Dieu priions pour vous notre commun Maître, il veut que vous craigniez ce que nous avons craint, et que vous aimiez ce que nous avons aimé sur la terre. En vivant de la sorte, vous nous
trouverez de vrais frères et de charitables intercesseurs. Allons donc tous ensemble, Fidèles, allons rendre les vrais honneurs à l'humble François de Paule. Je vous ai apporté en ce lieu des reliques de ce saint homme : l'odeur qui nous reste de sa sainteté, et la mémoire de ses vertus, c'est ce qu'il a laissé sur la terre de meilleur et de plus utile ; ce sont les reliques de son âme. Baisons ces précieuses reliques, enchâssons-les dans nos cœurs, connue dans un saint reliquaire ^ . Ne souhaitons pas une vie si douce ni si aisée ; ne soyons pas fâchés quand elle sera détrempée de quelques amertumes. Le soldat est trop lâche, qui veut avoir tous ses plaisirs pendant la campagne ; le laboureur est indigne de vivre, qui ne veut point travailler avant la moisson. Et toi, dit Tertullien", tu es trop délicat chrétien, si tu désires les voluptés même dans le siècle. Notre temps de délices viendra ; c'est ici le temps d'épreuve et de pénitence. Les impies ont leur temps dans le siècle, parce que leur félicité ne peut pas être éternelle : le nôtre est différé après cette vie, afin qu'il puisse s'étendre dans les siècles des siècles. Nous devons pleurer ici-bas, pendant qu'ils se réjouissent ; quand l'heure de notre triomphe sera venue, ils commenceront à pleurer. Gardons-nous bien de rire avec eux, de peur de pleurer aussi avec eux ; pleurons plutôt avec les saints, afin ^ aous ^^^fmnr «a leur compaunie. Gémissons en ce monde, comme a fait le pauvre François : soyons imitateurs de sa pénitence, et nous serons compaunons de sa uloire. Amen.
1. Réminiscence du 1" Panèffi/- du passage analogue à celui-ci (t. I. riqiie île saint (ioryoïi. Elle justifie ji. 33). la restitution que nous avons faite 2. Dv ."^pecfac. n. 2!*.
Kîo.j ou KiÔf).
Quatre nouvelles pages ^ seulement ont été écrites à l'occasion de la reprise - du sujet traité en 1654. Elles furent résumées avec le reste, avant le Carême de 1662.
Sommaire : Pentecôte : Littcra occidit.
Double vertu de la Loi: elle dirige, elle condamne ; son équité, sa sévérité. Elle suffit pour nous condamner : c'est assez <le prononcer au dehors. Elle ne suffit pas toute seule pour nous justifier : il faut que le Saint-Esprit la porte au dedans. — Être sous la loi, être avec la loi. (Exordc, p. 1, 2, 3, 4.)
Littera occidit, spiritits autem vii^ificat.
I^a lettre tue, mais l'esprit vivifie.
(II Cor., III, 6.)
[P. 1] Si vous me demandez, Chrétiens, pour quelle cause la Pentecôte, qui a été une cérémonie du peuple ancien, est devenue la solennité du peuple nouveau, et d'où vient que, depuis l'Orient jusqu'à l'Occident, tous les fidèles s'en réjouissent comme de la sainte nativité ou de la glorieuse résurrection de notre Sauveur, je vous en dirai la raison avec le secours de cet Esprit-Saint qui a rempli en ce jour sacré l'âme des apôtres. C'est aujourd'hui que l'Église a pris sa naissance; aujourd'hui, par la prédication du saint Évangile, la doctrine de Jésus-Christ a conniiencé d'éclairer les hommes^; aujourd'hui, les sacrifices des animaux étant rejetés "*, l'Esprit de Dieu descendant du ciel s'est fait des hosties raisonnables ; et au lieu que la loi mosaïque avait été gravée sur des pierres, la loi de la nouvelle alliance, que Jésus est venu annoncer au monde, a été écrite dans
1. Ms. fr.l2824. f. 163. Pagine 1. 2, :{. Var. : le monde. 3, 4. 4. Var. : abolis.