‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 30 sur 397 · Voy. t. I, p. Ô · texte numérisé non relu

Voy. t. I, p. Ô

le fond des cœurs, comme dans des tables vivantes. C'est là le mystère que nous honorons; et c'est ce qu'avaient prédit les anciens oracles, qu'il y aurait un jour une loi nouvelle qui serait écrite dans l'esprit des hommes et gravée profondément dans les cœurs: Dabo legeni meam in visccribus conim ^. C'est pour cela que le Saint-Esprit remplit aujourd'hui l'Église naissante ; et que, non content de paraître aux jeux sous une apparence visible, il se coule efficacement dans les âmes pour leur enseigner au dedans ce que la Loi leur montre en dehors.

Mais, comme il importe que nous pénétrions ce que c'est que cette loi gravée dans les cœurs et quelle est la nécessité de cette influence secrète de l'Esprit de Dieu dans nos âmes, écoutez l'apôtre saint Paul, qui nous expliquera ce mystère dans les quatre mots que j 'ai rapportés : La lettre tue, l'esprit vivifie.

Pour comprendre solidement sa pensée, remarquons deux grands effets de la loi : elle dirige ceux qui la reçoivent, elle condamne ceux qui la rejettent ; elle est la règle des uns, le juge des autres : de sorte que nous pouvons distinguer comme deux qualités dans la loi. Il y a son équité qui dirige, il y a sa sévérité qui condamne ; et il faut nécessairement, ou que nous suivions la première, ou que nous souffrions la seconde : c'est-àdire que, si l'équité ne nous règle, la sévérité nous accable ; [p. 2] et que la force de la loi est telle, qu'il faut qu'elle nous gouverne ou qu'elle nous perde. Ceux qui s'y attachent se rangent eux-mêmes en se conformant à la règle ; ceux qui la choquent se brisent contre elle. La loi tue lorsqu'elle nous dit : Si tu n'obéis, tu mourras de mort"^ ; et la loi aussi vivifie, parce qu'il est écrit dans les saintes Lettres : Fais ces choses, et tu vivras: elle tue ceux qu'elle condamne, elle vivifie^ [p. 3] ceux qu'elle dirige. Mais il y a cette différence notable, par laquelle nous connaîtrons le sens de l'Apôtre dans le passage que nous traitons : c'est que la loi suffit toute seule pour donner la mort au pécheur, et qu'elle

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"2. Exod.. XXI. 12 et seq. même de la suivante. •". Cette seconde page ne contient

ne suffit pas toute seule pour donner le salut au juste ; et la raison en est évidente. Pour donner la mort au pécheur, c'est assez que la loi prononce au dehors la sentence qui le condamne; et c'est ce qu'elle fait toute seule avec une autorité souveraine. Au contraire, pour donner la vie, il faut qu'elle soit écrite au dedans, parce que c'est là qu'elle doit agir ^ ; et elle n'y peut entrer par ses propres forces. Elle retentit aux oreilles, elle brille devant les yeux ; mais elle ne pénètre point dans le cœur : il faut que le Saint-Esprit lui ouvre l'entrée. Par où nous pouvons aisément comprendre " le raisonnement de l'Apôtre. Tant que la loi demeure hors de nous, qu'elle frappe seulement les oreilles, elle ne sert qu'à nous condanuier : c'est pourquoi c'est une lettre qui tue ; et lorsqu'elle entre dans l'intérieiîr pour y opérer le salut des hommes, c'est le Saint-Esprit qui l'y grave : c'est pourquoi c'est l'F.sprit [p. 4] qui nous vivifie. Connue nous sommes tout ensemble durs et ignorants, il ne suffit [pas] de nous enseigner, il faut encore nous amollir. Ainsi vous n'avez rien fait, ô divin Sauveiu" ! de nous avoir prêché au dehors les préceptes de votre Évangile, si vous ne parlez au dedans d'une manière secrète et intérieure, par l'infusion de votre Esprit-Saint. De là il est facile d'entendre quelle est l'opération de la loi, et quelle est celle de l'Esprit de Dieu. Parce qu'il voit que la loi nous tue, quand elle agit seulement au dehors, il l'écrit dans le fond du cœur, afin qu'elle nous donne la vie. L'équité de la loi se présente à nous, sa sévérité nous menace ; et le Saint- Esprit qui nous meut, afin que nous puissions éviter la sévérité qui condamne, nous fait aimer l'équité qui règle: de peur que nous soyons captifs sous la loi comme criminels, il fait que nous l'embrassons comme ses amis, et c'est ainsi qu'il nous vivifie. De sorte que tout le dessein de l'Apôtre, dans le passage que nous expliquons, c'est en premier lieu de nous faire voir la loi ennemie de l'homme pécheur, qui le tue et qui le condamne ; et ensuite l'homme pécheur, devenu ami de la loi, qui l'embrasse et qui la chérit par l'opération de la

L Var. : c'est le dedans qu'elle 2. Var. : Et par liï nous voyems

doit régler. paraître.

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<j;râce. Et qu'est-ce qu'écrire la loi dans nos cœurs, sinon faire que nous l'aimions d'une affection si puissante que, malgré tous les obstacles du monde, elle devienne la rèyle de notre vie? De cette sorte le Saint-Esprit, de peur que la loi ne nous jua^e, il la porte au dedans du cœur, afin qu'elle nous dirige ; de peur que nous soyons sous elle comme criminels, il fait que nous l'embrassons comme amis ^.

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