Vai'. : le mystère accompli. cette plaie
3. Yar. : vous représenter la déso- .">. Yar. : de peindre, lation de Marie.
Non, il ne faut point allumer de feux, il ne faut ])oint armer les mains des bourreaux, ni animer la rage des persécuteurs, pour associer cette mère aux souffrances de Jésus-C'lirist. Il est vrai que les saints martyrs avaient besoin de cet attirail : il leur fallait des roues et des chevalets ; il leur fallait des ongles de fer pour marquer leurs corps de ces traits sanglants qui les rendaient semblables à Jésus-Christ crucifié. Mais si cet horrible appareil était nécessaire pour les autres saints, il n'en est pas ainsi de Marie ; et c'est peu connaître quel est son amour, que de croire qu'il ne suffit pas pour son martyre': il ne faut qu'une même croix pour son bien-aimé et pour elle. Voulez-vous, ô Père éternel, qu'elle soit couverte de plaies? faites qu'elle voie celles de son Fils, conduisez-la seulement au pied de sa croix ', et laissez ensuite agir son amour.
Pour bien entendre ' cette vérité, il importe que nous fassions tous ensemble quelque réflexion sur Famour fies mères; et ce fondement étant supposé, connne celui de la sainte Vierge passe de bien loin toute la nature, nous porterons' aussi plus haut nos pensées. Mais voyons auparavant quelque ébauche de ce que la grâce a fait dans son cœur, en remarquant les traits merveilleux que la nature a formés dans les autres mères. On ne peut assez admirer les moyens^ dont elle se sert pour unir les mères avec leurs enfants : car c'est le but auquel elle vise, et elle tâche de n'en faire qu'une même chose ; et il est aisé de le remarquer dans tout Tordre de ses ouvrages'. Et n'est-ce pas en eff et ** pour cette raison cjue le premier soin de la nature, c'est d'attacher les enfants au sein de leurs mères? Elle veut que leur nourriture et leur vie passe par les mêmes canaux ; ils courent ensemble les mêmes périls; ce n'est qu'une même "personne.. Voilà une liaison étroite; mais .peutêtre pourrait-on se jiersuader cjue les enfants en venant au monde ronqient le nœud de cette union. Non, Mes-
1. Var. : ]\lfiie/.-la -eiik-iiient pvo- I. \';[]-. : la t-oiiiluite.
flie (le sa cmix. - aii]irfs de sa .'). Var. : de sa eonduite. — de .ses
eniix. desseins.
2. Seconde rédaction. Voir la pre- (>. Ces deux mots, surcharge à niière à la suite du sermon. ])eine lisible, ont été oul)liés ]y,n les
;{. Var. : nous pousseron.s. éditeurs.
sieurs ; ne le croyez pas : nulle force ne peut diviser ce que la nature a si bien lié ; sa conduite sage et prévoyante ^ y a pourvu par d'autres moyens. Quand cette première union finit, elle en fait naître une autre en sa place; elle forme d'autres liens, qui sont ceux de l'amour et de la tendresse : la mère porte ses enfants d'une autre façon, et ils ne sont pas plus tôt sortis des entrailles qu'ils commencent à tenir beaucoup plus au cœur". Telle est la conduite de la nature, ou plutôt de celui qui la gouverne ; voilà l'adresse dont elle s-e sert pour unir les mères avec leurs enfants ' et empêcher qu'elles s'en détachent : l'âme les reprend par l'affection en même temps que le corps les quitte ; rien ne les leur peut arracher du cœur ; la liaison est toujours si ferme, qu'aussitôt que les enfants sont agités, les entrailles des mères sont encore émues, et elles sentent tous leurs mouvements d'une manière si vive et si pénétrante, qu'à peine leur permet-elle de s'apercevoir que leurs entrailles en soient déchargées '.
En effet, considérez, Chrétiens, car un exemple vous en dira [p. 4] plus que tous les discours, considérez les empressements d'une mère que l'Évangile nous représente. J'entends parler de la Chananée, dont la fille est tourmentée du démon "' : regardez-la aux pieds du Sauveur ; voyez ses pleurs, entendez ses cris, et voyez si vous pourrez distinyuer qui souffre le plus, de sa fille ou d'elle : Ayez pitié de moi, ô FiJ^t de David : ma fiUe est travaillée du démoii '^. Remarquez qu'elle ne dit pas : Seigneur, ayez pitié de ma fille. Ayez, dit-elle, ])itié de moi. Mais si elle veut qu'on ait pitié d'elle, qu'elle parle donc de ses maux! Non, je parle, dit-elle, de ceux de ma fille. Pourquoi exagérer mes douleurs? N'est-ce pas assez des maux de ma fille jiour me rendre digne de pitié? Il me semble que je la porte toujours en mon sein, puisque aussitôt qu'elle est agitée, toutes mes entrailles sont encore émues: In illa vim paiior ; c'est
1 . Var. : -^a pnulence. 4. A'ar. : qu'elle ne leur permet pas
2. Var. : la mère les; jiorte d'une «le s'apercevoir qu'elles en aient été autre façon, et les enfants sortant sé))arées.
(les entrailles eomniencent à tenir ."). Var. : du malin es] rit.
beaucoup plus au cœur. li. Mattli.. xv. 2'!.
;$. Var. : une mère avec ses enfants.
ainsi que la fait parler saint ^ Basile de Séleucie " : ce Je suis tourmentée en sa personne; si elle pâtit, j'en sens la douleur : ejus est passlo, meus vero dolor ; le démon la frappe, et la nature me frappe moi-même : hnnc dscmou, me natura vexât ; tous les coups tombent sur mon cœur, et les traits de la fureur de Satan passent par elle jusque sur mon ârae^: hanc dœmon, vie natura vexât; et ictus quos infligit, per ilJam ad me usque pervadunt. » Vous voyez dans ce bel exemple une peinture bien vive de l'amour des mères; vous voyez la merveilleuse communication par laquelle il les lie avec leurs enfants, et c'est assez pour vous faire entendre que les douleurs de Marie sont inexplicables.
Mais, mes Frères, je vous ai promis d'élever plus haut vos pensées ; il est temps de tenir parole, et de vous montrer des choses bien plus admirables. Tout ce que vous avez vu dans la Chananée n'est qu'une ombre très imparfaite de ce qu'il faut croire en la sainte Vierge. Son amour plus fort sans comparaison fait une correspondance beaucoup plus parfaite ; et encore qu'il .^oit impossible d'en comprendre toute l'étendue, toutefois vous en prendrez quelque idée, si vous en cher- <^hez le principe en suivant ce raisonnement, [p. 5] Tout* ce qui produit aime son ouvrage; il n'est rien de plus naturel : le même principe qui nous fait agir, nous fait aimer ce que nous faisons ; tellement que la même cause qui rend les mères fécondes pour produire, les rend aussi tendres pour aimer. Voulons-nous ^ savoir. Chrétiens, quelle cause a formé l'amour maternel qui unit Marie avec Jésus-Christ, voyons d'où lui vient sa fécondité.
Dites-le nous, ô divine Vierge, dites-nous par quelle vertu vous êtes féconde : est-ce par votre vertu naturelle? Non, mes Frères, il est impossible. Au contraire,