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raison sans doute est solide ; mais si nous savons pénétrer au fond du mystère, nous verrons quelque chose de plus relevé dans cette conduite de notre Sauveur. Je dis donc que la cause la plus apparente de ce que le Calvaire le voit si paisible, lui que le mont des Olives a vu si troublé, c'est qu'à la croix et sur le Calvaire, il est dans l'action même de son sacrifice, et aucune action ne doit être faite avec un esprit plus tranquille. Toi qui, assistant au saint sacrifice, laisse [s] inconsidérément errer ton esprit, suivant que le poussent deçà et delà la curiosité ou la passion, arrête le cours de ces mouvements. Ha ! tu n'as pas encore assez entendu ce que c'est que le sacrifice.
Le sacrifice est une action par laquelle tu rends à Dieu tes hommages: or qui ne sait, par expérience, que toutes les actions de respect demandent une contenance remise et posée? C'est le caractère du respect. Dieu donc, qui pénètre jusqu'au fond des cœurs, croit c^u'on manque de respect pour sa majesté. Or l'âme ne se compose elle-même qu'en réglant^ tous ses mouvements. Il n'est donc rien" de plus véritable que le pontife doit sacrifier d'un esprit tranquille ; et cette huile dont on le sacre, dans le I^évitique^, ce symbole sacré de la paix qu'on répand abondamment sur sa tête, l'avertit qu'il doit avoir la paix dans l'esprit, en éloignant toutes les pensées qui en détournent l'application, et qu'il la doit aussi avoir dans le cœur, en calmant tous les mouvements qui en troublent la sérénité. O Jésus, mon divin Pontife, c'est sans doute pour cette raison que vous vous montrez si tranquille dans votre agonie ! Il est vrai qu'il paraît ému ^ au mont des Olives ; mais c^est un trouble volontaire", dit saint Augustin^, qu'il lui plaisait d'exciter lui-même. Pour quelle raison. Chrétiens ? C'est qu'il se considérait comme la victime ; il voulait agir comme victime ; il prenait, si l'on peut parler de la sorte, l'action et la posture d'une victime, et il [se '] laissait traîner à l'autel avec frayeur
1. Yar. : ...pour sa majesté, si l'âme 4. Var. : troublé, nesecomposeelle-mêmeenréglant... ô. Yar. : Mais ce trouble, rlit saint
2. Yar. : Par conséquent, il n'est Augustin, était volontaire, rien. fi. Tract. IX /;/ Joau.
a. Lev.. VIII. I-J. 7. Deforis : la.
et tremblement. Mais aussitôt qu'il [p. 12] est à l'autel, et qu'il commence à faire la fonction de prêtre ; aussitôt qu'il a eu élevé ses mains innocentes pour présenter la victime au ciel irrité, il ne veut plus sentir aucun trouble, il ne fait plus paraître de crainte, parce qu'elle semble marquer quelque répugnance; et encore (lue ses mouvements dépendent tellement de sa volonté que la paix de son âme n'en est point troublée, il ne veut plus souffrir la moindre apparence de trouble ; afin, mes Frères, que vous entendiez que c'est un pontife miséricordieux, qui, sans force et sans violence, d'un esprit tranquille et d'un sens rassis, s'immole luimême volontairement, poussé par l'amour de notre salut. De là cette action remise et paisible qui fait qu'au milieu de tant de douleurs, // meurt plus doucement \ dit saint Augustin', que nous n'avons aceoutumé de nous endormir.
Voilà, Chrétiens, ce grand mystère que j'avais promis de vous découvrir ; mais ne croyez pas qu'il soit achevé en la personne de Jésus-Christ : il inspire ce sentiment à sa sainte Mère, parce qu'elle doit avoir part à ce sacrifice ; elle doit aussi immoler ce Fils : c'est pourquoi elle se compose aussi bien que lui, elle se tient droite au pied de la croix, pour marquer une action plus délibérée: et, malgré toute sa douleur, elle l'offre de tout son cœur au Père éternel, pour être la victime de sa vengeance. Mes Frères, réveillez vos attentions, venez apprendre de cette Vierge à sacrifier à Dieu constanmient tout ce que vous avez de plus cher. Voilà Marie au pied de la croix, qui s'arrache le cœur, pour livrer son Fils unique à la mort : elle l'offre, non pas une fois: elle n'a cessé de l'offrir, depuis que le bon Siméon lui eut prédit, par l'ordre de Dieu, les étranges contradictions qu'il devait souft'rir. Depuis ce tempslà. Chrétiens, elle l'offre tous les moments de sa vie: elle en achève l'oblation à la croix. Avec quelle résignation ' ? C'est ce qu'il n'est pas possible que je vous explique : jugez-en vous-mêmes i)ar l'Évangile et par la suite de ses actions.
1. V'ar. : avec plus de ti-anquillitù. S. Bossiiet a écrit : rcfind/ldii.