Serm. IV. de Symh. ad Catech
être mère des chrétiens, qu'elle ne donne son bien-aimé à la mort : ô fécondité douloureuse ! Mais il faut, Messieurs, vous la faire entendre, en rappelant à votre mémoire cette vérité importante, que c'était la volonté du Père éternel de faire naître les enfants adoptifs par la mort du Fils véritable. Ha ! qui pourrait ne s'attendrir pas à la vue d'un si beau spectacle?
Il est vrai qu'on ne peut assez admirer cette immense charité de Dieu, par laquelle il nous a choisi [s] pour enfants. Il a engendré dans l'éternité un Fils qui est égal à lui-même, qui fait les délices de son cœur, qui contente entièrement ^ son amour, comme il épuise sa fécondité ; et néanmoins, ô bonté ! ô miséricorde ! ce Père, ayant un Fils si parfait, il ne laisse pas d'en adopter d'autres : cette charité qu'il a pour les hommes, cet amour inépuisable et surabondant fait qu'il donne des frères à ce premier-né, des compagnons à cet unique, et enfin des cohéritiers à ce bien-aimé de son cœur. Il fait quelque chose de plus, et vous le verrez bientôt au Calvaire. Non seulement il joint à son propre Fils des enfants qu'il adopte par miséricorde ; mais, ce qui passe toute créance, il livre son propre Fils à la mort, pour faire naître les adoptifs. Qui voudrait adopter à ce prix, et donner un fils pour des étrang-ers? C'est néanmoins ce que fait le Père éternel.
Et ce n'est pas moi qui le dit, c'est Jésus qui nous l'enseigne dans son Évangile^. Dieu a tant aimé le monde (écoutez, hommes mortels, voilà déjà l'amour de Dieu qui paraît sur vous, c'est le principe de votre adoption), qu'il a donné son Fils unique^ (ha ! voilà le Fils unique livré à la mort ; paraissez maintenant, enfants adoptifs!) afin que ceux qui croient ne périssent pas, mais qu'ils aient la vie éternelle. Ne voyez-vous pas manifestement qu'il donne son propre Fils à la mort poux faire naître les enfants d'adoption, et que cette même charité du Père qui le livre, qui l'abandonne, qui le sacrifie, nous adopte, nous vivifie et nous régénère ? comme si le Père éternel ayant vu* que l'on n'adopte des