Joan., XIX, 26. mi Inctus potins
Ne vous semble-t-il pas, mes Frères, que ces paroles ont été faites pour représenter les douleurs de la divine Marie ? « Femme, dit Jésus, voilà votre fils : Ecce filius tuus. » Ha! c'est ici, dit-elle \ le dernier adieu; mon Fils, c'est à ce coup que vous me quittez : mais, hélas ! quel fils me donnez-vous en votre place? et faut-il que Jean me coûte si cher ? Quoi ! un homme mortel pour un homme-Dieu ! Ha ! cruel et funeste échange ! triste et malheureuse consolation !
Je le vois bien, ô divin Sauveur, vous n'avez pas tant dessein de la consoler que de rendre ses regrets ^ immortels. Son amour accoutumé à un Dieu, ne rencontrant en sa place qu'un homme mortel, en sentira beaucoup mieux ce qui lui manque ^ ; et ce fils que vous lui donnez semble paraître toujours à ses yeux plutôt pour lui reprocher son malheur que pour réparer son dommage*. Ainsi cette parole la tue, et cette parole la rend féconde : elle devient mère des chrétiens parmi l'effort d'une affliction sans mesure. On tire de ses entrailles les nouveaux enfants avec le glaive et le fer, et on entr'ouvre son cœur avec une violence incroyable, pour y enter cet amour de mère qu'elle doit avoir pour tous les fidèles.
Chrétiens, enfants de A-Larie, mais enfants de ses déplaisirs, enfants de sang et de douleurs, pouvez-vous écouter sans larmes les maux que vous avez faits à votre mère ? pouvez-vous oublier ses cris, parmi lesquels elle vous enfante? L'Ecclésiastique disait autrefois: « Gemitus matris tuse ne ohliviscaris "^ : N'oublie pas les gémissements de ta mère. » Chrétien, enfant de la croix, c'est à toi que ces paroles s'adressent. Quand le monde t'attire par ses voluptés, pour détourner l'imagination de ses délices pernicieuses, souviens-toi des pleurs de Marie, et n'oublie jamais les gémissements de cette mère si charitable : Ne ohliviscaris gemiUis matris tuse. Dans les tentations violentes, lorsque tes forces sont presque abattues, que tes pieds chancellent dans la droite voie ;