‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 313 sur 397 · Ms. fr. 12824. f. 165-178. — Le sommaii-e. f · texte numérisé non relu

Ms. fr. 12824. f. 165-178. — Le sommaii-e. f

Communauté de biens de l'Église. Nécessité d'assister les pauvres. Ananias et Saphira (p. 13).

Tô llv£ij|j.a ijLT) aêÉvvuXc.

Spiritum nolite exstinguere.

N'éteignez pas l'Esprit.

(I Thess., V, 19.)

Cette ^ joie publique et universelle, qui se répand par toute la terre dans cette auguste solennité, avertit les chrétiens de se souvenir que c'est en ce jour que l'Église est née et que nous sommes nés avec elle par la grâce de la nouvelle alliance. Il n'est point de nations si barbares, ni de peuples si éloignés, qui ne soient invités par le Saint-Esprit à la fête que nous célébrons. Si étrange que soit leur langage, ils pourront tous l'entendre aujourd'hui dans la bouche des saints apôtres ; et Dieu nous montre par ce miracle, que cette Église si resserrée, que nous voyons naître en un coin du monde, s'étendra un jour par tout l'univers', et attirera tous les peuples, puisque déjà, dès sa tendre enfance, elle parle toutes les langues : afin, Mesdames, que nous entendions que, si la confusion de Babel les a autrefois divisées, la charité chrétienne les unira toutes, et qu'il n'y en aura point de si rude ni de si irrégulière en laquelle on ne prêche le Sauveur Jésus et les mystères de son Évaiigile. Que reste-t-il donc maintenant, sinon que, participant de tout notre cœur à la joie commune de tout le monde, nous tâchions ^ de nous revêtir de l'esprit de cette Église naissante, c'est-à-dire du Saint-Esprit même, après que nous aurons imploré sa grâce par l'intercession de Marie, qui le reçoit aujourd'hui avec tous les autres, mais qui était accoutumée dès longtemps à sa bienheureuse présence, puisqu'il était, survenu en elle lorsque l'Ange la salua par ces mots : Ave, [gratin plena] ?

[P. 1] Puisque cette sainte journée fait revoir à tous les fidèles la solennité bienheureuse en laquelle l'Esprit de Dieu se répandit avec abondance sur les disciples de Jésus-Christ et sur son Église naissante, je me persuade

l.F. 117 yo, après la péroraison. pions saintement à la joie commune

2. Var. : remplira un jour tous les de tout le monde, et que nous tâ-

peuples. chions...

^. Var. : sinon que nous partiel-

DE LA PENTECOTE. 493

aisément, âmes saintes et religieuses, que, rappelant en votre mémoire une grâce si signalée, vous aurez aussi préparé vos cœurs pour la recevoir en vous-mêmes, et pour être les temples vivants de ce Dieu qui descend sur nous. Que si je ne me trompe pas dans cette pensée, s'il est vrai, comme je l'espère \ que le Saint-Esprit vous anime, et que vous brûliez de ses flammes, que puis-je faire de plus convenable, pour édifier votre piété, que de vous exhorter, autant que je puis, à conserver cette ardeur divine, en vous disant avec l'Apôtre : « Spiritum nolite exstinguere : Gardez-vous d'éteindre l'Esprit. » Car, mes Sœurs, ce divin Esprit, qui est tombé sur les saints apôtres sous la forme visible du feu, se répand encore invisiblement dans tout le corps de l'Église : il ne descend pas sur la terre pour passer légèrement sur les cœurs ; il vient établir sa demeure dans la sainte société des fidèles : Apud vos manehit' ^ C'est pourquoi nous apprenons par les Écritures qu'il y a un esprit nouveau^, un esprit du christianisme et de l'Évangile, dont nous devons tous être revêtus ; et c'est cet esprit du christianisme que saint Paul nous défend d'éteindre. Il faut donc entendre aujourd'hui quel est cet esprit de la loi nouvelle qui doit animer tous les chrétiens ; et, pour le comprendre solidement, écoutez, non point mes paroles, mais les saints enseignements de l'Apôtre, que je choisis pour mon conducteur. Grand Paul, expliqueznous ce mystère.

Nous voyons par expérience que chaque assemblée, chaque compagnie a son esprit particulier^, et quand nos charges ou nos dignités nous donnent place dans quelque corps, aussitôt on nous avertit de prendre l'esprit de la compagnie dans laquelle nous sommes entrés. Quel est donc l'esprit de l'Église, dont notre baptême nous a faits les membres ? et quel est cet esprit nouveau qui se répand aujourd'hui sur les saints apôtres, et qui doit se communiquer à tous les disciples de l'Évangile? Chrétiens, voici la réponse de l'incomparable docteur des Gentils : « Non dédit nohis Dcns spiritum tiinot'is,

1. Var. : ce que je présume. 4. Cf. la même idée. t. IV. Pauég.

2. .Toan., xiv, 17. — Ms. : In vobis.. S. Sulpice. :^. Ezech., XI. 19 ; xxxti, 26.

sed virtutis et dilectionis ^ : Sache, dit-il, mon cher Timothée, car c'est à lui qu'il écrit ces mots, que Uieu ne nous donne pas un esprit de crainte, mais un esprit de force et d'amour » ; par conséquent saint Paul nous enseigne que cet esprit de force et de charité, c'est le véritable esprit du christianisme.

Mais il faut entrer plus avant dans le sentiment de l 'Apôtre ; et pour cela remarquez. Messieurs, que la profession du christianisme a deux grandes obligations, que Jésus-Christ nous a imposées. Il oblige premièrement ses disciples à l'exercice d'une rude guerre : il les oblige secondement à une sainte et divine paix. Il les prépare à la guerre, quand il les avertit en plusieurs endroits que tout le monde leur résistera : c'est pourquoi il veut qu'ils soient violents ; [p. 2] et il les oblige à la paix, lorsque, malgré ces contradictions, il leur ordonne d'être pacifiques. Il les prépare à la guerre, quand il les envoie « au milieu des loups, in medio luporum », et il les oblige à la paix, quand il veut « qu'ils soient des brebis, sicut oves ^ » ; il les prépare à la guerre, quand il dit ' dans son Évangile qu'il jette un glaive au milieu du monde, pour être le signal du combat : Non veni pacem mittere, sed gladium^ ; et il les oblige à la paix, quand il promet d'allumer un feu pour être le principe de la charité : Ignem veni [mittere in terram]; ^. II y a donc une sainte guerre pour combattre contre le monde, et il y a une paix du christianisme pour nous unir en Notre-Seigneur. Pour soutenir de si longs combats, nous avons besoin d'un esprit de force, et pour maintenir cette paix, l'esprit de charité nous est nécessaire : c'est pourquoi saint Paul nous enseigne que Dieu ne nous donne pas un esprit de crainte, mais un espnt de force et de charité^; et tel est l'esprit du christianisme dont les apôtres ont été remplis.

En effet, considérons attentivement l'histoire de l'Église naissante. Qu'y voyons-nous d'extraordinaire, et en quoi y remarquons-nous cet esprit du christianisme? En ces deux effets admirables, je veux dire en lu fer-

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