‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 315 sur 397 · Thess.. V. 19. draient nécessaires. D'ailleurs, ils · texte numérisé non relu

Thess.. V. 19. draient nécessaires. D'ailleurs, ils

5. Tar. : c'est ce que je traite... peuvent se rapporter à une reprise (■). L'abondance des pen.sées n'a du discoiu-s. Deux mots d'une écri-

guere permis à l'orateur de tenir ttu-e plus récente attestent du moins cette promesse de brièveté. De nom- qu'il a été relu environ dix ans Vn-eux coiijjs de crayon indiquent, je après.

on les préparait à la guerre, on les durcissait aux travaux, on les accoutumait aux périls ; combien devonsnous être forts, nous qui sommes dès notre enfance enrôlés par le saint baptême à une milice spirituelle, dont la vie n'est que tentation, dont tout l'exercice est la guerre, et qui sommes exposés au milieu du monde comme dans un champ de bataille, pour combattre mille ennemis découverts et mille ennemis invisibles ! Parmi tant de difficultés et tant de périls qui nous environnent, devons-nous pas nous être nourris ^ dans un esprit de force et de fermeté, afin d'être toujours immobiles malgré les plaisirs qui nous tentent, malgré les afflictions qui nous frappent, malgré les tempêtes qui nous menacent? Aussi voyons-nous dans les Écritures que Dieu, prévoyant les combats où il engageait ses fidèles, leur ordonne « de se renfermer et de demeurer en repos jusqu'à ce qu'il les ait revêtus de force : Sedete in civitate, quoadusquc induamini virtute ex alto ~ ; » leur montrant par cette parole, que, pour soutenir les efforts qui attaquent les enfants de Dieu en ce monde, il faut une fermeté extraordinaire.

C'est ce t[ui m'oblige, Messieurs, à vous proposer aujourd'hui trois maximes fondamentales de la générosité chrétienne, lesquelles vous verrez pratiquées dans l'histoire du christianisme naissant et dans la conduite de ces grands hommes que le Saint-Esprit remplit ^ en ce jour. Voici quelles sont ces maximes, que je vous prie d'imprimer en [votre] mémoire. Mépriser'* les présents

1. Lâchât : muni? (ca?'. ; nourris). que nous donne l'esprit du chris- — Faute de lecture. tianisme, c'est de mépriser les pré-

2. Luc, XXIV. 49. sents du monde, et la raison en est S. Yar. : a remplis. évidente... 0 esprit du christianisme, 4. Première rédaction : n Mépriser qiiels désirs excitez- vous en nos

les présents du monde, ses richesses, âmes ? que leur faites- vous espérer, ses biens, ses plaisirs ; non seule- et de quelles idées [les] remplissezment mé] iriser ses biens, mais encore vous? De l'idée d'un bien éternel, mé])riser sa haine et ne pas craindre d'un trésor qui ne se perd pas, d'une de lui déplaire ; non seulement mé- vie qui ne finit pas, d'une paix impriser sa haine, mais sa rage, mais muable et perpétuelle. C'est pour- .ses menaces, et enfin se mettre au- quoi l'apôtre saint Paul a dit une dessus des maux que la fureur la belle ]iarole, écrivant aux Corinplus emportée peut faire souflErir à thiens : (( Nous avons reçu un Esprit notre innocence, et c'est là le dernier qui nous vient de la part de Dieu : effort de la fermeté chrétienne. C'est Spiritum qui ex Deo esO> ; et pource qu'il nous faut expliquer par quoi l'avous-nous reçu ? Voici la i-aiordi-e. La première maxime de force son de l'Aiiôtre : (( Ut s-ciamiis quœ

DE LA PENTECOTE. 497

du monde, ses richesses, ses biens, ses plaisirs ; voilà la première maxime. Mais parce qu'en refusant les présents du monde, on encourt infailliblement ses disgrâces, non seulement mépriser ses biens, mais encore mépriser sa haine, et ne pas craindre de lui déplaire ; voilà la seconde maxime. Et comme sa haine étant méprisée se tourne en une fureur implacable, non seulement mépriser sa haine, mais sa rage, mais ses menaces, et enfin se mettre au-dessus des maux que la fureur la plus emportée peut faire souffrir à notre innocence ; voilà la troisième maxime. C'est ce qu'il nous faut expliquer par ordre.

La première maxime de force que nous donne l'esprit du christianisme, c'est de mépriser les présents du monde ; et la raison en est évidente, car c'est un principe très indubitable que notre estime ou notre mépris suivent les idées dont nous sommes pleins et les espérances que l'on nous donne. Voyons donc de quelles idées nous remplit l'esprit du christianisme, et quels désirs il excite en nous. Il faut que vous l'appreniez de saint Paul par ces excellentes paroles qu'il adresse aux Corinthiens: « Non enini spiritum lui jus iimndî accepimus : Nous n'avons pas reçu l'esprit de ce monde ; » et par conséquent concluez que le chrétien véritable n'est pas plein des idées du monde. Quel esprit avons-nous reçu? (( Sed Spiritum qui ex Deo est: un Esprit qui est de J)ieu, « dit saint Paul ; et il en ajoute cette raison : « Afin que nous sachions, poursuit-il, toutes les choses que Dieu nous donne : Ut sciamvs quœ a Deo donata aunt nobis '. » Quelles sont ces choses que Dieu nous donne, sinon l'adoption des enfants, l'égalité avec les anges, l'héritage de Jésus-Christ, la connnunication de sa gloire, la société de son trône? Voilà quelles sont les idées que le Saint-Esprit imprime en nos âmes : il 3grave l'idée d'un bien éternel, d'un trésor qui ne se perd [pas], d'une vie qui ne finit pas, d'une paix im-

a Deo donata S"nt )iobis: C'est afin. son trône? Voilà quelles sont les

dit-il, que nous connaissions toutes idées que le Saint-Esprit imprime en

les choses que Dieu nous donne. » mon âme : Ut i-ciamus quœ a Deo

Quelles sont ces choses rpie Dieu (/oho^w .smh; ?!o6/t.-. Si je suis plein de

nous donne, sinon l'ado] ition des ces grandes choses, et si j'ai l'esprit

enfants, l'égalité avec les anges. occupé d'espérances si relevées, pnis-

rhéritage de Jésus-Christ, la commu- je estimer... t) nication de sa gloire, la société de 1. I Cor.. H. 12.

Seniuiii? lie Bossuet . — U . S2

muable et perpétuelle. Si je suis plein de ces grandes choses, et si j'ai l'esprit occupé d'espérances si l'elevées, puis-je estimer les présents du monde? Car, ô monde, qu'opposeras-tu à ces biens infinis et inestimables? Des plaisirs? !\Iais seront-ils i)urs? Des honneurs? Seront-ils solides? La faveur? Est-elle dvn-able? La fortune? Estelle assurée ? Quelque grand établis.sement ? Es-tu capable de m'en garantir une jouissance paisible, et me rendras-tu immortel pour posséder ces biens sans inquiétude? Qui ne sait qu'il est impossible? La figure de ce monde ]>asse ' ; tout ce que les hommes estiment n'est que folie et illusion; et l'esprit de grâce que j'ai reçu, me remplissant des grandes idées des biens éternels qui me sont donnés, m'a élevé au-dessus du monde, et ses présents ne me sont plus rien. Telle est la première maxime de la générosité chrétienne.

[P. 4] Mais, Fidèles, ce n'est pas assez : si vous n'aimez pas le monde ^, il vous haïra. Ceux qui méprisent les présents du monde encourent infailliblement sa disgrâce ; et il faut ou s'engager avec lui en recevant ses faveurs, ou rompre ouvertement ses liens et ne pas craindre de lui déplaire ; et c'est la seconde maxime de l'esprit du christianisme. Car c'est une vérité très constante, que jamais les hommes ne produiront rien qui soit digne de l'Évangile et de l'esprit de la loi nouvelle, tant qu'on n'aura jias le courage de renoncer à la complaisance, et de se résoudre à déplaire aux hommes. En effet, considérez, Chrétiens, les lois tyranniques et pernicieuses que le monde nous a imposées contre les obligations de notre baptême. N'est-ce pas le monde qui dit que de pardonner, c'est faiblesse ; et que c'est manquer de courage, que de modérer son ambition ? N'est-ce pas le monde qui veut que la jeunesse coure aux voluptés, et que l'âge plus avancé n'ait de soin que pour s'établir, et que tout cède à l'intérêt? N'est-ce pas une loi du monde, qu'il faut nécessairement s'avancer ; s'il se peut, par les bonnes voies ; sinon, s'avancer par quelque façon ; s'il le faut, par la flatterie ; s'il est besoin, même par le crime? N'est-ce pas ce que dit le monde? ne sont-ce pas ses lois

Page 1