II Reg., XIV. 14. — Voir plus mot
Que pourront inventer les enfants d'Adam, pour couvrir ou pour effacer cette égalité ^, qui est engravée si profondément dans toute la suite de notre vie? Voici, mes Frères, les inventions par lesquelles ils s'imaginent forcer la nature, et se rendre différents des autres, malgré l'égalité qu'elle a ordonnée. Premièrement, pour mettre à couvert la faiblesse commune de la naissance, chacun tâche d'attirer sur elle toute la gloire de ses ancêtres, et [de] la rendre plus éclatante par cette lumière empruntée. Ainsi l'on a trouvé le mo\en de distinguer les naissances illustres d'avec les naissances viles et vulgaires, et de mettre une difféi'ence infinie entre le sang noble et le roturier, comme s'il n'avait pas les mêmes qualités et n'était pas composé des mêmes éléments ; et par là, vous voyez déjà la naissance magnifiquement relevée. Dans le progrès de la vie, on se distingue plus aisément par les grands emplois, par les dignités éniinentes, par les richesses et par l'abondance. Ainsi on s'élève et on s'agrandit, et on laisse les autres dans la lie du peuple. Il n'y a donc plus que la mort où l'arrogance humaine est bien empêchée, car c'est là c^ue l'égalité est inévitable ; et encore que la vanité tâche, en quelque sorte, d'en couvrir la honte par les honneurs de la sépulture, il se voit peu d'hommes assez insensé [s] pour se consoler de [leur] mort par l'espérance d'un superbe tombeau, ou par la magnificence de [leurs] funérailles". Tout ce c^ue peuvent faire ces misérables amoureux des grandeurs humaines, c'est de goûter tellement la vie, qu'ils ne songent point à la mort. La mort jette ^ divers traits dans toute la vie par la crainte ; le dernier est inévitable. Ils croient faire beaucoup d'éviter les autres. C'est le seul moyen
1. Var. : pour combattre cette éga- dont la seule jiromesse remplit trois lité. — Ici, comme en beaucoup pages, provient d'un mélange malad'autres endroits. Lâchât préfère la droit du texte détinitif avec une prevariante ( 1 '« rédaction) au texte dé- mière rédaction ainsi conçue.: (( Je ne tinitif. vois point d'homme assez insensé
2. Edit. : Il se voit peu d'homme pour se consoler de sa mort par l'esassez insensé pour se consoler de sa pérance d'un superbe tombeau ou mort... ou par la magnificence de par la magnificence de ses funéses funérailles (( de ses funérailles. >> railles. ))
Les funérailles d'un tombeau ! — Ce 3. Passage altéré dans les ancien-
galimatias, conservé i^ar Lâchât, en nés éditions : tron(|ué dans celle de dépit de ses prétendues corrections, Lâchât.
DK HENRI DE GORXAY. 529
qui leur reste de secouer en quelque façon le joug insupportable de sa tyrannie, lorsqu'en détournant leur esprit, ils n'en sentent pas l'amertume.
C'est ainsi qu'ils se conduisent à l'égard de ces trois états ; et de là naissent trois vices énormes, qui rend[ent] ordinairement leur vie criminelle. Car cette superbe grandeur, dont ils se flattent dans leur naissance, les fait vains et audacieux ; le désir démesuré dont ils sont poussés de se rendre considérables ' audessus des autres, dans tout le progrès de leiu- âge, fait cprils s'avancent à la grandeur par toute sorte de voies, sans épargner les plus criminelles; et l'amour flésordonné des douceurs qu'ils goûtent dans une vie pleine de délices, détournant leurs yeux de dessus la mort, fait qu'ils tombent entre ses mains, sans l'avoir prévu' : au lieu que l'illustre gentilhonnne dont je vous <lois aujourd'hui projjoser l'exenij^le, a tellement ménagé toute sa conduite que la grandeur [p. 4] de sa naissance n'a rien diminué de la modération de. son esprit, que ses emplois glorieux, dans la ville et dans les armées, n'ont point corrompu son innocence, et que, bien loin d'éviter l'aspect de la mort, il l'a tellement méditée qu'elle n'a pas jui le sui'})rendre, même en arrivant tout à coup, et (nrel](' a été soudaine sans être imprévue.
Si autrefois le grand saint Paulin, digne prélat de l'Église de Noie, en faisant le panégyrique de sa parente sainte Mélanie'^, a commencé les louanges de cette veuve si renoumiée par la noblesse de son extraction, je puis bien suivre un si grand exemple, et vous dire un mot en passant de l'illustre maison de Gornay, si célèbre et si ancienne. Mais, pour ne pas traiter ce sujet d'une manière profane, comme fait la rhétorique mondaine, recherchons par les Écritures de quelle sorte la noblesse est reconnnandable, et l'estime qu'on en doit faire selon les maximes du christianisnie.