‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 352 sur 397 · Dan., VIII. 11. 12. 1.!. .'i. Luc. .\ii · texte numérisé non relu

Dan., VIII. 11. 12. 1.!. .'i. Luc. .\ii

'2. Joan.. xrii. "1.

540 PANÉGYRIQUE DE l'aPOTRE SAINT JEAN.

sa vraie croix, celui qui le presse et qui lui fait violence^ ou celui qui relâche la force du mal ?

C'est cette première croix, si pressante et si douloureuse, que Jésus-Christ veut donner à Jean. Pierre lui demandait: « Seigneur, que destinez-vous à celui-ci? Domine, liic autem qiiid^? » Vous m'avez dit quelle sera ma croix ; quelle part y donnerez-vous à celui-ci ? Ne vous en mettez point en peine. La croix que je veux qu'il porte ne frappera pas les sens : je me réserve de la lui imprimer moi-même ; elle sera principalement au fond de son âme; ce sera moi qui y mettrai la main, et je saurai bien la rendre pesante. Et pour le rendre capable de la soutenir avec un courage vraiment héroïque, il lui inspira l'amour des souffrances. Tout homme que Jésus-Christ aime, il attire tellement son cœur après lui, qu'il ne souhaite rien avec plus d'ardeur que de voir abattre son corps, comme une vieille masure qui le sépare de Jésus-Christ. Mais quel autre avait plus d'ardeur pour la croix que Jean, qui avait humé ce désir aux plaies mêmes de Jésus-Christ : qui avait vu sortir de son côté l'eau vive de la félicité, mais mêlée avec le sang des souffrances? Il est donc embrasé du désir du mart3're : et cependant, ô Sauveur, quels supplices lui donnerez-vous? Un exil. O cruauté lente et timide de Domitien ! faut-il que tu ne sois trop humain que pour moi, et que tu n'aies pas soif de mon sang ! Mais peutêtre qu'il sera bientôt répandu? On lui prépare de l'huile bouillante, pour le faire mourir dans ce bain brûlant. Vous voilà enfin, ô croix de Jésus ! que je souhaite si vivement. Il s'élance dans cet étang d'huile fumante et bouillante, avec la même promptitude que, dans les ardeurs de l'été, on se jette dans le bain pour se i-afraîchir. Mais, ô surprise fâcheuse et cruelle ! tout d'un coup elle se change en rosée. Bien-aimé de mon coeur^ est-ce là l'amour que vous me portez? Si vous ne voulez pas me donner la mort, pourquoi forcez-vous la nature de se refuser à mes empressements? 0 l)Ourreaux, apportez du feu, réchauffez votre huile inopinément refroidie. Mais ces cris sont inutiles : Jésus-Christ veut prolonger

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