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PANÉGYRIQUE DE i/aPOTRE SAINT JEAN. 541
sa vie, parce qu'il veut encore aggraver sa croix. Il faut vivre jusqu'à une vieillesse décrépite : il faut qu'il voie passer devant lui tous ses frères, les saints apôtres, et qu'il survive presque à tous les enfants qu'il a engendrés à Notre-Seigneur.
De quoi ' le consolerez-vous, ô Sauveur des âmes ! Ne voyez-vous pas qu'il meurt tous les jours, parce qu'il ne peut mourir une fois? Hélas! il semble qu'il n'a plus qu'un souffle. Ce vieillard n'est plus que cendre; et sous cette cendre vous voulez cacher un grand feu. . Écoutez comme il crie : « Mes bien-aimés, nous sommes dès à présent enfants de Dieu ; mais ce que nous serons un jour ne paraît pas encore : Carissiwi, iiuiic fiiUi Dei siimus, et nondum apparidt quîd crimiis'. » De quoi le consolerez-vous ? Sera-ce par les visions dont vous le gratifierez? Mais c'est ce qui augmente l'ardeur de ses désirs. Il voit couler ce fleuve qui réjouit la cité de Dieu, la Jérusalem céleste. Que sert de lui montrer la fontaine, pour ne lui donner c^u'une goutte à boire? Ce rayon lui fait désirer le grand jour; et -cette goutte que vous laissez tomber sur lui, lui fait avoir soif de la source. Ëcoutez comme il crie dans l'Apocalypse : « Et Spiritus et sponsa dicunt : Veni: I/Esj)rit et l'Épouse disent : Venez. « Que lui répond le divin Époux? « Oui, je viens bientôt: Etiam venio cito^. O instant trop long ! O modicum longnm *. » Il redouble ses gémissements et ses cris : « Venez, Seigneur : Veni, Domine Jesii. » O divin ' Sauveur, quel supplice! \ otre amour est trop sévère pour lui. Je sais que, dans la croix que vous lui donnez, « il y a une douleur f|ui console, ipse couwlatur dolor '' ; » et que le calice de votre Passion que vous lui faites boire à lon^s traits, tout amer qu'il est à nos sens, a ses douceurs pour
1. Même sens que arec quoi . par ments d'un père qui nourrit son fils quoi ? , dans une conduite ngoureuse. pour
2. I Jean., III, 2. — Édit. : Dilec- tenir ses passions en bride, qjie dé î^ tissimi. tendresse d'un ami qui s emi;)i"ef*sp
.B. Apoc. xxii, 17. 20. pour témoigner une aff^-tibjj
4. S. Aug., in Joan. Tract, rï. n. tj. diale. Ce n'est pas ryne j^'vewXle
5. Var. : Clfe rédaction.): Jus- dire que la croix qu'il Itii^
qu'ici, mes Frères. Tamour de mon tout homble qu'elle voiis
Sauveur pour saint Jean semble soit pleine de con^iplation n'avoir rien eu que de tort sévère, et H. S. Aug.. Epi^. X .K v«;
il parait tenir davantage des senti-
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l'esprit, quand une foi vive l'a persuadé des maximes de rÉvangile. Mais j'ose dire, ô divin Sauveur, que cette manière douce et affectueuse avec laquelle vous avez traité saint Jean, votre bien-aimé disciple, et ces caresses mystérieuses dont il vous a plu l'honorer, exigeaient en quelque sorte de vous quelque marque plus sensible de la tendresse de votre cœur, et que vous lui deviez des consolations qui fussent plus approchantes de cette familiarité bienheureuse que vous avez voulu lui permettre. C'est aussi ce que nous verrons au Calvaire, dans le beau présent qu'il lui fait et dans le dernier adieu qu'il lui dit.
Second Point.
Certainement, Chrétiens, l'amitié ne peut jamais être véritable, qu'elle ne se montre bientôt tout entière ; et elle n'a jamais plus de peine que lorsqu'elle se voit cachée. Toutefois il faut avouer que, dans le temps qu'il faut dire adieu, la douleur que la séparation lui fait ressentir lui donne je ne sais quoi de si vif et de si pressant pour se faire voir dans son natiu-el, que jamais elle ne se découvre avec plus de force. C'est pourquoi les derniers adieux que l'on dit aux personnes que l'on a aimées saisissent de pitié les cœurs les plus durs : chacun tâche, dans ces rencontres, de laisser des marques de son souvenir. Nous voyons, en effet, tous les testaments remplis de clauses de cette nature ; comme si l'amour, qui ne se nourrit ordinairement c^ue par la présence, voyant approcher le moment fatal de la dernière séparation, et craignant par là sa perte totale, en même temps qu'il se voit privé de la conversation et de la vue,^ ramassait tout ce qui lui reste de force, pour vivre et durer du moins dans le souvenir.
Ne croyez pas que notre Sauveur ait oublié son amour en cette occasion. Ayant aimé les siens, il les a aiinés jusqu^à la fin ' ; et puisqu'il ne meurt que par son amour, il n'est jamais plus puissant qu'à sa mort. C'est aussi sans doute pour cette raison qu'il amène au pied de sa