Cant., VII
PANKGVHIQIE DE L APOTRE SAINT JEAN. o45
à cette belle parole du divin Apôtre, qui nous ouvre l'intelligence de ses sentiments. Ne le cherchez pas, le voici : il veut dire que le Fils de Dieu, dans la gloire de sa résurrection, a bien la vérité de la chair, mais qu'il n'en a plus les infirmités; et pour toucher encore plus le tond de cette excellente doctrine, entendons que l'Honnne-Dieu, Jésus-Christ, a eu deux naissances et deux vies, qui sont infiniment différentes.
La première de ces naissances l'a tiré du sein de Alarie ; la seconde l'a fait sortir du sein du tombeau. En la première, il est né de l'Esprit de Dieu, mais par une mère mortelle ; et de là, il en a tiré la mortalité. Mais en sa seconde naissance, nul n'y a part que son Père céleste ; c'est pourquoi il n'y a plus rien que de glorieux. Il était de sa providence d'accommoder ses sentiments à ces deux manières de vie si contraires : de là vient que, dans la première, il n'a pas jugé indignes de lui les sentiments de faiblesse humaine ; mais, dans sa bieiiheureuse résurrection, il n'y a plus rien que de grand, et tous ses sentiments sont d'un Dieu qui répand .sur l'humanité qu'il a prise tout ce que la divinité a de plus auguste. Jésus, en conversant parmi les mortels, a eu faim, a eu soif ; il a été quelquefois saisi par la crainte, touché par la douleur ; la pitié a serré son cœur, elle a ému et altéré son sang, elle lui a fait répandre des larmes. Je ne m'en étonne pas, Chrétiens : c'étaient les jours de son humiliation, qu'il devait passer dans l'infirmité. Mais durant les jours de sa gloire et de son innnortalité, après sa seconde naissance, par laquelle son Père l'a ressuscité pour le faire asseoir à sa droite, les infirmités sont bannies, et la toute-puissance divine, déployant sur lui sa vertu, a dissipé toutes ses faiblesses. Il commence à agir tout à fait en Dieu : la manière en est incompi*éhensible, et tout ce qu'il est permis aux mortels de dire d'un mystère si haut, c'est c[u'il n'y faut plus rien concevoir de ce que le sens humain peut imaginei- ; si })ien qu'il ne nous reste plus que de nous écrier hardiment, avec l'incomparable docteur des Gentils, que si nous avons connu Jésus-Christ selon sa naissance mortelle, dans les sentiments de la chair, mine jam non novimus, maintenant qu'il est glorieux et res-
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suscité, nous ne le connaissons plus de la sorte, et tout ce que nous y concevons est divin.
Selon cette doctrine du divin Apôtre, je ne craindrai pas d'assurer que Jésus-Christ ressuscité regarde Alarie d'une autre manière que ne faisait pas Jésus-Christ mortel. Car, mes Frères, sa mortalité l'a fait naître dans la dépendance de celle qui lui a donné la vie : Il lui était soumis et obéissant, dit l'évangéliste \ Tout Dieu qu'était Jésus, l'amour qu'il avait pour sa sainte mère était mêlé sans doute de cette crainte filiale et respectueuse que les enfants bien nés ne perdent jamais. Il était accompagné de toutes ces douces émotions, de toutes ces inquiétudes aimables qu'une affection sincère imprime toujours dans les cœurs des hommes mortels : tout cela était bienséant durant les jours de faiblesse. Mais, enfin,, voilà Jésus en la croix : le temps de mortalité va. passer. Il va commencer désormais à aimer Marie d'mie autre manière : son amour ne sera pas moins ardent ; et, tant que Jésus-Christ sera homme, il n'oubliera jamais cette Vierge Mère. Mais, après sa bienheureuse résurrection, il faut bien qu'il prenne un amour convenable à l'état de sa gloire.
Que deviendront donc, Chrétiens, ces respects, cette déférence, cette complaisance obligeante, ces soins si particuliers, ces douces inquiétudes qui accompagnaient son amour? Mourront-ils avec Jésus-Christ, et Marie en sera-t-elle à jamais privée? Chrétiens, sa bonté ne le permet pas. Puisqu'il va entrer par sa mort en un état glorieux, où il ne les peut plus retenir, il les fait passer en saint Jean, et il entreprend de les faire revivre dans le cœur de ce bien-aimé. Et n'est-ce pas ce que veut dire le grand saint Paulin par ces éloquentes paroles ^ : « Jam scilicet ah liumana fragilitnte qua erat natus ex fœmina, per crucis mortem clemigrans in seternitatem Dei, ut esset in gloria Del Patris, delegat homini jura pietatis humanœ : Étant prêt de passer, par la mort de la croix, de l'infirmité humaine à la gloire et à l'éternité de son Père, il laisse à un honnne mortel les sentiments de la piété humaine. » Tout ce que son