PANÉGYRIQUE DE I/APOTRE SAINT JEAN
le rendre digne de remplir sa place? Si l'amour qu'il a pour la sainte \ ierge l'oblige à lui laisser son portrait en se retirant de sa vue, ne doit-il pas lui avoir donné une image vive et naturelle? Quel doit donc être le grand saint Jean, destiné à demeurer sur la terre pour y être la représentation du Fils de Dieu après sa mort, et une représentation si parfaite qu'elle puisse charmer la douleur et tromper, s'il se peut, l'amour de sa. sainte mère par la naïveté de la ressemblance !
D'ailleurs, quelle aboiiflance de grâces attirait sur lui tous les jours l'amour maternel de Marie et le désir qu'elle avait conçu de former en lui Jésus-Christ ! Combien s'échauffaient tous les jours les ardeurs de sa charité par la chaste communication de celles qui brûlaient le cœur de Marie ! Et à quelle perfection s'avançait sa chasteté virginale, qui était sans cesse éjiurée par les regards modestes de la sainte \ ierge et i)ar sa conversation angéliciue !
Apprenons de là. Chrétiens, quelle est la force de la pureté. C'est elle qui mérite à saint Jean la familiarité du Sauveur ; c'est elle (|ui le rend digne d'hériter de son amour pour Marie, de succéder en sa place, d'être honoré de sa ressemblance. C'est elle qui lui fait tomber Marie en partage, et lui donne une mère vierge. Elle fait quelque chose de plus : elle lui ouvre le cœur de Jésus, et lui en assure la possession.
Troisième Point.
Je l'ai déjà dit, Chrétiens : il ne suffit pas au Sauveur de répandre ses dons sur saint Jean ; il veut lui donner jusqu'à la source. Tous les dons viennent de l'amour ; il lui a donné son amour. C'est au cœur que l'amour prend son origine : il lui donne encore le cœur, et le met en possession du fonds dont il lui a déjà donné tous les fruits. Viens, dit-il, ô mon cher disciple : je t'ai choisi devant tous les temps pour être le docteur de la charité, viens la boire jusque dans sa source ; viens-y prendre ces paroles pleines d'onction par lesquelles tu attendriras mes fidèles ; approche de ce cœur qui ne respire que l'amour des hommes, et, pour mieux par-
PANÉGYRIQUE DE i/a1>OTRE SAINT JEAN. 549
1er de mon amour, viens sentir de près les ardeurs qui me consument.
Je ne m'étendrai pas à vous racontej- les avantages de saint Jean. Mais, Jean, puisque vous en êtes le maître, ouvrez-nous ce cœur de Jésus, faites-nous-en remarquer tous les mouvements, (|ue la seule charité excite. C'est ce qu'il a t'ait dans tous ses écrits : tous les écrits de saint Jean ne tendent qu'à expliquer le cœur de Jésus. En ce cœur est l'abrégé de tous les mystères du christianisme : mystèi-es de charité, dont l'origine est au cœur ; un co'in", s'il se peut dire, tout pétri d'amour : toutes les palpitations, tous les battements de ce cœur, c'est la charité f|ui les produit. Voulezvous voir saint Jean vous montrer tous les secrets de ce cœur? Il remonte « jusqu'au principe : In principio '. rt ("est pour venir à ce terme : « Et hahitavit' : Il a habité parmi nous. « Qui l'a fait ainsi habiter avec nous? L'amour : « C'est ainsi que Dieu a aimé le monde : Sic Deus dileœit mundum^. « C'est donc l'amour qui l'a fait descendre pour se revêtir de la nature humaine. Mais quel cœur aura-t-il donné à cette nature humaine, sinon un cœur tout pétri d'amour?
C'est Dieu qui fait tous les cœurs, ainsi qu'il lui plaît. « Le cœur du roi est dans sa main, conmie celui de tous les autres : Cor regif< in manu Dei est*. » Begis, du roi Sauveur. Quel autre cœur a été plus dans la main de Dieu? C'était le cœur d'un Dieu, qu'il réglait de près, dont il conduisait tous les mouvements. Qu'avu'a donc fait le Verbe divin, en se faisant honnne, sinon de se former un cœur sur lequel il imprimât cette chai'ité infinie qui l'obligeait à venir au monde? Donnez-moi tout ce qu'il y a de tendre, tout ce qu'il y a de doux et d'humain : il faut faire un Sauveur qui ne puisse souffrir les misères sans être saisi de douleur ; qui, voyant les brebis perdues, ne puisse supporter leurs égarements. Il lui faut un amour qui le fasse courir au péril de sa vie, qui lui fasse baisser les épaules pour charger dessus sa brebis jierdue, qui lui fasse crier : « Si quelqu'un a soif, (ju'il vienne à moi : Si