‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 372 sur 397 · DE LA SŒUR CLAUDE MAILLARD · texte numérisé non relu

DE LA SŒUR CLAUDE MAILLARD

A Metz, (Propagation de la l'oi), le 15 mai 16.")').

M. Floquet a relevé, dans le Registre des vœvx et réceptions, la trace de la présence de Bossuet à Metz, à cette date (Études..., t. I, p. 456, et t. II, p. 25). On ne s"est pas appliqué à chercher quel fut le sermon j^rêché à la Profession de la Sœur Claude .Maillard. On aurait pu en reconnaître les débris dans ce que ^1. Lâchât a bravement intitulé : Seconde conclusion du scnnon précédent pour la profession de Marie-Anne de Saint-François de Bailly (t. XI, p. 553). Ces quelques pages, que Ton prétend avoir vu le jour en 1681, sont de plus de vingt ans antérieures. M. Lâchât aurait pu remarquer dans le Panéyi/rique de saint Benoît, qui est de 1665, un renvoi par lequel Fauteur s'y reporte : « La perfection chrétienne n'est pas dans un degré déterminé, elle consiste à croître toujours... », et un peu plus loin : « Voy. Vêture. Sequere me, 3^ point : Item Vêture Oportet nasci demio, sur le passage : Quse quideni rétro sunt. » On trouve dans notre sermon la correspondance au premier de ces renvois ; le second nous reporte à la Vêture de M"*^ de Bouillon, 8 septembre 1660. Bossuet, toujom-s précis, suit dans ses références l'ordre des dates. Il ne sera pas difticile an lectcnir de reconnaître dans notre fragment, <jue l'on place si étourdiment à l'entrée de l'époque de Meaux. des traces du voisinage de celle de Metz. Prononcée en famille, dans la communauté dont Bossuet était le supérieur, cette simple allocution était de peu d'étendue.

[Sequere me.

.Suivez-moi.

Luc, xviii, 22.]

[Second Point \]

Mais sachez, ma Sœur, que ce monde que vous quittez a intelligence chez vous ; et cjue, durant tout le temps que vous demeurerez sur la terre, il ne cessera jamais

1. Manquent l'exorde et le pre- mainteuaat qu'il faut i)ersévérer, et

niier point, où il était montré qu'il enfin croître toujours. — Plu? de

est nécessaire (( de renoncer entière- manuscrit, ment an monde ». On va faire voir

de vous persécuter. Il tentera toutes sortes de voies et toutes sortes d'artifices pour vous embarrasser de quelque affection sensible. Ah ! ma très chère Sœur, donnezvous bien de garde de Técouter. Ne voyez-vous pas que le démon est toujours à épier l'occasion de vous perdi-e? qu'il ne cesse de dresser quelques batteries nouvelles pour vous attaquer? Quelle honte serait-ce si votre esprit avait moins de soins de se conserver que la chair et le monde n'en ont de vous nuire ! Regardez les passionnés de la terre comme ils sont constants dans leurs poursuites insensées : l'aut-il que la folie de la chair soit plus prévoyante que la sagesse du ciel ?

Je ne doute pas que vous n'ayez au commencement une grande ardeur dans les moindres choses, et j'espère que Dieu vous la conservera ; mais il faut prendre garde. Qu'il est facile, ma chère Sœur, de se relâcher ! et que nous nous persuadons facilement qu'il n'est pas besoin fie se donner tant de peine ! Et cependant il n'y a rien de si dangereux : la dévotion ne se perd jamais que par le relâchement. 11 en est comme d'une voûte : tant que les pierres s'appuient l'une l'autre, elle résiste à toutes sortes d'efforts, et ne peut jamais être abattue que par pièces; de même la dévotion, qui consiste dans un certain accord de tous les sentiments de l'âme, est trop forte quand toutes les parties se prêtent un mutuel secours : elle ne se peut perdre par un autre moyen que par le relâchement.

Il y a certaines petites choses que nous avons peine à croire si nécessaires ; c'est pourquoi nous les omettons assez facilement : mais c'est un artifice du démon. Souvenez-vous que les plus grandes choses dépendent d'un petit commencement ; qu'il faut avoii- fait le premier pas, avant que d'être renversé dans un précipice. Nous ne nous apercevons pas du changement, tant que nous ne voyons pas une notable altération ; et cependant les forces se diminuent, et le démon gagne peu à peu ce qui lui aurait été inaccessible, s'il y eût prétendu du ])remier abord. Il se faut donc bien garder de faire comme ces âmes lâches ; ah ! disent-elles, pour cela c'est peu de chose, je serai plus exacte dans les choses d'importance : comme si celle qui manque dans ce qui est

plus facile pouvait se promettre de venir à bout des grandes difficultés ! Pour moi, je ne voudrais dire que trois mots à une personne de cette sorte.

X*est-il pas vrai que nous ne nous maintenons que par la grâce de Dieu? Vous n'en pouvez douter. Et si cela est, d'où vient que vous vous promettez d'être ponctuelle dans les soins importants, bien que vous soyez négligente dans les choses qui vous paraissent de moindre conséquence? Vous qui avouez que, dans l'état de la plus grande perfection, il n'y a que Dieu qui puisse vous soutenir, comment pouvez-vous vous assurer de vous retenir, lorsque vous avez donné le premier branle à votre âme du côté du penchant ? Est-ce par votre propre force, ou par celle de Dieu? Si vous croyez le pouvoir par vous-même, c'est une grande vanité; si vous l'attendez de Dieu, c'est une grande imprudence: car il ne se peut rien concevoir de plus imprudent que de reconnaître que nous dépendons de Dieu, et de lui donner sujet de nous abandonner par nos négligences.

Par où vous voyez, ma très chère Sœur, que de négliger les petites choses, ce n'est pas une faute si peu considérable que nous nous l'imaginons ; et que, bien qu'elle ne semble pas grande en elle-même, elle est extrêmement dangereuse dans ses conséquences. C'est pourquoi je vous dis avec l'Apôtre : « State in Domino^ : Tenez ferme, et demeurez dans Notre-Seigneur. » Mortifiez-vous dans les petites choses, afin de vous accoutumer à vaincre dans les grandes tentations. Refusez tout ce qui viendra de la part du monde, jusqu'au moindre présent, pour ne pas lui donner la moindre prise ; et surtout vivez de telle sorte dans la religion, qu'on ne vous puisse pas reprocher, au jour du jugement, qu'en vous le commencement valait mieux que la fin : de peur que votre ferveur ne passe pour une dévotion légère, ou pour un amour de la nouveauté.

[Troisième Point.]

Nous avons vu, ma Saur en Jésus-Christ, qu'il est «i nécessaire de renoncer entièrement au monde, et qu'il JB

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