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faut persévérer dans cette aversion, pour acquérir la perfection de cette vie solitaire que vous embrassez. Il semble qu'il n'y ait plus rien à ajouter à ces deux choses. Fa en effet, je ne voudrais pas en dire davantage, si je n'avais à parler à une épouse de Jésus-Christ ; mais il faut vous porter au plu^s haut degré, puisque vous avez résolu de suivre le chemin de la ]ierfection. Je vous dis donc qu'il ne suffit pas de persévérer, il faut croître, ma Sœur, et courir toujours de plus en plus à Jésus-Christ.
Je pourrais vous dire, pour établir cette vérité, qu'un bon courage ^ ne peut se prescrire de bornes ; que l'amour qui craint d'aller trop loin n'est qu'un faux amour ; que le chemin du ciel étant extrêmement raide, ce serait une grande témérité de prétendre y marcher d'un pas égal ; qu'il faut toujours faire contention ; que qui ne s'efforce pas de monter, il faut qu'il soit renversé de son propre poids ; que nous ne saurions nous acquitter des obligations que nous avons à Dieu, quand nous y emploierions une éternité avec toute l'ardeur imaginable ; et partant, que ce serait bien manquer de courage, et une grande ingratitude, de nous borner lâchement à un commencement de vertu mal affermie, contre toute prudence, contre les enseignements et l'exemple du Fils de Dieu, contre les sentiments que vous doit inspirer la générosité du christianisme et l'amour d'un si bon Père, tel qu'est notre Dieu. Je ne doute pas que vous ne vous rendissiez à ces raisons : mais il faut vous faire voir combien est étroite l'obligation que vous avez de croître jusqu'à la mort.
Je vous dis donc, ma Sœur, que, si vous n'avez dessein de vous avancer toujours, il ne vous sert de rien d'entrer dans un cloître, ni de vous attacher à Dieu par les promesses solennelles que vous allez faire. Pourquoi quittez-vous les empêchements du monde? N'est-ce pas parce que vous aspirez à la perfection, avec la grâce de Dieu? Or, la perfection du christianisme n'a point
1. V:ir.: que la générosité. — ji;is ([iie Eossuet a ié.-eivé le mot
Lâchât, à son habitude, afin de faire gèiicrosité. pour le placer qiiel(]ues
ainreinent que les autres. ]>réf ère ici lignes i)his bas. la variante au texte : il ne remarque
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de bornes assurées, d'autant qu'elle se doit former svu' un exemplaire dont il n'est pas possible d'imiter toutes les beautés. C'est Jésus-Christ, ma Sœur, le Fils du Père éternel, celui qui porte tout le monde par sa parole, en qui habitent toutes les richesses de la Divinité \ Puis donc que nous ne pouvons jamais atteindre à nous conformer parfaitement à Jésus-Christ, tout ce que nous pouvons, c'est de tâcher d'en approcher de plus en plus. Et si la perfection du christianisme n'est pas dans un désiré déterminé, il s'ensuit qu'elle consiste à monter toujours. Et partant, ma Sœur, vous proposer d'atteindre à la perfection, et vous vouloir arrêter en quelque lieu, c'est contraindre vos propres desseins; c'est aller contre votre vocation que de prescrire des bornes à votre amour. L'Esprit de Dieu, que vous voulez faire absolvnuent régner sur vous, ne saurait laisser ses entreprises imparfaites ; il porte tout au plus haut degré, cjuand on le laisse dominer sur une âme.
Considérez comme l'ambition ne saurait trouver de bornes, quand on lui laisse prendre le dessus sur la raison ; et nous pourrions croire que l'Esprit de Dieu ne nous voudrait pas pousser à rechercher ce qu'il y a de n)eilleur ! Cela est bon dans les âmes où on le tient en contrainte. Mais vous, ma Sœur, vous vous captivez pour donner la liberté tout entière à l'Esprit de Dieu : laissez-le agir dans votre âme. La charité qui opère en vous vient de Dieu, et ne demande autre chose que de retourner à sa source : si elle est forte en votre âme, elle ne cessera de l'entraîner par l'impétuosité de sa course, jusqu'à tant' qu'elle se soit reposée dans le sein du Bien-Aimé.
1. Hebr.. I. ."î : Colus.. ii. '.i. -2. Voir t. I. ]i. 12 et ôô.