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lui des hosties vivantes. Mais cette commune obligation de tous les fidèles regarde principalement ceux qui sont appelés aux fonctions sacrées, qui ne participent pas comme il-^ doivent au sacerdoce de Jésu^-Christ, s'ils ne tâchent à lui ressembler en qualité de victimes; et c'est pour cette raison que saint Paul, parlant dans la IT"" épître aux Corinthiens des ministres du Nouveau Testament et les regardant en esprit comme des victimes dévouées, il dit que « la mort opère en eux, ergo mors operatur ». [Saint Ambroise] ^ écrit ces belles paroles : « Autrefois, dans l'Ancien Testament, les prêtres offraient à Dieu le sang des taureaux et des boucs, mais depuis que le grand pontife est venu et qu'il s'est immolé lui-même pour le salut des pécheurs, c'est le devoir des prêtres de se sacrifier eux-mêmes pour expier les péchés du peuple, et il n'y a point de chrétiens qui ne doivent être autant de victimes : postquam Christus venit se immolare pro sainte mundi, semetipsos cœperunt offerre sacerdotes pro soluté peccatoruni. » C'est sur ces paroles du grand évêque de Milan que j 'établis la gloire de saint Charles Borromée, son successeur, qui s'est montré véritablement digne du sacerdoce, parce qvi'il s'est mis avec Jésus-Christ dans un état de victime.
Et, pour vous le faire voir avec ordre, je remarque dans tous les prêtres de la nouvelle alliance cette obligation, et particulièrement dans les évêques, qui portent éminemment cette dignité du sacerdoce qui enferme en soi trois admirables qualités. Car les prêtres sont les intercesseurs pour le peuple ; ils sont les princes du peuple ; ils sont les pères du peuple.
Ils sont les intercesseurs du peuple [afin de prier pour leurs péchés ; ils sont les princes du peuple] ' afin de les diriger dans leur conduite ; ils sont les pères du peuple afin de pourvoir à leurs besoins et à leurs nécessités.
l. S. Ambros., Apologia David obtulit mundi, semetipsos cœimniut
altéra, IV. 25 (P. Z,., t. XIV, col. offerre pro hostiis sacerdotes.»
896) :« Adhuc enim sacerdotes san- 2. Le copiste, par le fait sau.<
guinem hircorum atque tam-orum doute de la répétition des mots qfiu
pro peccatis plebi? et erroribus offe- de, a omis une ligne entière facile à
rebant : postea vero quam Christus suppléer, advenit, qui semetipsum pro sainte
Sermons de Bo-:-iuet. — II. :>."
Ces trois qualités les mettent certainement au-dessus de tous en qualité de pontifes ; mais, pour accomplir ce ministère, si elles les élèvent au-dessus de tous en qualité de pontifes, elles les abaissent au-dessous de tous en qualité de victimes. Car, s'ils sont les intercesseurs pour les péchés du peuple, ils doivent aussi les expier par eux-mêmes, et les voilà victimes de la pénitence. S'ils exercent vigoureusement l'autorité apostolique et s'ils sont destinés pour retrancher et pour couper le scandale, ils s'exposent à la fureur des méchants, et les voilà victimes de la discipline ecclésiastique. Et enfin, s'ils abandonnent entièrement leurs biens et s'ils s'exposent eux-mêmes pour pourvoir aux besoins et aux nécessités temporelles du peuple, ils s'épuisent de biens, et les voilà victimes de la charité pastorale. Voilà les trois immolations qui font la consommation de son sacerdoce.
Paraissez donc maintenant, grand Charles Borromée ! Faites-vous voir à cette sainte assemblée comme un grand évêque : c'est ce que je prétends vous faire voir dans les trois parties de ce discours, où vous remarquerez que ce grand prélat a prié pour les péchés de son peuple jusqu'à souffrir toutes choses pour les expier ; il a combattu pour la discipline ecclésiastique jusqu'à exposer sa vie pour la soutenir ; et enfin il a pourvu à tous les besoins de son peuple jusqu'à s'épuiser soi-même pour les soulager. Après cela, ne peut-il pas dire avec saint Paul : Ergo mors operatur in nobis? Oui, la mort opère en nous par ces trois sacrifices que nous offrons. Mais ne peut-il pas ajouter que cette mort, défectueuse pour lui, vient à donner la vie à son peuple, vita outem in vohis? C'est le sujet de ce discours.
Premier Point.
Quoiqu'il n'y ait rien de plus fort que la charité chrétienne, je ne crois pas vous offenser, Messieurs, si je dis qu'il n'y a rien de plus variable. Mais elle a cet avantage surprenant qu'elle n'est changeante que par sa propre constance, je veux dire par l'affection sincère par laquelle elle procure infatigablement le bien de son
prochain. Il n'y a point d'offense qu'elle ne pardonne, il n'y a point d'infirmité qu'elle ne supporte, point de mauvaise humeur avec laquelle elle ne s'accommode. De ce principe naissent ses deux inclinations, dont l'Apôtre écrit dans l'Épître aux Romains, et qui, comme dit saint Bernard ^, sont « les deux mamelles de l'Époux, duo libéra sponsi ». Et quelles sont ces deux mamelles? Gaudere ciim gaiidentibii.^, flere ann flevfihns^ ; c'est se réjouir avec ceux qui se réjouissent, c'est pleurer avec ceux qui pleurent. C'est l'abondance de la charité qui fait distiller le lait de ces deux mamelles en faveur de notre prochain, pjlle fait distiller en faveur de ceux qui se réjouissent « le lait de satisfaction et de conjouissance, lac congratidationis,y) dit saint Bernard. Elle fait distiller, en faveur de ceux qui sont affligés, « le lait de la consolation spirituelle, lac consolationis, » et cela se fait par une amitié compatissante.
Mais, Messieurs, cette charité ne suit pas toujours la même conduite. L'esprit de l'intérêt propre, qui est tout à fait attaché à soi-même par un lien indissoluble, souffre néanmoins des changements dans les choses humaines. Il ne faut donc pas s'étonner si l'esprit de la charité inspire quelque chose de plus surprenant, si quelquefois elle pleure avec ceux qui pleurent et se réjouit avec ceux qui se réjouissent. Quelquefois aussi, tout au contraire, elle pleure sur ceux qui se réjouissent et se réjouit sur ceux qui versent des larmes en abondance. Oui, Messieurs, cette charité toute bienfaisante qu'elle est, jamais jalouse, jamais ambitieuse, jamais intéressée, ni vindicative, elle a quelquefois de la doulevu' sur ceux qui se consolent ; mais elle voit aussi des larmes qui lui inspirent de la joie. Que me sert de vous tenir en suspens? peut-être prévenez-vous ma pensée. Peut-être l'avez-vous bien entendu, que la charité pleure sur les joies dissolues des enfants du monde et que ce cœur ne peut s'empêcher d'en verser des larmes, mais que les larmes de la piété réjouissent ce même cœur et le dilatent par un épanchement de joie et de consolation. Je l'ai appris du grand saint Paul, et je vous prie de
le bien entendre. Il dit, écrivant aux Corinthiens : Mes Frères, « scripsi vobis pcr multas îacrymas ^, je vous ai écrit avec beaucoup de tristesse et de larmes ; mais en même temps que mon frère Tite m'a fait connaître vos soupirs et vos larmes, au lieu de m "attrister avec vous, je me suis abîmé dans la joie, audivi vestras Iacrymas et vestrum fletwn lia ut magis gauderem" } » Ah ! âme sainte, est-ce ainsi que vous pratiquez vos propres conseils.^ Vous qui dites: Il faut se réjouir avec ceux qui se réjouissent et pleurer avec ceux qui pleurent, et tout au contraire vous pleurez sur ceux qui se réjouissent et vous vous réjouissez sur ceux qui répandent des larmes. Messieurs, écoutez la suite de ce discours : Ah ! dit ce grand apôtre, je ne me réjouis pas de ce que vous êtes affligés ; mais je ressens une joie extrême quand je vois que vous êtes tristes de cette tristesse qui est selon Dieu, tristitia secimdum Deum ^ ; je ne me réjouis pas de votre affliction, tout au contraire ; mais je ressens une joie indicible quand je vous vois abattus par cette tristesse salutaire qui conduit à la pénitence : non quia contristati cstis, sed quia contristati estis ad psenitentiam . » Je sais combien salutaire et combien fructueuse est cette pénitence qui conduit à Dieu : pœnîtentia secundum Deum salutem operatur ; et c'est pour cela que je me réjouis quand j'apprends que vous ressentez de la tristesse, parce que cette tristesse vous fait concevoir le désir de la pénitence, pœnitentia secundiim Deum salutem operatur, ou, pour traduire selon l'original : « Je me réjouis de ce que vous faites une pénitence dont vous ne devez jamais vous repentir : psenitentiam haudquaquam psenitendam. » Si je me réjouis donc de voir couler vos larmes, il ne faut pas vous en étonner, et si je m'afflige sans mesure sur ceux qui passent tout le temps de leur vie dans les jeux et dans les débauches, cela ne vous doit pas surprendre. Et c'est pour cette raison qu'il dit en un autre endroit de l'Épître^ « qu'il verse des larmes pour ceux qui ne font pas pénitence :