II Cor., VII, 7. Le teste porte ; 4. Ibid
Referens nobis vestrum fvtum ita vt 5. II Cor., xii, 21. Ms. : une autre
maçù ffauderem . Epistre.
ita ut lugeam inultos qui non agunt pxnitcntiani ; » comme s'il disait : Je plains ces malheureux parce qu'ils ne se plaignent pas eux-mêmes ; je déplore leur misère parce que, bien loin de la déplorer eux-mêmes, ils passent toute leur vie dans le libertinage et la débauche. Ah ! ville de Milan ! nouvelle Ninive, enivrée en tes plaisirs, superbe en tes pompes, aveugle en tes vanités, insatiable en tes débauches ! mais ville de Milan plus superbe, plus aveugle et plus insatiable que la ville de Ninive, parce que tu résistes à la voix de Dieu qui t'appelle par les paroles de ton grand archevêque et que tu lui envoies tes ministres pour soutenir les débauches de ton carnaval, que tu as besoin, au milieu de tes joies, cependant que ton cœur est rebelle à la grâce et qu'il lui déclare la gueiTe, ([ue tu as besoin, dis-je, qu'un cœur véritablement apostolique verse des larmes pour tes crimes ! Ah ! que tu as besoin, cependant que « tu amasses un trésor d'ire, thésaurisas fibi iram ^, » que saint Charles Borromée fasse une grande pénitence pour tes péchés et qu'il détourne par le sacrifice de- soimême la colère et la rigueur que tu te prépares !
Mais il faut recherclier à fond ce qui a obligé ce saint archevêque à faire une si rude pénitence pour les péchés de son peuple et qui l'a fait entrer en cet esprit de mortification ; et nous verrons que la cause de ses larmes et de sa pénitence se tire du fond et de l'esprit de son sacerdoce.
Pour le bien entendre, remarquez. Messieurs, que c'est une vérité constante, mais qui peut-être surprendra «mes auditeurs, que l'esprit du sacerdoce est un esprit de pénitence publique. Peut-être serez-vous surpris que j'avance aujourd'hui cette doctrine, que l'esprit du sacerdoce est un esprit de pénitence publique? Je sais sans en douter que ce sont les solitaires et les moines qui sont véritablement dans l'état de la pénitence, que c'est le devoir de leur charge, et que l'état sacerdotal est un état privilégié et qu'il a toujours été considéré comme un état de sainteté et d'innocence.
t. Rom.. II. ô.
Mais il faut ici observer qu'il y a deux états de pénitence publique : l'un qui satisfait pour ses crimes, et le second qui satisfait pour les crimes et les péchés des autres; et tel est l'état sacerdotal, bien loin de penser, Messieurs, que l'état sacerdotal soit un état de pénitence pour ses propres crimes. Car qui ne sait que les ministres des sacrements doivent apporter à l'autel une conscience innocente et remplie de pureté, et c'est par cette raison qu'étant éloignés des crimes, ils sont établis par le Fils de Dieu pour faire une pénitence publique et pour expier les fautes des hommes non seulement avec des larmes et des grands cris, comme dit l'Apôtre, mais encore par l'effusion de [leur] sang. Ainsi, j'ai raison de dire que l'état sacerdotal est un état de pénitence publique. C'est ce que saint Grégoire a fort bien expliqué dans la première partie de son Pastoral. Car, si vous lui demandez quel est le pasteur fidèle, il vous répondra que c'est un homme «qui ne commet rien de vicieux, mais qui déplore les transgressions des autres comme si c'étaient les siennes propres : qui nulla vitia perpétrât, perpetrata atitem ah aliis ut sua déplorât^. » Le pasteur fidèle ne commet jamais rien de vicieux, mais il déplore les crimes des autres comme les siens propres, parce que la pénitence publique est une marque inhérente à sa qualité de pasteur et de prêtre. Confessons, Messieurs, devant tout ce peuple que nous sommes bien éloignés de la perfection de notre ordre. Mais, pour en renouveler le souvenir, regardons ce bel exemple que les derniers siècles nous en ont laissé.
Le grand cardinal, saint Charles Borromée, accoutumé dès longtemps à la mortification, étant arrivé dans la ville en laquelle régnait l 'impénitence, il commence de suppléer à ses crimes par une plus sévère pénitence. Ce grand cardinal, issu d'une ville d'Italie et de parents très nobles, élevé délicatement, nourri dès sa plus tendre jeunesse dans une cour superbe, en laquelle il tenait la première place, mais en laquelle il donnait l'exemple de la modération, va devenir en son diocèse, hé quoi ! un homme de douleurs, une victime qui s'im-
1. S. Gregor., Reçnlœ Pastoralis pei-petrat, sed periietrata ab aliis ut liber, p. I*, c. X : (( Qui nulla illicita propria déplorât. ^>
mole pour les péchés de son peuple. Il veille continuellement, son emploi ne lui permet qu'un repos interrompu ; « il ne couche plus que sur la dure, afin que sa chair trouve la douleur même dans son lit : ipsis etiam cuhilibus constricta, ipsis incunahidi:< lancinata, dit Tertullien ^ ; » et afin de ressembler plus parfaitement à ce saint pontife selon l'ordre de Melchisédech, il se résolut de payer de sa personne pour toutes les peines que son peuple devait à la justice de Dieu pour ses péchés, li "histoire est remarquable ; je vous prie de l'entendre. Dieu, qui commande aux maladies quand il veut et qui les fait servir ou de ministres de ses vengeances ou de témoins de ses épreuves, « avait appelé la peste dans la ville de Milan : vocavit Domimis pestem '. » Dieu avait donc envoyé la peste, ou bien disons, pour imiter les paroles de l'Écriture : Dieu avait appelé la peste et l'avait envoyée avec tout son venin pour infecter la ville de Milan. L'ange exterminateur étendait son bras meurtrier sur toute cette misérable ville. La mort se faisait voir de toutes parts. Il vint en pensée à ce grand archevêque qu'il se devait présenter tout seul aux coups de la vengeance de Dieu, afin de la détourner de dessus son peuple. Hé quoi ! il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis seront égarées ^ ; et ici, voici un pasteur qui s'offre comme une victime à la colère de Dieu pour être frappé, afin de rappeler ses brebis ! Ce n'est pas qu'un homme pécheur puisse expier par lui seul les péchés de toutes les âmes. C'est la gloire du divin Sauveur, dont il est jaloux, et « qu'il proteste ne donner à personne: gloriam meam alteri non dabo'^. » Mais notre grand saint se persuade que Dieu aura la bonté de prendre son sang en sacrifice d'expiation pour épargner le sang de ses enfants, et cela s'était déjà vu dans la ville de Milan, quand le i)euple fut affligé du temps de saint Ambroise. Car il le dit lui-même dans une épître'', qu'il n'épargnerait son sang, «qu'il le ré-
1. De resiirr. caniis, vin: (( Ne 3. Matth., xxvi. 31. somno qnidem libéra, quippe ipsi? 4. Is., XLir, 8.
etiam cubilibus vincta, ipsisque stra- n. Epist. xx, b : « Certe ut mens
mentis lancinata. )) sanffuis pro soluté non solum populi.
2. II Reg., XXIV, 15: lY Reg.. sed etiam pro ipsis impils effundere- VIII. 1 Crocarit famvm): ^er..y.wy.. tur. >)
pandrait volontiers pour le salut de son peuple : Utinam certe meus sanguis pro sainte omnium fundcrctur ! » Le grand cardinal Borroniée entre dans ce sentiment généreux d'offrir sa vie pour le salut de son peuple. Mais qui lui donne ce sentiment? mais qui lui impose cette obligation? C'est l'esprit de son sacerdoce, c'est le privilège de sa prêtrise. C ar il considère, selon les paroles de saint Cyprien \ que l'Église est dans le pasteur et que le pasteur est dans l'Église par une extraordinaire communication, si bien qu'il se considère comme une personne cpii doit s'immoler pour les péchés du peuple, et en qualité de pasteur et de ministre dévoué à Dieu pour porter la peine des crimes des autres. Quiconque eût vu le saint archevêque en présence de tout le peuple assemblé en procession, les yeux baignés de pleurs, la tête baissée comme une victime destinée à la mort, prier Dieu qu'il fît tomber sur lui toute la tempête, il eût pu se représenter un Moïse priant Dieu qu'il pardonne à son peuple ou qu'il l'efface du livre de vie " ; ou David voyant l'ange exterminateur qui afflige son peuple et qui dit à Dieu : Hé ! Seigneur, que faites- vous? pourquoi affligez- vous ce peuple innocent, et pourquoi vous ne me punissez pas, moi, qui suis le coupable? Tournez, Seigneur, tournez sur moi les coups de votre colère et de votre vengeance ; ou saint Paul, « qui souhaite d'être fait anathème pour ses frères : Optavi esse anathema pro fratribus meis". » Après ce grand sacrifice, le ciel paraît plus serein ; Dieu commande à l'ange exterminateur de suspendre son bras et la maladie prend fin, tellement que l'on peut dire que ce grand archevêque, par son sacrifice, a opéré la mort en lui et la vie en son troupeau : Ergo mors operatur in nohis, vita in vohis.
Chrétiens, profitons de ce bel exemple : ne nous persuadons pas que cette obligation d'être victimes regarde seulement les pasteurs ; pensons que tous ceux qui ont l'honneur d'être chrétiens sont obligés à se rendre des victimes pour le salut de leurs frères. Je pourrais établir cette vérité sur saint Augustin *, qui considère dans