Dans le même sermon de llKili
Et vous aussi, sainte (,'onfrérie, qui avez donné le commencement à toutes les autres, ne laissez jamais ralentir voti'e zèle, qui a réchauffé le zèle de toutes les autres paroisses. Représentez-vous maintenant que vous entendez les cris de ces pauvres malades, qui, après avoir perdu tout autre secours, n'ont plus que le vôtre pour se soulat>er. Ah ! Chrétiens, plus les cris des pauvres sont faibles, plus ils ont de force pour se faire entendre. Que dirai-je maintenant de ceux qui sont contraints de dévorer leurs soupirs en eux-mêmes, ou dont les plaintes ne sont entendues que de leurs pauvres familles ou peutêtre de quelques voisins aussi pauvres qu'eux'? Vous entendez bien que je veux parler de ces pauvres honteux. Cherchez-les dans ces. antres obscurs oii ils voudraient pouvoir se cacher à eux-mêmes. Cherchez-les, Chrétiens, et tâchez à tirer de leur bouche l'aveu de leur pauvreté et de leur indigence. Et ne me dites pas que vous ne pouvez les soulaaer, car la charité fait ce qu'elle peut et plus qu'elle ne peut, secundum virtutem et supra -c'irtutem^ . Elle n'a qu'à se regarder soi-même ix)ur faire ce qu'elle veut ; mais elle n'a qu'à s'élever au-dessus de soi-même [pour faire] plus qu'elle ne peut. Que si,
dans quelque rencontre, la providence divine '^ , et la
source des aumônes vous manque, ah ! donnez-leur une aumône spirituelle : la source des consolations et des instructions ne vous manque jamais. Et c'est cette charité que saint Charles Borromée répandait sur tout son peuple durant le temps de sa maladie. Il étendait sa charité sur tous les misérables : il n'y a point de pauvres dans la disette qui ne ressentent ses libéralités; il n'y a point de })auvres si abandonnés dans son diocèse qui ne soient illuminés par ses instructions. Il travaille sans cesse pour porter les ambitieux à l'humilité et pour retirer les abandonnés du désespoir et du précipice. Il a méprisé la contagion et la pestilence. Ah ! Chrétiens, vos frères languissent à vos portes, et vous les laissez vivre sans secours et sans consolations ! Mais, me direz-
1. Voy. t. II. p. 401 : «Lem-splain- (A. Metz, Toussaint, 1657. )
tes ne sont entendues que de leur 2. II Cor., viii, 3.
pauvre famille éplorée, et de quel- 3. Espace blanc poiu- un ou deux
ques-uns de leurs voisins, peut-être mots, encore plus misérables qu'eux d.
Sermons de Bossuet. — II. aS
VOUS, de quoi serviront ces consolations à ce pauvre, qui a besoin de pain et non pas de paroles? Ah ! Chrétiens, ne parlez pas de la sorte : car, quand un homme est dans la plus grande pauvreté, quand il se voit abandonné de tout le monde, et qu'il porte un fardeau de misère sur ses épaules, si cet homme vous voit venir à lui, il dira en son cœur : Donc je ne suis point tout à fait abandonné ; donc on pense encore à moi ; donc je suis soulagé dans mes misères. Il croira que Dieu aura mis la pensée de le venir voir dans vos cœurs, et, à travers les nuages épais de sa tristesse, il croira entrevoir un rajon de la bonté paternelle. Donnez-lui quelque petite instruction ; dites-lui qu'il ne faut pas aigrir ses maux par l'impatience; dites-lui qu'il ne faut pas irriter la colère de Dieu par un désespoir ; parlez-lui des jours de notre misérable pèlerinage; parlez-lui de ces jours de l'ancien Adam que nous devons passer en cette misérable servitude ; tâchez d'exciter en lui le désir de ces jours éternels, où nous vivrons en joie et en repos, et où toutes nos larmes seront essuyées. \ os paroles seront un aiguillon dans son cœur, dit l'Ecclésiaste \ et peut-être que, par un mot, vous aurez sauvé votre frère, pour lequel Jésus- Christ est mort". Sainte Confrérie, voilà quelle doit être votre occupation. S'il y a encore quelque chose à dire, ne vous en étonnez pas : car on ne peut pas dire tout en un seul discours. S'il y a quelque chose à ajouter, méditez-le dans vos cœurs, « et Dieu vous le révélera : et hoc quoque Dcv.s revelahit^. » Cherchez dans la conduite de votre pasteur"*, autant éclairé par sa piété que par sa doctrine, tout ce qui peut consoler les âmes affligées ; et ce Dieu, qui est toute charité, vous conduira du séjour de la charité fraternelle dans le séjour de la charité divine, que je le prie d'accroître en vous par la charité du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
1. Eccl., XII, 11. veii. P. Chapelasfut^anlideM.01ier 2. I Cor., Yiii, 11. et de Nicolas Cornet, et devint en .-î. Phil., m, 15. 1637, syndic de la Faculté de théolo- 4. Pien-e Chapelas. Né à Bor- gie. Dans les querelles du temps, il deaux, il avait étudié à Paris, au prit, quoique avec modération, parti Collège de Navarre, et pris le bonnet contre les iansénistes. (Le Villain, en 1618, et bientôt après avait été ( /p. cif^]).2iio: Mémoires cle G. Hernommé à la cure de Saint-Jacques- mant, publiés par M. A. Gazier. la-Boueherie. Il résigna ce bénéfice Paris, 1910, 6 vol. iu-8, passim: et en ](>6.') à Léonard Chapelas, ton ne- Mémuires dn P. Rapin, t. II, p. 31 d.)
A Paris, le 25 novembre 1656 ('!).
Le texte de ce sermon, comme celui du panégyrique de saint Charles Borromée, est conservé dans le manuscrit n" 46 du Chapitre de Bajeux ; mais nous ne savons ni dans quelle église, ni en quelle année ce discours a été prononcé. Il paraît moins bien composé, et par conséquent plus ancien que le panégyrique de la même sainte qu'on lit dans les éditions de Bossuet, et qui est sans doute de 1661. D"un autre côté, on doit le croire postérieur au panégyrique de saint Gorgon (1654), dont l'orateur s'est inspiré ici. Étant donné que Bossuet fut absent de Paris au mois de novembre des années 1657 et 1658. il est probable que notre discours est de 1655 ou de 1656. (Voir E. Levesque, dans la Revue Bossuet de janvier 1903, p. 3.)
Omne quod natum est ex Deo vincit mundum, et hwc est Victoria quse vincit mnndvm fides nostra.
Tout ce qui est né de Dieu surmonte le monde, et la victoire (jui surmonte le monde, c'est notre foi. (Paroles prises de la l""^ Épître de saint Jean, ch. XV.)
C'est un spectacle bien agréable à des chrétiens, que de leur faire voir que le monde est vaincu par un chrétien. C'est un spectacle bien agréable à des vierges qui sont consacrées à Dieu, que de leur montrer ce triomphe en une personne de leur sexe. C'est un spectacle digne d'être présenté devant les autels du Dieu vivant, de voir que celui qui y est adoré a fait toute sa gloire et tout le sujet de son triomphe d'avoir surmonté le monde : Confidite, ego vici mundtnn^. Je me propose donc de vous faire voir un grand champ de bataille, où une jeune fille, âgée de dix-huit ans, combat la puissance de l'empire romain, attaque toute l'autorité de l'empereur et renverse toute sa magnificence, toutes ses