Luc. x V. 4 et seq
leurs contraires : tellement que cet excès de joie que nous ressentons lorsque nous pouvons réparer nos pertes, vient presque toujours de notre faiblesse. Mais à Dieu ne plaise que nous croyions qu'il en soit ainsi de la joie des anges et de celle du Fils de Dieu même, dont nous devons aujourd'hui expliquer les causes ! Il faut prendre des principes plus relevés, si nous voulons pénétrer de si grands mystères. Entrons en matière, et disons : Tout le motif de la joie du Fils, c'est la gloire de Dieu son Père ; tout le motif de la joie des anges, c'est la gloire de leur Créateur : si donc ils se réjouissent si fort dans la conversion des pécheurs, c'est que la gloire de Dieu y paraît avec plus de magnificence. Prouvons solidement cette vérité.
La gloire de Dieu éclate singulièrement dans les natures intelligentes par sa miséricorde et par sa justice. Sa providence, son immensité, sa toute-puissance paraissent dans les créatures inanimées; mais il n'y a que les raisonnables qui puissent ressentir les effets de sa miséricorde et de sa justice, et ce sont ces deux attributs qui établissent sa gloire et son règne sur les natures intelligentes. C'est par la miséricorde et par la justice que les anges et les hommes sont sujets à Dieu : la miséricorde règne sur les bons, la justice, sur les criminels ; l'une par la communication de ses dons, l'autre par la sévérité de ses lois ; l'une par la douceur, et l'autre par force ; l'une se fait aimer, l'autre se fait crainch-e ; l'une attire, et l'autre réjjrime ; l'une récomjiense la fidélité, l'autre range' la rébellion; si bien que la miséricorde et la justice sont en quelque sorte les deux mains de Dieu, dont l'une donne et l'autre châtie : ce sont les deux colonnes qui soutiennent la majesté de son règne ; l'une élève les innocents, l'autre accable les criminels, afin que Dieu domine sur les uns et sur les autres avec une égale puissance. C'est pourquoi le prophète chante : Toutes les voies du Seigneur sont miséricorde et vérité'; c'est-à-dire miséricorde et justice, selon l'interprétation des docteurs : d'autant que la justice de Dieu, c'est sa vérité; parce que, comme dit le grand saint