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Dieu les représente, dans la parabole de notre évangile comme exclus, comme exconnnuniés du troupeau ; parce qu'étant des membres pourris, ils ne participent point à la vie : c'est pourquoi le Pain de vie leur est refusé ; c'est pourquoi ils sont séparés du banquet céleste, qui est la vie du peuple fidèle. D'où, passant plus outre, je dis qu'étant séparés de cette unité, ils commencent leur enfer même sur la terre, et que leurs crimes les y font descendre. Car ne nous imaginons pas que l'enfer consiste ^ dans ces épouvantables tourments, dans ces étangs de feu et de soufre, dans ces fiammes éternellement dévorantes, dans cette rage, dans ce désespoir, dans cet horrible grincement de dents. L'enfer, si nous l'entendons, c'est le péché même; l'enfer, c'est d'être éloigné de Dieii : et la preuve en est évidente par les Écritures.
Job nous re])résente l'enfer en ces mots : C'est un Heu, dit-il, où il n'y a nul ordre; mais une horreur perpétuelle' : de sorte que l'enfer, c'-est le désordre et là confusion. Or le désordre n'est pas dans la peine ; au contraire, j'apprends de saint Aui.'ustin ^ que la peine, c'est l'ordre du crime. Quand je dis péché, je dis le désordre, paT'ce que j'exprime la rébellion ; quand je dis péché puni, je dis une chose très bien ordonnée, car c'est un ordre très équitable que l'iniquité soit punie; d'où il s'ensuit invinciblement que ce qui fait la confusion dans l'enfer, ce n'est pas la peine, mais le péclié. Que si le dernier degré de misère, ce qui fait la damnation et l'enfer, c'est d'être séparé de Dieu, qui est la véritable béatitude ; [si] d'ailleurs il est plus clair que le jour que c'est le péché ciui nous en sépare ; comprends, ô pécheur misérable, que tu portes ton enfer en toi-même, parce que tu y portes ton crime, qui te fait descendre vivant en ces effroyables cachots où sont tourmentées les âmes rebelles. Car, connue Fapôtre saint Paul, parlant des fidèles qui vivent en Dieu par la charité, assure que leur
1. Il -iuftit de lire la suite i)oiir ailleurs. Yoy.. ))ar exemple, dans les
comijreudre que l'orateur ne nie i)as sermons précédents, la |)éroraison
la réalité des peines de l'enfer, mais pour la Circoncision. l(!.").-î (dans
qu'il veut expliquer ce qui fait l'es- notre 1. 1, p. 281 ). sence de la peine, du dam. Du reste, "2. Job., x. 22.
îl s'en est assez souvent exj>liqué ^. Ad Honorât., Y^it. vx\.. n. i.
76 GLOIRE DE niEU
demeure est au ciel, et leur conversation avec les anges ^ ; ainsi nous pouvons dire très certainement que les méchants sont abîmés dans l'enfer, et que leur conversation est avec les diables. Étrange séparation du pécheur, qui trouve son enfer même en cette vie ! Et n'est-il pas juste qu'il trouve l'enfer, puisqu'il est séparé du sacré troupeau, que la charité fait vivre en Notre-Seigneur ?
Mais peut-être vous répondrez que le pécheur se peut relever, et que l'enfer n'a point de ressource. Ha! ne nous flattons point de cette pensée : la blessure que fait le péché est éternelle et irrémédiable. Mais Dieu, direzvous, y peut remédier. Il le peut, à cause qu'il est tout-puissant ; ce qui n'empêche pas que la maladie ne soit incurable de sa nature. Concevons ceci, Chrétiens : l'orgueilleux Nabuchodonosor a fait jeter les trois saints enfants dans la fournaise des flammes ardentes ^ ; autant qu'il est en lui, il les a brûlés, encore que Dieu les ait rafraîchis. Ainsi, lorsque nous commettons un péché mortel, nous donnons tellement la mort à notre âme, qu'encore que Dieu nous puisse guérir, néanmoins, de notre côté, nous rendons et notre péché et notre damnation éternels, parce que nous éteignons la vie jusqu'à la racine. Il faut regarder ce que fait le péché, non ce que fait la toute-puissance. Qui renonce une fois à Dieu y renonce éternellement, parce que c'est la nature du péché, de faire autant qu'il le peut une séparation éternelle. C'est pourquoi le Prophète-roi, se considérant dans le crime, se considère comme dans l'enfer, à cause de cette effroyable séparation : « Mstimatxis sum cum (lescendentihus in lacum* : Je suis, dit-il, compté parmi ceux qui descendent dans le cachot » ; et après : « Ils m'ont mis dans le lac inférieur, dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort : Posuerunt me in lacii inferiori^. » Et de là vient qu'il s'écrie dans sa pénitence : « De profundis clamavi ad te, Domine ^ : Seigneur, je crie à vouf* des lieux profonds » ; et rendant grâce de sa délivrance: Vous avez, dit-il, retiré mon âme de V enfer inférieur'.