‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 48 sur 397 · Dan., m. 2]. 6. Ps. cxxix · texte numérisé non relu

Dan., m. 2]. 6. Ps. cxxix

;5. Var. : en tant. 7. Ps. Lxxxv. 13. 4. P.«. LXXXVII. ô.

C'est que ce saint homme avait bien conçu que le péché est un abîme et une prison, un gouffre, un cachot, un enfer.

Dans ce cachot et dans cet abîme où nos crimes nous précipitent, quelle espérance aurions-nous, Fidèles, si Dieu ne nous avait donné un Libérateur, qui, étant venu au monde pour notre salut, a bien voulu même aller aux enfers pour achever un si grand ouvrage? C'est ce même Libérateur qui est descendu aux enfers, qui daigne descendre encore tous les jours dans l'enfer des consciences criminelles : car, certes, vous y descendez, ô Sauveur ! lorsque vous faites luire en nos âmes, au milieu des ténèbres où elles languissent, les belles et éclatantes lumières de vos divines inspirations. C'est ainsi, ô Pasteur miséricordieux ! que vous cherchez votre brebis égarée : votre amour vous transporte à un tel excès, que vous la cherchez jusque dans l'enfer, parce que vous la cherchez jusque dans le crime. Figurez-vous ici. Chrétiens, quel fut le ravissement des saints pères \ lorsqu'ils virent leur limbe honoré' de la glorieuse présence du Sauveur du monde. Combien louèrent-ils la miséricorde de ce Dieu qui les visitait jusque dans ces lieux souterrains, et qui allait pour l'amour d'eux jusqu'aux enfers ! Or sa miséricorde est beaucoup plus grande, quand il va chercher les pécheurs : ils sont dans un enfer plus obscur et dans une captivité bien plus déplorable. Nos pères, qui étaient réservés aux limbes jusc^u'à la venue du Sauveur, soupiraient continuellement après lui, et pressaient son arrivée par leurs vœux ; au contraire, les misérables pécheurs, dans cet enfer de l'impiété où ils sont, non seulement ne cherchent pas le Sauveur, mais ils fuient sitôt qu'il s'approche; et c'est la seconde misère de l'âme.

Nous sommes infiniment éloignés de Dieu, et nous le fuyons quand il vient à nous. Comprenons, par un exemple sensible, combien est dangereuse cette maladie. Voyez un pauvre malade, faible et languissant: ses forces se diminuent tous les jours ; il faudrait qu'il prît quelque

1. Les patriarches, les ancêtres Richelet, une licence qui n'est pas à irisraël. imiter. Bossuet. un peu plus loin. î":i

2. Limbe est employé au singulier écrit au pi miel, par Voitm-e : mais c'est là. dit

nourriture pour soutenir son infirmité; il ne peut. Je ne sais quelle humeur froide ^ lui a causé un dégoût étrange : si on lui présente quelque nourriture, si exquise,si bien apprêtée qu'elle soit, aussitôt son cœur se soulève ; de sorte que nous pouvons dire que sa maladie, c'est une aversion du remède. Telle et encore beaucoup plus horrible est la maladie d'un pécheur. Il a voulu goûter, aussi bien qu'Adam, cette pomme qui lui paraissait agréable ; il a voulu se rassasier des plaisirs mortels, et, par un juste jugement de Dieu, il a perdu tout le goût des biens éternels. Vous les lui présentez, il en a horreur ; vous lui montrez la terre promise, il retourne son cœur en Egypte ; vous lui donnez la manne, elle lui semble fade et sans goût. Ainsi nous fuyons malheui'eusement le charitable pasteur qui nous cherche.

Pécheur, ne le fuis-tu pas tous les jours? Maintenant que tu entends sa sainte parole, peut-être que ce pasteur miséricordieux te presse intérieurement en ta conscience: Veux-tu pas restituer ce bien mal acquis? veux-tu pas enfin mettre quelques bornes à cette vie débauchée et licencieuse? veux-tu pas bannir de ton cœur l'envie qui le ronge, cette haine envenimée qui l'enflamme, ou cette amitié dangereuse qui ne le flatte que pour le perdre? Écoute, pécheur, c'est Jésus qui [te] cherche. Et ton cœur répond à ce doux Sauveur : Je ne puis encore. Tu le remets de jour en jour, demain, dans huit jours, dans un mois ; n'est-ce pas fuir celui qui te cherche, et mépriser sa miséricorde? Insensé! que t'a fait Jésus, que tu fuis si opiniâtrement sa douce présence? D'où vient que la brebis égarée ne reconnaît plus la voix du pasteur qui l'appelle et lui tend les bras, et qu'elle court follement au loup ravissant qui se prépare à la dévorer ? Peut-être tu répondras : Je ne puis, je ne puis marcher dans la voie étroite. Mais ne vois-tu pas, misérable, que Jésus te présente ses propres épaules pour soulager ton infirmité et ton impuissance? Il descend à toi pour te relever ; en prenant ton infirmité, il te communique sa force : c'est le dernier excès de miséricorde.

Page 1