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POUll UNE VÊiURE. 93
plaisirs à part, quelle est notre erreur et notre folie de croire que nous l'ayons contentée', lorsque nous aurons satisfait les sens ! Au contx*aire, ne jugeons-nous pas que, si nous ne lui donnons des objets tout spirituels qu'elle sente et qu'elle reçoive par elle-même, elle sortira au dehors pour en chercher d'autres, et qu'elle se troublera dans la multitude? Turbaris erga plurima.
Ainsi, quoi que puisse nous représenter notre imagination abusée, notre âme ne trouvera jamais son repos jusqu'à ce que nous ayons composé nos mœurs, jusqu'à ce que, nous dégageant de la multitude afin de nous recueillir en nous-mêmes, nous nous soyons rangés au dedans, et que nos affections soient bien ordonnées. C'est ce que nous apprend le Psalmiste, lorsqu'il dit, au psaume Lxxxiv : « La justice et la paix se sont embrassées : Justitm et pax oscidatse sunt. )> Où est-ce qu'elles se sont embrassées? Elles se sont embrassées certainement flans le cœur du juste. C'est la justice qui établit l'ordre; et la justice règne en nos âmes, lorsque les choses y sont rangées dans une bonne disposition et que les lois que la raison donne sont fidèlement observées ; alors nous avons en nous la justice, et aussitôt après nous avons la paix : Justifia et pox osculatse sunt.
O âme, si vous n'avez pas la justice, c'est-à-dire si vous n'êtes pas recueillie pour vous composer en vousmême, infailliblement la paix vous fuira. Pour quelle raison? Parce qu'elle ne trouvera point au dedans de vous la justice, cette justice qui vous retire en vousmême pour régler votre intérieur, vous n'aurez que faire de chercher la paix ; elle viendra elle-même, dit saint Augustin, pour embrasser sa fidèle amie, c'est-à-dire la justice, qui vous établit dans votre véritable constitution : Si nmaveri-s justitiûm, non diii quseres pacem : [quia et] ipsa occurret tihi, ut osculetur justitiani'. D'où il s'ensuit que nous n'avons point de repos, jusqu'à ce que, détachés de la multitude, nous appliquions nos soins en nous-mêmes poui' régler notre intérieur, selon ce que dit le Seigneur Jésus : Marthe, Marthe, tu es empressée et tu te troubles.