‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 57 sur 397 · Pallio, n. 5. 4. Tonte' cette fin dn premier · texte numérisé non relu

Pallio, n. 5. 4. Tonte' cette fin dn premier

POIR UNE VÉTIRE. 95

D'ailleurs, nos désirs sont si peu réglés! notre esprit est préoccupé de tant de fausses imaginations ! Ou l'orgueil nous enfle, ou l'envie nous ronge, ou les convoitises nous brûlent; et nous nous laissons accabler d'affaires, comme si celles-ci ne nous touchaient pas, ou qu'il n'y en eût pas assez pour nous occuper. Enfin, que recherchons-nous parmi tant d'emplois? Pourquoi gouvernons-nous notre vie par des considérations étrangères? — Je veux la passer dans les grandes charges. — Mais que nous sert de faire une vie publique, puisque enfin nous ferons tous une mort privée ? — Mais si je me retire, que dira le monde ? — Et pourquoi voulonsnous vivre pour les autres, puisque chacun doit enfin mourir pour soi-même? O folie! ô illusion! ô troubles et empressements inutiles des enfants du siècle ! Chère Sœur, rompez ces liens, démêlez votre cœur de la multitude ; et que vos forces se réunissent à la seule occupation nécessaire : Porro unum est necessarium. C'est ma seconde partie, que je joindrai avec la troisième dans une même suite de raisonnement.

Second Point.

Toutes les créatures intelligentes tendent de leur nature à l'unité seule; et j'apprends de saint Augustin^ que le véritable mouvement de l'âme, c'est de rappeler ses esprits des objets extérieurs au dedans de soi, et de soi-même s'élever à Dieu. C'est pourquoi Dieu ayant fait le monde avec cet admirable artifice, aussitôt il introduit l'homme, dit Philon le Juif % au milieu de ce beau théâtre, pour être le contemplateur d'un si grand ouvrage. Mais en même temps qu'il le contemple et qu'il jouit de l'incomparable beauté d'un spectacle si magnifique, il sent aussi en son propre esprit la merveilleuse vertu de l'intelligence, qui lui découvre de si grands miracles ; et ainsi, rentrant en soi-même, il y ramasse toutes ses forces pour s'élever à son Créateur et louer ses libéralités infinies. De cette sorte, l'âme raisonnable se rappelle de la multitude, pour concourir

poiut a été souliarnée l'Oiir -ou ini- 1. Lib. De Quauiit. aaimm. n. .").").

portance. '-• /-»'>■ T>e mundi opijîcin.

96 POT "H UNE VÊTl RE.

à riinité seule ; et telle est son institution naturelle. Mais le péché a perverti ce bel ordre, et lui donne un mouvement tout contraire. ])ans sa véritable constitution, elle passe de la multitude en soi-même, afin de réunir toute sa vigueur pour se transporter à son Dieu, qui est le principe de Tunité ; au contraire, le péché la poussant, elle tombe de Dieu sur soi-même, et de là sur la multitude des objets sensibles qui l'environnent \ Car, de même qu'une eau qui se précipite du sommet d'une haute montagne, rencontrant au milieu de sa course une roche, premièrement elle fond sur elle avec toute son impétuosité, et là elle est contrainte à se partager, forcée l^ar sa dureté qui la rompt : ainsi Thonniie, que son orgueil avait emporté, tombe premièrement de Dieu sur soi-même, comme dit l'incomparable Augustin ^, parce qu'il est aussitôt déçu par son amour-propre ; et là, rencontrant l'orgueil en son âme élevé connue un dur rocher, il se brise, il se ])artage, et il se dissipe dans la vanité de plusieurs désirs, dans lesquels son âme s'égare.

Et c'est ce que nous pouvons comprendre aisément par le livre de la Genèse. I^e serpent artificieux promet à nos pères que, s'ils mangent le fruit défendu, ils auront la science du bien et du mal ; et Adam se laisse surprendre à ses promesses fallacieuses^. Certes, dans la pureté de son origine, il avait la science du bien et du mal : car ne savait-il pas. Chrétiens, que son souverain bien est de suivre Dieu, et le souverain mal de s'en éloigner? Mais il veut chercher dans la créature ce qu'il possédait déjà dans le Créateur ; après quoi, par un jugement équitable, le Créateur retire ses dons, desquels l'homme orgueilleux n'était pas content : si bien que l'homme perdit aussitôt la véritable science du bien et du mal, et il ne resta plus en son âme qu'une vaine curiosité fie la rechercher dans la créature.

C'est ainsi que nous allons, honnues miséral)les, cherchant curieusement le bien, et tâcliant de le goûter partout où nous en voyons quelques apjiarences. Et comme toute âme curieuse est naturellement inquiète, notre

1. Pensées (léveloiiiiées iilu?- tanl •'. De Cirit. Dci. lib. XIY, cap.

dans le .«eniion \«mr la /'rnf'i\«.<in>i xiii. df .W"' <h- La Vnllirn: X Gen.. m. ô.

humeur remuante et volage, ne pouvant s'arrêter à un seul désir, se partage en mille affections déréglées, et erre de désirs en désirs par un mouvement éternel. De là vient que l'homme animal ne peut comprendre ce que dit le Seigneur Jésus, qu'il n'y a qu'une chose qui soit nécessaire. Et la raison en est évidente : car nous ne croyons pas pouvoir être heureux, si nos désirs ne sont satisfaits ; et ainsi notre cœur étant échauffé ^ d'une infinité de désirs, le vieil Adam ne peut pas entendre qu'il trouve jamais sa félicité en ne poursuivant qu'une seule chose. O misère ! ô aveuglement, qui établit la félicité à contenter les désirs irréguliers qui sont causés par la maladie! Éveillez-vous, ô enfants d'Adam, retournez à l'unité sainte de laquelle vous êtes déchus par la pernicieuse curiosité de chercher le bien dans les créatures. Au lieu de partager vos désirs, apprenez du Sauveur Jésus à les réunir, et vous saurez le secret de les contenter : Porro unum est necessarium. Cessez de m'inquiéter, désirs importuns, ne prétendez pas partager mon cœur ; laissez-moi écouter le Seigneur Jésus, qui m'assure dans son Évangile qu'il n'y a qu'une chose qui soit nécessaire !

Et certes, quand je considère, mes très chères Sœurs, qu'entre tous les êtres que nous connaissons, il n'y a que Dieu seul qui soit nécessaire, que tout le reste change, tout le reste passe, qu'il n'y a que notre grand Dieu qui soit immuable, je fais ce raisonnement en moimême : S'il [n']y a qu'un seul être qui soit nécessaire en lui-même, il n'y a rien aussi, à l'égard des hommes, qu'une seule opération nécessaire, qui est de suivre uniquement cet un nécessaire : car il est absolument impossible que notre repos puisse être assuré, s'il ne s'appuie sur quelque chose Cfui soit immobile. Plus une chose est réunie en elle-même, plus elle approche de l'immutabilité. I/unité ne donne point de prise sur elle, elle s'entretient également jiartout ; au contraire, la multitude cause la corruj)tion, ouvrant l'entrée à la ruine totale par la dissolution des parties. Il faut donc que mon cœ^ur aspire à l'unité seule, qui associera toutes

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