‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 63 sur 397 · Joan.. XII, 47. ^-eiice du manuscrit. On attendait · texte numérisé non relu

Joan.. XII, 47. ^-eiice du manuscrit. On attendait

2. Ps. LXXIII. 12. plutôt: «... pourquoi vois-je du iî. Tel est le texte de Defovis. sang répandu? et n,e chercherons-

cpi'il nous fait suivre ici en l'ab- nous point dans les Ecritures... V »

Premier Point.

Pour comprendre solidement combien grande, combien illustre, combien macnifique est la souveraineté du Sauveur des âmes, il faut premièrement former en nousmêmes la véritable idée de la royauté ; où je vous demande. Fidèles, que vous ne vous laissiez pas éblouir les yeux par cet éclat et par cette pompe qui remplit d'étonnement le vuloaire. Comprenons dans la royauté des rois quelque chose de plus relevé que ce que l'ionorance y admire. Certes, je ne craindrai pas de le publier : ce ne sont ^ ni les trônes, ni les palais, ni la pourpre, ni les richesses, ni les gardes qui environnent le prince, ni cette longue suite de grands seigneurs, ni la foule des courtisans qui s'empressent autour de sa personne ; et pour dire quelque chose de plus redoutable, ce ne sont ni les forteresses, ni les armées qui me montrent la véritable grandeur de la dignité royale. Je porte mes yeux jusque sur Dieu même, et de cette Majesté infinie je vois tomber sur les rois un rayon de gloire que j'appelle la royauté. Et, pour dire plus clairement ma pensée, je soutiens que la royauté, à la bien entendre, qu'est-ce. Fidèles, et que dirons-nous? c'est une puissance universelle de faire du bien aux peuples soumis : tellement que le nom de roi, c'est un nom de père commun et de bienfaiteur général ; et c'est là ce rayon de divinité qui éclate dans les souverains.

Expliquons toutes les parties de cette définition importante, qui sera le fondement de tout mon discours. Je dis do'nc que la roj^auté est une puissance. Je ne m'arrête point à prouver une vérité si constante; mais, passant plus outre, je raisonne ainsi. Je dis que si la royauté est une puissance, il s'ensuit manifestement que c'est une puissance de faire du bien. Et j'appuie cette conséquence sur ce beau principe : Tout ce qui mérite le nom de puissance, naturellement tend au bien. Jugez si

1. Comme en beaucdup d'autres — Cf. r. I. j). '2^2. — Pascal lui aussi

circonstances, une idée incidente. dédaignait « ces trogneg armées h

jetée en passant dans un sermon qvii environnent les rois. « qui n'ont

antérieur est devenue (( le fonde- de mains et de force que pour eux... î>

ment i) de tout un nouveau discoiurs. {Pensées, Art. m, .3.)

j'établirai cette vérité par des raisons assez convaincantes.

La puissance qui s'emploie à faire du mal aux autres, le fait ou justement ou injustement. Si elle le fait avec injustice, il est certain que c'est impuissance : car nul ne peut opprimer les autres par violence et par injustice, qu'il ne se mette le premier dans la servitude. C'est pourquoi il est écrit dans l'Apocalypse, que « celui qui mène les autres en captivité va lui-même en captivité : Qui in captivitateni dux'crit, in coptivitatem vadet ^ ; » sans doute afin que nous concevions que celui qui opprime, celui qui tourmente est le premier esclave de son injustice, selon l'expression de l'Apôtre : Seroi peccati ' . Étant dans un si honteux esclavage, il ne peut pas être appelé puissant ; et par conséquent la puissance d'affliger les autres avec injustice n'est pas une véritable puissance: « Non posftumus aliquid adversus veritatcm, sed pro vcritatc " : Nous ne pouvons rien contre la vérité ; mais nous pouvons tout pour elle ; » puissance qui se détruit elle-même.

Mais que dirons-nous maintenant de cette puissance qui punit les crimes, et qui donne des armes à la justice contre les entreprises des méchants? C'est ici qu'il faut que je vous propose une belle théologie de Tertullien : elle donnera un grand jour à la vérité que j'ai avancée, que tout ce qui mérite le nom de puissance est naturellement bienfaisant. Ce grand homme, comparant la bonté de Dieu, par laquelle il fait du bien à ses créatures, avec la sévérité rigoureuse par laquelle il les châtie selon leurs mérites, dit que la première lui est naturelle, c'est-àdire la munificence, et que l'autre est comme empruntée, c'est-à-dire la sévérité : lUa ingenita, hœc accidens ; illa édita, hœc adhihita ; iUu propria, hœc accommodata* . Et il en rend cette excellente raison : Car, dit-il, la toute-puissance divine jamais n'afflige ses créatures que lorsqu'elle y est forcée par les crimes. Si donc jamais elle ne se résout à leur faire sentir du mal que par une espèce de force, il paraît qu'elle leur fait du bien par nature;

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