‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 65 sur 397 · I EeîT.. XV m. 7. iî. /T · texte numérisé non relu

I EeîT.. XV m. 7. iî. /T

108 POl'R LA CIRCONCISION

m'ôte la gloire de gai'der mes peuples; on transfère riionneur ro3al à David, en reconnaissant que c'est lui qui sauve, et il ne lui en manque plus que le titre. Tant il est véritable, ô Fidèles, que c'est le propre des rois de sauver! C'est pourquoi le prince Jésus, en venant au monde, considérant que les prophéties lui promettent l'empire de tout l'univers, il ne demande point à son Père une maison riche et magnifique, ni des armées grandes et victorieuses, ni enfin tout ce pompeux appareil dont la majesté royale est environnée. Ce n'est pas ce que je demande, ô mon Père ! Je demande la qualité de sauveur, et l'honneur de délivrer mes sujets de la misère, de la servitude, de la damnation éternelle. Que je sauve seulement, et je serai roi. O aimable rojauté du Sauveur des âmes !

Ces vérités étant supposées, venez maintenant adorer, mes Frères, l'auguste monarchie du Sauveur des âmes ; et, parce que mes sentiments sont trop bas pour vous exprimer une telle gloire, écoutez de la bouche de saint Augustin ce qu'il en a appris dans les Écritures : Xe nous imaginons pas, dit ce grand docteur, que ce soit lin avantage pour le roi des anges d'être fait aussi le prince des hommes. Le règne qu'il lui plaît d'établir sur nous, c'est la paix, c'est la liberté, c'est la vie et le salut de ses peuples. Il n'est pas roi, poursuit-il encore, ni pour exiger des tributs, ni pour lever de grandes armées ; mais il est roi, dit ce saint évêque, parce qu'il gouverne les âmes, parce qu'il nous procure les biens éternels, parce qu'il fait régner avec lui ceux que la charité soumet h ses ordres. Et enfin il conclut ainsi : « Le règne de notre prince, c'est notre bonheur ; ce qu'il daigne ^ régner sur nous, c'est clémence, c'est miséricorde ; ce ne lui est pas un accroissement de puissance, mais un témoignage de sa bonté : Dignatio est, non promotio ; miserationis indicium, non potestatis augmcntum^. »

Mais, Fidèles, d'où savons-nous que tels sont les sentiments de notre monarque? Écoutons l'Écriture sainte ; écoutons, et que nos cœurs s'attendrissent en contem-

I. Ce qu'il (laiffite, le fait qu'il '2. Tract. II /h ./o«».. n. 4.

daigne, s'il daigne.

DE NOTRE-SEIGNKUR. 109

plant la miséricorde infinie de Jésus, notre souverain ti'ès aimable. Je remarque dans son Évangile une chose très considérable : c'est que jamais il n"a confessé qu'il fût roi que devant le tribunal de Pilate, et il le fait dans des circonstances qui sont dignes d'être observées. Le président ^ romain lui demande s'il est véritable qu'il soit roi : et le Fils de Dieu aussitôt, ayant ouï parler de sa royauté, lui qui n'avait pas encore daigné satisfaire à aucune des questions qui lui étaient faites par ce juge trop complaisant, ni même l'honorer d'un seul mot : Oui, certes, je suis roi, lui dit-il d'un ton grave et majestueux : 7'// dicis quia n\r suin cgo' ; parole qui jusqu'alors ne lui était pas encore sortie de la bouche. Con^idérez, s'il vous plaît, son dessein. Ce qu'il n'a jamais avoué parmi les applaudissements des peuples qui étaient étonnés et du grand nombre de ses miracles, et de la sainteté de sa vie, et de sa doctrine céleste, il commence à le publier hautement lorsque le peuple demande sa mort par des acclamations furieuses. Il ne s'en est jamais découvert que par figures et paraboles aux apôtres, qui recevaient ses discours comme paroles de vie éternelle : il le confesse nûment au juge corrompu qui, par une injuste sentence, le va attacher à la croix. Il n'a jamais dit qu'il fût roi quand il faisait des actions d'une puissance divine, et il lui plaît de le déclarer quand il est prêt de succomber volontairement à la dernière des infirmités humaines. N'est-ce pas faire les choses fort fi contretemps? Et néanmoins c'est la sagesse éternelle qui a disposé tous les temps. Mais, ô merveilleux contretemps, ô secret admirable de la Providence ! Je vous entends, ô mon roi Sauveur : c'est que vous mettez votre gloire à souffrir pour l'amour de vos peuples, et vous ne voulez pas que l'on vous parle de royauté que'^ dans le même moment aufiuel par une mort

1. Les éditeurs se contentent de rentré à la Bibliothèque nationale,

renvoyer à un autre sermon sur la eonune nous l'avons dit dans le vo-

niême fête ( t. I. p. 2fi2 ). Xous avons hune ])récédent. a été définitivement

remarqué que.dans ce sermon (Voca- catalogué : Xoiir. acq. frinic. ÏAhîi.

bls). ils n'avaient pas uian(|ué de 2. .Toan.. x viii, .-57.

fondre les deux textes en un. Cetjne o. (^iie. a])rès une négation, sinon,

le ms. du r(X7/ft/.<uous montrait avoir .'-^ur cette syntaxe, voy. les l'cmar-

été ajouté d'après le Dniy mitfm. ijuc.< .itir la r/rammaire et le rocahii-

nous le rétablissons ici. — Le l'ucnhi.--. taire, au tome YII.

glorieuse vous allez délivrer vos misérables sujets d'une servitude éternelle. C'est alors, c'est alors que vous confessez que vous êtes roi.

Qui ne vous louerait, ô mon Prince? qui n'admirerait vos bontés? Que le ciel et la terre chantent à jamais vos miséricordes ! Que vos fidèles célèbrent éternellement la magnificence de votre règne ! Quel empire est mieux acquis que le vôtre, puisqu'on ne voit parmi vos sujets que des captifs que vous avez délivrés, des pauvres que vous avez enrichis, des misérables que vous rendez bienheureux, des esclaves que votre bonté a changés en rois?

Mais, Fidèles, ce n'est pas assez de contempler la gloire de notre Prince : elle est si grande et si éclatante, qu'elle n'a pas besoin d'être relevée par nos paroles ; mais elle veut être honorée par nos actions. Faisons donc cette réflexion chrétienne sur les vérités que j'ai annoncées. Chaque monarchie a ses droits, selon la qualité des monarques ; ainsi nous devons régler nos devoirs sur le titre de notre prince. Or, je vous demande, mes Frères, ciue ne doivent pas des peuples sauvés à un roi sauveur? Considère, ô peuple sauvé, que, si l'on t'a sauvé, tu étais perdu ; et si l'on t'a sauvé tout entier, tu étais perdu tout entier ; et si tu étais perdu tout entier, tu te dois aussi tout entier à celui par qui tu subsistes. Ft cependant tu oublies Jésus : ou les affaires, ou les débauches, ou les vains empressements de la terre t'enlèvent entièrement à Jésus. Du moins ne sens-tu pas en ta conscience que tu crois faire beaucoup de te partager? Jésus aura ce quart d'heure, etc. ; mais le cœur n'est à lui qu'à demi, et, n'y étant qu'à demi, il n"v est point du tout.

S'il y a quelque chose en nous ^ dont Jésus ne soit pas sauveur, je veux qu'il nous soit permis de le réserver. Mais, si nous voulons avoir la consolation de croire qu'il a sauvé tout ce que nous sommes, pourquoi ne voulonsnous pas avoir la justice de lui donner aussi tout ce que nous sommes? Hé! ne voyons-nous pas qu'étant le Sauveur, et ne voulant régner que comme sauveur, nous

]. Très beau passage. On peut par l'orateur, depuis le sermon de constater ici les progrès accomplis 1G53.

DE NOTRE-SF.IONELR. 111

ne lui donnons rien qu'afin qu'il le sauve? Quelle est notre ingratitude et notre folie, si nous nous soulevons tous les jours contre ce roi de miséricorde, dont le règne est notre salut ; si, au lieu de nous joindre aux pieux enfants c^ui présentent des palmes à notre Sauveur : Vive, disaient-ils, le Fils de David! béni soit le roi d'Israël ' ! nous embrassons le parti rebelle des séditieux de la parabole, en nous écriant avec eux : Xous ne voulons point qu'il règne sur nous' ! Car oserions-nous dire qu'il règne sur nous, puisc^ue nous foulons aux pieds tant de fois les saintes maximes de son Évangile ? Quelle illusion ! quelle moquerie ! Nous disons qu'il est notre roi, et nous méprisons ses commandements ! Nous nourrissons des inimitiés implacables, et nous nous disons les sujets du roi pacifique ! Xous brûlons de convoitises brutales, et nous voulons être à l'époux des vierges ! Notre âme est enivrée des plaisirs du monde, et nous servons un roi couronné d'épines !

Retournons, retournons, Fidèles, à l'empire du roi sauveur. Refuser un prince qui sauve, c'est renoncer ouvertement au salut. Imprimons bien avant en notre pensée que nous sommes un peuple sauvé, afin qu'ayant toujours en notre mémoire les misères dont Jésus-Christ nous a délivrés, nous apprenions que nous n'avons rien que par la miséricorde du Libérateur. Et puisque le prince qui nous a sauvés, non seulement nous tire de la servitude, mais encore nous rend participants de sa royauté, rougissons de retomber dans les fers, nous que Jésus-Christ a faits rois. Ne jetons pas aux pieds de Satan la couronne que Jésus a mise sur nos têtes. Puisc|ue la bonté du Sauveur nous a non seulement affranchis, mais en quelque façon déjà couronnés, concevons qu'il est indigne de nous de servir ce divin monarque dans la servilité de la crainte. Servons-le donc. Fidèles, dans la liberté de la sainte dilection "^ ; servons-le d'une

1. Matth.. XXI. 15 : Joan., xii. 13. amis, en rois, non en esclaves, par la

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