Luc. XIX, 14. charité. C'est elle qui nous fait agir
3. «On trouve siu' l'enveloppe du royalement: > reginm mandatum. manuscrit original ce? paroles écrites reçalem legem. Jac, II. 8. (Note de de la main de Bossuet. qui ont rap- Deforis.) — C'était .=ans doute un port à ce qu'il dit ici : « Agir en court sommaire.
affection libérale, puisqu'il ne demande que notre amour pour le prix de ses travaux et de ses conquêtes.
Second Point.
Quelques ^ louanoes que nous donnioris aux victorieux, il ne laisse pas d'être véritable que les guerres et les conquêtes produisent toujours beaucoup plus de larmes qu'elles ne font naître de lauriers. Considérez, je vous prie, Fidèles, les César et les Alexandre, et tous ces autres ravageurs de provinces que nous appelons conquérants : Dieu ne les envoie sur la terre que dans sa fureur. Ces braves, ces triomphateurs, avec tous leurs magnifiques éloges, ils ne sont ici-bas que pour troubler la paix du monde par leur ambition démesurée. Ont-ils jamais fait une guerre si juste où ils n'aient opprimé une infinité d'innocents? Leurs victoires sont le deuil et le désespoir des veuves et des orphelins. Ils triomphent de la ruine des nations et de la désolation publique. Ha! qu'il n'est pas ainsi de mon prince! C'est un capitaine sauveur, qui sauve les peuples parce qu'il les dompte, et il les dompte en mourant pour eux. Il n'emploie ni le fer ni le feu pour les subjuguer : il combat par bienfaits, par des attraits tout-puissants, par des charmes invincibles. Mais, afin que vous compreniez ma pensée, qui ne tend qu'îi l'édification de vos âmes, il faut que je déduise par ordre quelques propositions irnjiortantes.
I.a premièi'e proposition, c'est que le Fils de Dieu, surmontant le monde, devait principalement surmonter les cœurs. C'est ce qui nous est prophétisé manifestement dans le psaume où David parle de lui en ces termes: « Sagittœ Potenti>( acuta' ~ : Fes flèches du Puissant sont perçantes ; les peuples tomberont à ses pieds ; ses coups donnent tout droit au cœur des ennemis de mon roi. » Par où vous voyez, Cli rétiens, que le roi dont parle cette prophétie, c'est-à-dire sans difliculté le Sauveur des âmes, devait principalement subjuguer les
1. Le jiassngt' fine iinus rot:iblis- semblable à celui f|ue l'on interposons ici avait été intioiluit dans le lait dans Tautre. Nous sommes répremier sermon ponr la Circoncision, diiits toutefois à le restituer par (cf. t. I. ]). '2(15. 1 II y avait dcinc dans conjecture. Ticuvre actuelle un développement i. Ps. .\r,iv. (i.
cœurs. Et la raison en est évidente. Car le Fils de Dieu est venu au monde pour dompter les peuples rebelles qui s'étaient révoltés contre Dieu son Père. Et quand je cherche la rébellion par laquelle nous nous soulevons contre Dieu, je trouve infailliblement qu'elle est dans le cœur. Ce ne sont pas nos bras ni nos mains qui s'élèvent insolemment contre Dieu ; c'est le cœ>ur qui s'enfle au dedans, c'est lui qui murmure, c'est lui qui résiste : « Dixit insipiens in corde auo : Non est Deu.s^: L'insensé a dit en son cœur : Il n'y a point de Dieu. » L'insensé combat contre Dieu ; et voyant bien qu'il ne le peut détruire en effet, il tâche de le détruire du moins en son cœur. La rébellion est donc dans le cœur. Et c'est pourquoi le même prophète c[ui a remarqué que c'est là que se nourrit la rébellion, nous apprend aussi que c'est là que portent les coups du victorieux : In corda inimicorum régis. C'est ce qui fait dire à saint Augustin que les peuples que Jésus surmonte tombent dans le cœur. Qu'est-ce à dire, tomber dans le .cœur? « C'est dans le cœur qu'ils s'élevaient contre lui, c'est dans le ca>ur qu'il les abaisse et les fait tomber : Ibi se erigehant adversus Christum, ibi cadiint (inte Christum '. ■»
D'où passant plus outre, je dis en second lieu avec le même saint Augustin, que, pour abattre ses ennemis dans le cœur, il fallait qu'il les remplît de son saint amour. C'est alors que les cœurs tombent devant lui, saintement abaissés par la charité : Popidi sub te codent, nous dit le Psalmiste. De là vient que notre prophète arme les mains de son conquérant de flèches aiguës, qui signifient les traits perçants par lesquels la charité pénètre les cœurs : Sagiitœ Potentis acutre. Et c'est ici. Chrétien, que tu dois apprendre que si Jésus ne te touche au cœur, si tu ne brûles pour lui par un saint amour, tu ne pourras jamais être sa conquête. Car tu ne peux être sa conquête, jusqu'à ce que tu sois blessé par ses armes. Puis donc que les armes de notre prince sont des flèches qui percent les cœurs, tant que tu le sers seulement par crainte, tant que le cœur n'est point blessé