‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 82 sur 397 · De Pwlicit., n. G. est adverbe · texte numérisé non relu

De Pwlicit., n. G. est adverbe

DE SAINT JOSKPII. 133

Frères, respectons notre corps, qui sont les membres de Jésus-Christ ; gardons-nous de prostituer à l'impureté cette chair que le baptême a fait ^ vierge. Possédons nos x'oisseaiLV en honneur, et non pas dans ces passions^ ignominieuses que notre brutalité nous inspire, comme les Gentils qui n'ont pas de Dieu. Car Dieu ne nous appelle pas à Vimpurcté, mais l'i la sanctification' en Notre-Seigneur Jésus-Christ. Honorons par la continence cette sainte virginité qui nous a donné le Sauveur, qui a rendu sa Mère féconde, qui a fait (|ue Joseph a part à cette fécondité bienheureuse, et l'élève, si je l'ose dire, jusqu'à être le père de Jésus-Christ même. Mais, Fidèles, après avoir vu qu'il contribue, en quelque façon, à la naissance de Jésus-Christ en gardant la pureté de sa sainte Mère, voyons maintenant ses soins paternels, et admirons la fidélité par laquelle il conserve ce divin Enfant que le Père céleste lui a confié ; c'est ma seconde partie.

[Second Point.]

Ce n'est pas assez au Père éteinel d'avoir confié à Joseph là virginité de Marie : il lui prépare quelque chose de plus relevé ; et, après avoir commis à sa foi cette sainte virginité qui doit donner Jésus-Christ au monde, comme s'il avait dessein d'épuiser sa libéralité infinie en faveur de ce patriarche, il va mettre en ses mains Jésus-Christ lui-même, et il veut le conserver par ses soins. Mais si nous pénétrons le secret, si nous entrons au fond du m3-stère, c'est là, Fidèles, que nous trouverons quelque chose de si glorieux au juste Joseph que nous ne pourrons jamais assez le comprendre. Car Jésus, ce divin Enfant sur lequel Joseph a toujours les yeux, et qui fait l'aimable sujet de ses saintes inquiétudes, est né sur la terre comme un orphelin, et il n'a point de père en ce monde. C'est pourquoi saint Paul dit qu'il est sans père: Sine paire ^. Il est vrai qu'il en ^ a un dans le ciel; mais, à voir comme il l'aban-

1. Le particijie ne variait pas dans 4. Tout ce qui suit dans le 2« '•es locutions. point, ainsi ([ue le commencement

2. Thess., IV, 4, ô. 7. du 3«, manque aujourd'hui au ma- 8. Hebr.. vri. 3. nuscrit. Xous suivrons donc for-

donne, il semble que ce père ne le connaît plus. Il s'en plaindra un jour sur la croix, lorsque, l'appelant son Dieu et non pas son Père : Et pourquoi, dira-t-il, ui'abandonnez-vous ' ? Mais ce qu'il a dit en mourant, il pouvait le dire dès sa naissance, puisque, dès ce premier moment, son Père l'expose aux persécutions et commence à l'abandonner aux injures. Tout ce qu'il fait en faveur de ce Fils unique, pour montrer qu'il ne l'oublie pas, du moins ce qui paraît à nos yeux, c'est de le mettre en la garde d'un homme mortel, qui conduira sa pénible enfance ; et Joseph est choisi pour ce ministère. Que fera ici ce saint homme? Qui pourrait dire avec quelle joie il reçoit cet abandonné, et comme il s'offre de tout son cœur pour être le père de cet orphelin? Depuis ce temps-là, Chrétiens, il ne vit plus que pour Jésus-Christ, il n'a plus de soin que pour lui ; il prend lui-même pour ce Dieu " un cœur et des entrailles de père ; et ce qu'il n'est pas par nature, il le devient par affection.

Mais afin que vous soyez convaincus de la vérité d'un si grand mystère, et si glorieux à .Joseph, il faut vous le montrer par les Écritures, et pour cela vous exposer une belle réflexion de saint Chrysostome. Il remarque dans l'Ëvangile que partout Joseph y paraît en père. C'est lui qui donne le nom à Jésus, comme les pères le donnaient alors ; c'est lui seul que l'ange avertit de tous les périls de l'Enfant, et c'est à lui qu'il amionce le retour. Jésus le révère et lui obéit : c'est lui qui dirige toute sa conduite, comme en ayant le soin principal ; et partout il nous est montré comme père. D'où vient cela ? dit saint Chrysostome ; en voici la raison véritable. C'est, dit-il ^, que c'était un conseil de Dieu, de donner au grand saint Joseph « tout ce qui peut appartenir à un père sans blesser la virginité : "Oiiep saxl Tcarpoç îoiov, où ).'j[jLat.vG[j.£vov tÔ t"?,; TiapOsv'la; à;{w|i.a,

~0Ùt6 (70'. O'IOOJJJ.!.. »

Je ne sais si je comprends bien toute la force de cette pensée ; mais voici, si je ne me trompe, ce que veut

cément le premier éditeur, en tenant 1. Matth., xxvii, 40.

compte toutefois de quelques correc- '2. Var. : jiour ce saint Enfant,

tions proposées par l'abbé Vaillant. iî. In Matth. ^ liom. iv, n. G

dire ce grand évêque. Et premièrement supposons pour certain que c'est la sainte virginité qui empêche que le Fils de Dieu, en se faisant homme, ne choisisse un père mortel. En effet, Jésus-Christ venant sur la terre pour se rendre semblable aux hommes, comme il voulait bien avoir une mère, il ne devait pas refuser, ce semble, d'avoir un père tout ainsi que nous, et de s'unir encore à notre nature par le nœud de cette alliance ; mais la sainte virginité s'y est opposée, parce que les prophètes lui avaient promis qu'un jour le Sauveur la rendrait féconde ; et puisqu'il devait naître d'une Vierge mère, il ne pouvait avoir de père que Dieu. C'est par conséquent la virginité qui empêche la paternité de Joseph. Mais peut-elle l'empêcher jusqu'à ce point que Joseph n'y ait plus de part, et qu'il n'ait aucune qualité de père? Nullement, dit saint Chrysostome ; car la sainte virginité ne s'oppose qu'aux qualités qui la blessent ; et qui ne sait qu'il y en a, dans le nom de père, qui ne choquent pas la pudeur et qu'elle peut avouer- pour siennes? Ces soins, cette tendresse, cette affection, cela blesse-t-il la virginité? Voyez donc le secret de Dieu, et l'accommodement qu'il invente dans ce différend mémorable entre la paternité de Joseph et la pureté virginale. Il partage la paternité, et il veut (jue la virginité fasse le partage. Sainte pureté, lui dit-il, vos droits vous seront conservés. Il y a quelque chose dans le nom de père que la virginité ne peut pas souffrir ; vous ne l'aurez pas, ô Joseph ! Mais « tout ce qui appartient à un père sans que la virginité soit intéressée ^, voilà, dit-il, ce que je vous donne : Hoc tibi do, quod fKdva virginitate patcrnum esse potest. » Et par conséquent. Chrétiens, Marie ne concevra pas de Joseph, parce que la virginité y serait blessée ; mais Joseph partagera avec Marie ces soins, ces veilles, ces inquiétudes, par lesquelles elle élèvera ce divin Enfant ; et il ressentira pour Jésus cette inclination naturelle, toutes ces douces émotions, tous ces tendres empressements d'un cœur paternel.

Mais peut-être vous demanderez où il prendra ce cœur paternel, si la nature ne le lui donne pas? Ces

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