Var. : fructueusement
réformer par ce moyen nos actions extérieures. J'ai dessein de vous faire voir que l'opération du Saint- Esprit dans les apôtres et dans les premiers chrétiens convainc le monde de péché. Mais, comme nous ne connaissons ce qui se passe dans les cœurs que par les œuvres \ et qu'il serait malaisé de vous faire ici le dénombrement de tous les effets de la grâce, je m'attacherai, Mess[ieurs], à deux effets principaux que la grâce du Saint-Esprit produit dans les hommes qu'elle renouvelle, et qui ont éclaté principalement après la descente du Saint-Esprit dans les premiers chrétiens et dans l'Église naissante.
Les hommes naturellement se laissent amollir par les plaisirs, ou afl-aiblir par la crainte et par la douleur ; mais ces hommes spirituels que le Saint-Esprit a formés, je veux dire les apôtres, les premiers fidèles, timides auparavant, ils ont abandonné lâchement leur maître par une fuite honteuse, et le plus hardi de tous a eu la faiblesse de le renier. Aujourd'hui, que [p. 2] le Saint-Esprit les a revêtus de force, ce sont des hommes nouveaux que ni la crainte, ni la douleur, ni la violence ^ des coups, ni l'indignité des affronts ne sont plus capables d'émouvoir. Tel est le premier caractère des hommes spirituels que je dois aujourd'hui vous représenter : ils sont pleins d'un esprit de force, qui triomphe du monde et de sa puissance^. Mais voici un second effet qui n'est pas moins merveilleux : au lieu qu'on voit ordinairement les hommes si attachés à leurs intérêts que, pourvu qu'ils soient à leur aise '\ ils regardent les maux des autres avec une souveraine tranquillité, les apôtres et les premiers chrétiens, ces créatures nouvelles que le Saint-Esprit a formées, attendris par la charité qu'il a répandue dans les cœurs, ne sont plus c( qu'un cœur et qu'une âme, cor unum et anima una ■", » comme il est écrit dans les Actes ; et touchés des maux qu'endurent les pauvres, ils ne craignent pas de vendre
1 . Var. : que par les effets. teurs insèrent dans le texte toutes
2. Var. : ni les plus dures épreu- ces rédactions succe.ssives. ves — extrémités — ne peuvent plus 8. Var. : de ses puissances, empêcher de rendre à la face de tout 4. Var. ; en repos, l'univers un glorieux témoignage à 5. Act., iv, 32. Jésus-Christ ressuscité. — Les édi-
leurs biens pour établir parmi eux une communauté bienheureuse.
Tels ^ sont les deux caractères dont le Saint-Esprit a marqué les hommes qu'il forme en ce jour. Invincibles, inébranlables, insensibles en quelque sorte à leurs propres maux par l'Esprit de force qui les a remplis, sensibles aux maux de leurs frères par les entrailles [de] la charité fraternelle ", ils condamnent notre faiblesse, qui ne veut rien souffrir pour l'amour de Dieu, ils convainquent notre dureté, qui nous rend [p. 3] insensibles aux maux de nos frères. Ainsi, par l'opération du Saint-Esprit, le monde est convaincu de péché. Considérons attentivement cette double conviction ^ ; et voyons avant toutes choses notre faiblesse condamnée par cet esprit de force et de fermeté qui paraît dans les apôtres et dans l'Église naissante.
Premier Point.
Que l'esprit du christianisme soit un esprit de courage et de force, un esprit de fermeté et de vigueur, nous le comprendrons aisément, si nous considérons que la vie chrétienne est un combat continuel. Double combat, double guerre ; comme dans un champ de bataille, pour combattre mille ennemis découverts, et mille ennemis invisible[s]. Si la vie chrétienne est un combat continuel, donc l'esprit du christianisme est un esprit de force. Persécution au dehors, persécution intérieure : la nature contre la grâce ; la chair contre l'esprit; les plaisirs contre le devoir; l'habitude contre la raison * ; les sens contre la foi ; les attraits présents
1. Première rédaction: [p. 4] ((C'est maximes du inonde ; et l'esprit de
ainsi que le Saint-Esprit convainc charité fraternelle, qui est le véri-
le monde de péché, selon la parole table esprit du christianisme, con-
demon texte, lorsque, posant aujour- vainc notre dureté inflexible et notre
■d'hui les fondements de l'Église et froideur dédaigneuse dans les misè-
formant les premiers chrétiens sur res des pauvres et des affligés.
la doctrine de Jésus-Christ, il les 2. Var. : par la charité fraternelle,
remplit de force et de charité. Car 3. \ar.: Voilà les deux grands
la force qu'il a inspirée à nos pères péchés dont le Saint-Esprit nous
dans (va?-. : dès) l'origine du chris- convainc. Considérons, Chrétiens,
tianisme condamne la délicatesse cette double conviction...
•de leurs descendants, qui sont sans 4. Var. : l'accoutumance contre
vigueur et sans résistance contre la loi. (Idée reportée plus loin dans
les attraits des plaisirs et contre les cette énumération.)
contre l'espérance; l'usage corrompu du monde contre la pureté de la loi de Dieu. [p. 4] Qui ne sent point ce combat, dit saint Augustin, c'est qu'il est déjà vaincu, c'est qu'il a donné les mains à l'ennemi, qui règne sans résistance : Si nihil in te alteri resistit, vide totuin uhi sit. Si spiritvs tiius a carne contra concupiscente non dissentit, vide ne forte carni mens tota consentiat : vide ne [forte] ideo non sit hélium, quia pax perversa est ^. Qui suit le courant d'un fleuve n'en sent pas la rapidité que par la force qui l'emporte avec le courant^.
Pouvons-nous vaincre dans ce combat, sans être revêtus d'un esprit de force? C'est pour cela que le Fils de Dieu, sachant que la force et la fermeté était connne le fondement de toute la vie chrétienne, a voulu faire paraître cet esprit avec un grand éclat dès l'origine du christianisme. Vous allez voir. Chrétiens, de quelle sorte cet esprit de force, qui a rempli les apôtres, convainc d'infidélité et les Juifs qui n'ont pas cru à leur parole, et les chrétiens qui ont dégénéré de leur fermeté : Arguet mundum de peccato... quia non crediderunt in vie^.
[P. 5] Dieu '^ ayant choisi les apôtres pour convaincre le monde par leur ministère de ce qu'il ne croyait pas en son Fils, deux choses étaient nécessaires pour rendre leur déposition convaincante : la première, que le fait dont ils déposaient fût constamment "" de leur connaissance ; la seconde, qu'on fût assuré de la sincérité de leur cœur. Vous verrez bientôt. Chrétiens, combien l'opération du Saint-Esprit était nécessaire pour ce grand ouvrage.
Pour établir le premier ^ : Jésus-Christ leur avait paru ; vu, touché, etc. C'était, à la vérité, un grand avantage qu'ils pussent dire au monde : [Non possumus] quae vidimus et audivimus non loqui '^ . Mais cela