‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 110 sur 538 · Matth., xii · texte numérisé non relu

Matth., xii

Toutes ces douces contraintes où vous êtes sont autant d'effets de sa jalousie. Y a-t-il aucun de nos sens par lequel nous touchions les choses plus légèrement que par celui de la vue ? Et toutefois il témoigne, par ce voile qu'il vous impose, qu'il ne vous permet pas cette sorte de jouissance. Et le docte Tertullien dit que l'on en couvre les vierges, de peur qu'elles ne soient souillées des moindres regards ; estimant la virginité une chose si délicate qu'elle peut être en quelque façon violée par les yeux, surtout par ces yeux que l'Apôtre appelle si élégamment « yeux pleins d'adultère : Ocuîos plenos adulterii \ » D'où vient que ce grand homme, selon sa gravité ordinaire, nous a dépeint de la sorte ce voile des vierges : « Indue armaturam pudoris, circumduc vallum pudicitiœ, murum sexui tuo strue, qui nec tuos emittat ocidos, nec admittat ^alienos" : Revêtez-vous, leur dit-il, des armes de la pudeur ; entourez votre honnêteté d'un rempart ; dressez une muraille à votre sexe, qui empêche vos yeux de sortir, et refuse l'entrée à ceux des autres. » D'où vous pouvez conclure qu'une vierge n'est plus vierge sitôt qu'elle s'abandonne aux sentiments de la terre, et qu'alors sa virginité lui tourne en prostitution.

Passons outre : il n'y a rien qui soit plus à vous que votre propre volonté ; néanmoins vous avez bien la résolution de vous en vouloir dépouiller. Eh effet, vous la soumettez tellement aux ordres d 'autrui, qu'on ne sait plus si c'est la vôtre ou celle de vos supérieurs ; et l'obéissance rigoureuse que vous professez l'anéantit de telle sorte qu'un Père ancien l'a nommée la sépulture de la volonté ^ ; sépulture certainement bien pénible, parce qu'il la faut recommencer mille et mille fois, mais qui vous avertit que, renonçant si généreusement à la chose qui est le plus en votre pouvoir, ce serait un crime si vous vous reteniez aucun bien du monde.

Enfin, considérez, par une réflexion sérieuse, que l'action que vous allez faire est un sacrifice, et que ce serait un sacrilège exécrable, si vous réserviez C|uelque

1. II Petr., II, 14. — Deforis (sans 2. De Virg. vel. n. Ifi.'

doute d'après le ms.) : adulterii o. S. Joan. Clim,, Scal. parad..

plenos. f^rad. IV.

chose de ce qui entre par une oblation solennelle en la possession du Très-Haut. Ophni et Phinées, sacrificateurs d'Israël, pour s'être attribué les offrandes que le peuple présentait à Dieu, furent dévorés avec leur armée par le glaive des Philistins^ : d'autant, comme dit le prophète Isaïe, ce que Dieu est le Seigneur, et ne peut souffrir la rapine dans les holocaustes : Ego Dominus... odio hahens rapinam in holocausto^. » Et de quelle punition penseriez-vous être digne, si vous ravissiez à Dieu, non point la graisse des agneaux ou des béliers, mais une victime vivante, lavée du sang de son Fils, qu'il a tirée du monde pour la sanctifier à son

nom

Dites donc, ma très chère Sœur, en faisant une revue générale dans tous les replis de votre cœur, dites du plus profond de votre âme : O monde, à qui mon Maître n'a pu plaire, et qui n'as pu plaire à mon Maître ! ô monde, qu'il a surmonté par l'infamie de sa mort ! monde enfin, théâtre de folie et d'illusion, je te quitte et je te renonce de toute mon affection. Et vous, rompez mes liens, ô Seigneur ! je vous immolerai une hostie de louange'^, et mon âme délivrée ne cessera de bénir vos incomparables bontés. Daignez, mon Sauveur Jésus, me recevoir en vos bras, et ne permettez pas que mes ennemis m'en arrachent. C'est ce que vous donnera, s'il plaît à Dieu, la persévérance, qui doit faire le second point de cet entretien.

Second Point.

« Qui veut venir après moi, dit notre divin capitaine, qu'il renonce à soi-même, et porte sa croix tous les jours : Tollat crucem suam quotidie. » Cette croix, c'est la guerre que nous devons avoir contre le monde et la chair, auxquels nous devons nous crucifier avec notre Maître ; et ce mot : « tous les jours, ):> nous marque la persévérancee. Au reste, notre prince nous avertit qu'il ne nous veut point épargner ; qu'avec lui, une bataille gagnée en attire une autre, et qu'il ne sait

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