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point donner d'autre rafraîchissement à ses troupes; qu'il entend enfin que leur travail soit continuel en ce monde, puisque leur couronne dans le ciel doit être immortelle : voilà comme il nous encourage à persévérer.
Pour appliquer ceci à votre condition, comprenez, s'il vous plaît, la nature de vos vœux. Il y a deux sortes de vœux : les uns sont pour un temps, et les autres à perpétuité, comme ceux que vous allez faire. Ce que je dirai se doit entendre particulièrement des derniers, bien qu'à proportion il se puisse aussi appliquer aux autres.
C'est la religion, disent les théologiens, qui nous lie à Dieu ; et le vœu, selon leur doctrine, en est un des actes qui a la vertu d'étreindre ce sacré nœud. Car, encore que tout ce que nous sommes appartienne au Créateur de droit naturel, néanmoins il a voulu nous laisser un certain domaine sur nos actions, pour former en nos âmes une légère image de sa souveraineté absolue ; et c'est ce domaine que vous lui cédez et transportez par vos vœ^ux. Quels doivent donc être les sentiments d'une âme pieuse, qui se veut de tout son cœur dévouer à Dieu? Premièrement, elle considère que tout ce qu'il y a d'être dans les créatures relève de cet Être souverain et universel ; puis, poussée d'un violent désir de se réunir à son principe et de se donner à lui pour toute l'éternité, elle proteste de se résigner tout entière à ses saintes dispositions, afin qu'il règne sans réserve sur ses puissances, qu'il les occupe toutes et les remue selon ses conseils, s'y attachant de tous ses efforts et enracinant, pour ainsi dire, sa volonté dans cette volonté première et indépendante, la règle et le centre de toutes les autres. Telle est l'adoration que vous allez rendre aujourd'hui à cet Esprit incompréhensible, dont le ciel et la terre redoutent les commandements. Et cette adoration est en ce point différente de toutes les autres, que celles-ci passent avec l'acte que vous en formez, au lieu que celle-là a son effet dans toute la vie : de sorte que, comme Dieu est immuable par la loi toujours permanente de son éternité, ainsi vous vous faites une loi vous-même, par les vœux que vous concevez, d'être ferme et inébranlable dans son service.
Donnez-vous donc de garde que l'ennemi ne vous trompe, et que, ne pouvant vous ébranler d'abord dans la fin principale de votre vocation, il ne tâche de vous jeter peu à peu dans quelque relâchement, et ne vous fasse négligier insensiblement les choses de moindre importan^cel Sur quoi vous avez à penser qu'une âme religieuse, dont tous les mouvements concourent à la même fin, ressemble en ce point à une voûte bien affermie, qui est incapable de succomber qu^nd on la veut pousser tout entière, mais qu'on peut faire tomber facilement en ruine par la désunion qui s'en ferait pièce à pièce. C'est pourquoi ne dédaignez pas ce qui vous semble le moins nécessaire, parce que de là dépend. le plus important. Dieu ayant ordonné pour la connexion de toutes les choses, et afin que chacune eût son prix, que les plus grandes fussent soutenues sur les plus petites ; et ainsi ce qui serait peut-être à mépriser selon sa nature devient très considérable par la conséquence. Ne permettez donc pas que l'on vous puisse jamais reprocher ce que le saint Apôtre reproche aux Galates ^ : « Sic stulti estis, ut cum spiritu cœperitis, nunc carne consummemini ? Seriez-vous bien assez insensée pour vouloir finir par la chair, après avoir commencé par l'esprit ? )) c( Auriez-vous, poursuit-il ^, tant souffert en vain? Tanta passi estis sine causa ? » Et moi, ne vous puis-je pas dire, à l'exemple de ce maître des prédicateurs : Auriez-vous pour néant renoncé au monde? Non, non, ma très chère Sœur : veillez dans l'exercice de l'oraison ; que vos yeux languissent et défaillent en regardant le saint lieu d'où vous doit venir le secours ^ ; et Celui qui a commencé en vous cette bonne œuvre, non seulement vous donnera la grâce de persévérer, mais encore il vous fera croître de jour en jour en Jésus- Christ notre chef : Crescamus in illo per omnia, qui est caput Christus ^. C'est par où je m'en vais conclure.
]. Galat.,I[T. 3, 4. ]e manuscrit.