‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 112 sur 538 · est toujours prudent de se 8. Ps. cxx · texte numérisé non relu

est toujours prudent de se 8. Ps. cxx

défier des traductions et des petites 4.Ephes., iv, 15. (Citation recti-

phrases d'attache, toutes les fois fiée.) qu'on ne peut les confronter avec

Sermoris de Bos>uet. — YI.

Troisième Point.

« Qui veut venir après moi, qu'il renonce à soimême, et porte sa croix tous les jours, et me suive : Et sequatur me. » Pour ne nous point éloigner de notre première pensée, ne vous semble-t-il pas entendre notre brave capitaine, qui, pour porter en nos cœurs une vigoureuse résolution : Qui m'aime me suive! dit-il. Il est vrai que je vous mène à de grands périls ; mais souvenez-vous que je vous commande de me suivre, et non point de marcher devant ^ : Non hahemus pontîficem, qui non possit coînpati infirmitatihus nostris^. Comprenez maintenant combien ces paroles nous invitent à croître toujours.

Quand ces deux difficultés concourent en un même objet, savoir, la nécessité de le suivre et l'impossibilité d'y atteindre, il ne reste qu'une chose à faire, qui est d'avancer toujours. Or, tel est le Fils de Dieu, l'exemplaire de notre vie. Nous voyons dans ses actions, premièrement la lumière de ses vertus qui nous doit conduire et, en second lieu, la perfection où nous ne pouvons parvenir. Il faut donc courir incessamment après lui, selon la mesure qui nous est donnée, comme ce brave athlète saint Paul, qui court incessamment vers le but de la carrière : Ad destinatum persequor, dit -il ^ ; c'est-à-dire : Je poursuis toujours ma pointe ; je ne cesse de pousser en avant au point où l'on me montre le terme de ma carrière, qui est Jésus-Christ. » Mais, considérant entre son Maître et lui une distance infinie, il s'étonne d'avoir si peu avancé, et oublie, dit-il, ce qui est derrière lui; c'est-à-dire qu'il ne fait point d'état de l'espace qu'il a couru : Quœ quidem rétro sunt ohUviscens. Quant à ce qui lui reste, où il ne voit point de bornes, a il s'y étend : » il veut dire qu'il passe ses forces, et sort en quelque façon de soimême pour y arriver : Ad ea quœ sunt priora extcndens meipsum. D'où je conclus que la perfection du chris-

l.Edit. : Or, nous n'avons point une traduction à un développement

nn pontife qui ne sache pas compa- qui n'avait pas été écrit,

tir à nos infirmités. — La conjonc- 2. Hebr., iv, 15.

tion, insérée assez maladroitement, 8, Philip., iir, 12, 13, 14. indique qu'ici encore on substitue

tianisme ne consiste point en un degré déterminé. Or, ce que vous recherchez dans le genre de vie que vous embrassez;, c'est la perfection du christianisme ; et par conséquent ne vous lassez jamais de monter : allez de vertu en vertu, si vous voulez voir le Dieu des dieux en Sion ^. Et pour ramasser en trois mots toute l'inscription de ce discours : détachez-vous entièrement de vous-même ; vous y êtes obligée par l'action que vous allez faire et par les conseils évangéliques que vous professez : Ahneget semetipsum. Persévérez; c'est ce que vous enseigne la nature de vos vœux, qui est immuable : iollat crucem suam quotidie. Enfin augmentez, si vous ne voulez aller contre la fin de votre vocation, qui est la perfection du christianisme ; avancez donc toujours, en suivant Jésus: et sequatur me. C'est ce que j'avais à vous dire, touchant l'exposition de mon texte : maintenant, pour ne point retarder vos désirs, je m'en vais coiiclure.

Par quel ordre de la Providence est-il arrivé que cette journée qui va vous voir tout à l'heure sortir du monde, touchât de si près celle qui vous y a vue faire votre première entrée, et que presque un même temps fût témoin de votre naissance et de votre mort? N'est-ce point que Dieu veut vous faire entendre par là que vous n'êtes née que pour cette vocation, ou bien que, pendant ces jours qui, selon la révolution des années, vous représentent les premiers de votre vie, vous en devez commencer une nouvelle au service de Jésus- Christ? Quoi qu'il en soit, ma très chère Sœur, et quoi que ce soit que ce Roi des siècles vous veuille signifier ^ par cette bienheureuse rencontre, je le prie de le faire profiter à votre salut.

Cet ancien disait qu'il n'avait vécu que depuis qu'il s'était retiré dans la solitude ^. Puisse notre grand Dieu combler de tant de douceurs la solitude plus sainte où vous vous jetez, que vous commenciez seulement de

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