‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 151 sur 538 · Joan., IV, 15. parlerait des évêques en général · texte numérisé non relu

Joan., IV, 15. parlerait des évêques en général

son tabernacle, son temple, enfin son lieu de délices. Quand une âme est ainsi toute remplie, l'abondance de ces eaux rejaillit jusqu'à la vie éternelle ^ ; c'est-à-dire qu'elle élève cette âme jusqu'à l'heureux état de la perfection. N'est-ce pas ce que dit Jésus-Clirist : Des fleuves sortiront de son ventre ~ ; la fontaine de ces eaux vives rejaillissant jusqu'à la vie éternelle, qui est précédée ici-bas de la grâce et de la sainteté? On voit l'épanchement de ces eaux jusque sur les sens extérieurs: sur les yeux, par la modestie ; dans les paroles, par le silence religieux et par une sainte circonspection et retenue à parler ; en un mot, une personne paraît mortifiée en toutes ses actions ; elle se montre partout possédée de la grâce au dedans d'elle-même, contraire à l'esprit du monde, ennemie de la nature et des sens, mais toute pleine des vertus et de l'esprit de Jésus- Christ.

Je ne sais, mes Filles, si vous avez assez bien pesé l'importante vérité contenue en ces paroles de saint Paul ^, lorsqu'il dit qu'il est crucifié au monde et que le monde est crucifié pour lui. Ces paroles renferment, si vous y prenez garde, toute la perfection religieuse, à laquelle vous devez sans cesse aspirer. Être crucifié au monde, c'est y renoncer, n'y plus penser, n'avoir que du dégoût et de l'aversion de toutes ses maximes, avoir du mépris pour l'honneur et pour tout ce qui est vain, mépriser le plaisir et tout ce que le monde estime, n'avoir plus la moindre attache à tout ce qui s'appelle complaisance en vous-mêmes ; au contraire, faire état partout et en toutes choses de la simplicité chrétienne et de l'esprit de la croix de Jésus-Christ : voilà ce que c'est d'être crucifié au monde. Mais ce n'est pas encore assez ; il faut que le monde soit crucifié pour vous. C'est, mes Filles, que vous ne devez pas seulement oublier ce malheureux monde, mais aussi le monde vous doit oublier ; et, pour vivre saintement dans votre état, vous devez souhaiter d'en être oubliées; vous devez désirer d'être effacées de sa mémoire, comme des personnes mortes et ensevelies avec Jésus-Christ.

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