‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 168 sur 538 · Enarr. ir, Pml. XXXfl. sermo r · texte numérisé non relu

Enarr. ir, Pml. XXXfl. sermo r

la communauté ne vient point d'ailleurs que de ce qu'on est trop prompt à parler, et du défaut de silence. Si donc le silence y était bien observé, je crois que la charité y serait parfaite, et les fruits de la paix se trouveraient en cette maison. C'est ce que vous avez vous-mêmes fort bien remarqué, et chacune de vous a justement mis le doigt sur la source du mal. Presque toutes m'ont dit leur pensée sur ce sujet, m'avouant que le silence n'était point gardé religieusement, et que cette grande liberté de parler en tout temps, de communiquer ses sentiments sur toutes choses, et de se dire des paroles contre la charité et la douceur était l'unique cause de tou^ les désordres qui troublaient la paix et le repos de chacune. Puis donc que vous reconnaissez ce défaut être une source de discorde, apportez toutes vos diligences pour le retrancher tout à fait.

Je vous puis dire pour votre consolation, mes Filles, que j'ai trouvé beaucoup de bien dans cette maison : il y a de la vertu, de bons principes de piété. Presque toutes m'ont fait paraître de grands désirs de renouvellement : toutes désirent la paix ; et, dans toutes le> plaintes qui nous ont été faites assez exactement pour et contre, je n'ai trouvé aucun sujet considérable et capable de désunir les esprits et de les aliéner les uns des autres. Hé ! faut-il donc, pour un entêtement et pour je ne sais quelle préoccupation d'esprit, que l'union et la charité ne soient pas parmi vous au point où elles y devraient être? Que chacune donc s'efforce de retenir ses pensées et ses sentiments en elle-même, sans se les communiciuer l'une à l'autre pour s'indisposer. Vous ne devez jamais, quelque peine que vous sentiez et nonobstant les sujets de vous plaindre que vous pourriez avoir, vous ne devez pas, dis-je, vous porter à parler avec une liberté contraire à la charité et à la paix. Il ne vous est point permis de vous faire justice à vousmêmes. Vous pouvez parler aux personnes à qui il convient ; je n'entends pas à celles qui seraient intéressées ou qui se pourraient indisposer : je dis à la supérieure, et encore d'une manière qui ne lui puisse point donner d'éloignement des autres ; mais avec les circonstances que la prudence et la discrétion enseignent. Les supé-

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rieurs sont des fontaines publiques : il ne faut pas les empoisonner. C'est connue cela, mes Sœurs, qu'il faut manier les intérêts de la charité, et que vous devez ménager et procurer toujours les biens de la paix, sans vous faire tort les unes aux autres, ni vous désobliger.

Hé bien ! mes Filles, je vous défends de la part de Dieu et j^ar l'autorité que j'ai sur vous, de vous maltraiter. Quand je dis maltraiter, j'entends de vous offenser par aucun emportement de paroles rudes et piquantes, qui blessent et qui aigrissent, qui témoignent du mépris, de l'aliénation et trop de fierté ; et même de dire aucune chose contre le respect que vous vous devez les unes aux autres, de faire des divisions entre vous, et de parler contre les personnes consacrées à Dieu, cela étant tout à fait indigne de vous et opposé aux devoirs de votre état vraiment saint. Supportez-vous donc toutes et traitez-vous avec une charité sincère. Prévenez-vous les unes les autres en honneur et en honnêteté , comme vous conseille saint Paul \ Et moi, je vous conjure au nom de Dieu, et je vous l'ordonne même, de ne jamais vous parler qu'avec douceur, modestie et charité; d'éloigner de votre conversation toutes ces paroles désagréables, contrariantes ou de raillerie, en un mot, tout ce qui est contraire à l'union et à cette civilité qui doit paraître et qu'il faut faire régner dans vos entretiens. Parmi les grands et les princes du monde, nous voyons qu'ils se traitent tous les uns les autres avec honneur et respect, quoiqu'ils soient égaux on qualité, chacun d'eux se rendant honneur réciproquement, sans craindre de se rabaisser ; et n'est-ce pas se faire honneur à soi-même que de traiter avec honneur les personnes de même dignité? C'est ainsi, mes Filles, que vous devez en user parmi vous : non que je désire une civilité affectée et mondaine ; ce n'est pas celle-là que je demande : celle que je vous recommande d'avoir entre vous doit être fondée sur ce que vous êtes à Jésus- Christ.

Hé quoi ! mes Filles, pour qui vous prenez-vous? qui pensez-vous être, pour vous traiter avec tant de mépris

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