‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 170 sur 538 · Construction bien irrégulière · texte numérisé non relu

Construction bien irrégulière

Ne pourrais-je pas vous dire ici la même chose que disait l'Apôtre parlant à des hommes? Il leur reprochait qu'ils étaient de chair, parce qu'ils parlaient ainsi en hommes. Moi, je vous dirai aussi que vous êtes des filles, que vous parlez en filles. Et, en efïet, dans cette rencontre, n'êtes-vous pas des filles, et ne parlez- vous pas en vraies filles, lorsque vous tenez ces discours? Ne savez-vous pas, mes Sœurs, que vous n'avez qu'un seul maître, qui est Jésus-Christ, qui vous est représenté par ses ministres? C'est à lui seul et à nous, qui vous tenons sa place, à qui vous appartenez et de qui vous devez dépendre absolument : les autres vous sont donnés seulement comme des secours, que l'on vous accorde simplement pour les temps où vous pouvez en avoir besoin. Si vous ne considériez que Jésus-Christ en ces personnes, vous ne feriez point de distinctions qui ne sont pas dignes des épouses du Seigneur. Ne parlez donc plus dans ces termes, qui ressentent encore trop la chair et le sang; agissez d'une manière plus dégagée et éloignée de toutes bassesses. Vous êtes l'ornement de l'Église, que vous embellissez ; vous en êtes les victimes saintes, qui êtes consacrées à Dieu, et profitables au public par la profession de votre institut. Je vous regarde comme des anges sur la terre, comme les épouses de Jésus-Christ et comme les enfants de Dieu. Espérez donc miséricorde, puisque vous êtes enfants de miséricorde, formées à la louange de la grâce de Jésus- Christ.

Voilà, mes Filles, ce que j'avais à vous dire pour votre perfection, touchant le silence, l'union et la charité. Que chacune s'étudie à présent à l'observer, et tâche de se conformer à tout ce que je viens de vous prescrire. N'empêchez point le Saint-Esprit d'entrer en vous ; n'apportez point de résistance ni d'obstacles aux grâces qu'il a dessein de vous faire par mon ministère «n cette visite.

Vous me direz : Tout cela ne se fait pas tout d'un coup. Il est vrai ; mais je vous répondrai qu'avec un grand désir et une volonté efficace, l'on vient à bout de tout. Travaillez-y, mes Filles; et souvenez-vous

toujours de ces paroles que je vous ai dites au commencement de ce discours : Que tout homme soit prompt à écouter, et tardif à parler. Écoutez Dieu parler au fond de vos cœurs, écoutez-le quand il vous parle par l'organe de vos supérieurs et directelirs ; enfin écoutezle encore parlant en la personne de votre supérieure. Et surtout je vous recommande d'être tardives à parler : aimez le silence et le repos dans l'obéissance ; et n'ayez plus qu'un seul et unique désir, qu'une seule occupation, qui est le soin de votre perfection et avancement spirituel, et de faire du progrès dans la vertu.

Monseigneur fit ensuite le chapitre, après lequel Sa Grandeur, continuant de nous instruire, nous dit les choses qui suivent :

Voici, mes chères Filles, les ordonnances et les articles que j'ai dressés pour le bon règlement de cette maison. Je n'ai pas trouvé nécessaire d'en faire un si grand nombre : je me suis contenté de vous en donner seulement quelques-uns à observer, que voici, vous renvoyant cependant aux ordonnances de visite ci-devant faites fort amplement en l'année 1669, dans lesquelles j'ai trouvé toutes choses expliquées fort au long. Vous observerez tout ce qui vous y est ordonné ; c'est mon intention, spécialement pour les parloirs. N'y demeurer que le temps marqué par la règle. L'on n'y demeurera pas durant l'office divin et les observances, tant que faire se pourra, ni pendant les temps et les heures du silence ; l'on n'y parlera point de choses qui puissent scandaliser les personnes séculières ni les auscultatrices^ . Bref, vous vous y tiendrez dans la retenue et la modestie religieuse convenables à votre état.

Ordonnances notifiées à nos chères Filles les religieuses de Sainte-Ursule de Meaux, au chapitre tenu dans

l. Auscidtatrice {latin auscultare^ sation à laquelle sa compagne

écouter). Religieuse qui accompa- prenait part. On l'appelait aussi

gnait une Sœur demandée au par- écoute ou Sœfir écoute. loir, et qui devait écouter la couver-

2o2 TROISIEME EXHOR'IATION

leur chd'ur le [^27] avril ' 1685, pour eonehi^ion de la viiiîte régulière par nous faite les jours préeédents.

1/Offiee divin sera ehanté sans précipitation , et avec le plus de décence que faire se pourra, sans qu^un chœur anticipe sur un autre, et gardant la médiation ~ : toutes siiffectionneront au chant, et aucune ne s^en dispensera sans nécessité.

Mes Filles, ayez du zèle et de la ferveur pour bien chanter les louanges de Dieu. Quand l'office est bien chanté, sachez que tout le reste va bien ; au contraire, quand on ne s'acquitte pas bien de ses devoirs dans le divin office, on peut dire que rien n'est bien dans une maison. C'est une occupation sainte qui mérite toutes vos attentions : c'est la plus grande et la plus digne que vous puissiez avoir sur la terre, puisque vous avez l'honneur de parler à Dieu. Quand vous chantez ses louanges, vous faites ici-bas ce que les anges font dans le ciel. Acquittez-vous donc de cette excellente et sublime action le plus parfaitement que vous pourrez ; apportez-y toute l'application nécessaire, et faites en sorte qu'un chœur n'anticipe pas sur l'autre. La sainte Église commande que l'office divin soit fait sans interruption : ces anticipations d'un chœur à l'autre font des interruptions^ en ce saint exercice; c'est pourquoi faites les pauses, et observez exactement la médiation.

Ici, mes Filles, faites une belle réflexion. Il est remarqué, dans la sainte Écriture, qu'il se fit un grand silence dans le ciel \ et que les anges, durant ce silence, rendaient leurs hommages et leurs adorations à la suprême majesté de Dieu. Que signifie ce silence mystérieux fine firent les anges dans le ciel? Il doit vous impj-imer un profond T-espect pour la inajesté de l^ieu,

1. Edit. : le 4 avril — Cette date, iî. Argument que nous avons bien qui avait peut-être été inscrite à de la peine à comprendre. Bo?suet. l'avance sur la copie laissée par si la reproduction est exacte, von- Bossuet à la communauté, est in- drait-il dire que des interruptions conciliable avec celle des Exhorta- deviennent nécessaires pour faire ^20w« précédentes. (Cf. }). 214 et 224.) f<?s.«^r les anticipations d'un chœur

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