‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 180 sur 538 · Luc. J · texte numérisé non relu

Luc. J

Voulez-vous, (lisait saint Paul à des ,i>ens opiniâtres \ que je vienne à vous avec la verge en main et en esprit de rigueur, ou bien avec douceur et suavité? J'en dis de même, si vous m'obligez de prendre cette verge de correction, cette verge, dis-je, qui est capable de confondre, d'abattre et d'écraser, en vous anéantissant jusqu'au centre de la terre. Lorsque nous sommes contraints d'en frapper les désobéissants et contumaces, et d'exercer ce pouvoir redoutable, cela est capable de faire trembler, et je frémis moi-même quand j'y pense ; car c'est le commencement du jugement de Dieu, et même c'est l'exécution de la sentence qu'il prononcera intérieurement contre une âme rebelle et indocile. Au nom de Dieu, mes Filles, ne me contraignez pas de vous traiter de la sorte ; soyez dociles et parfaitement soumises à toutes nos ordonnances. Ne méprisez pas la grâce : ne l'outragez point indignement. Prenez-y garde, mes Sœurs. Quoi ! Serait-il possible qu'il y en eût quelqu'une de vous qui voulût nous percer le cœur et en même temps le sien, et me navrer de douleur par sa perte et sa rébellion ? Ne me donnez pas ce déplaisir, et celui de me voir obligé d'accuser et citer au jugement de Dieu celles qui n'auraient point fait profit de nos paroles et de nos instructions. Pour éviter ce malheur, gravez-les, je vous conjure, au milieu de vos cœurs et de votre esprit ; imprimez-les dans votre âme, et généralement dans toute votre conduite intérieure et extérieure, et ne les oubliez jamais. Croyez, mes Filles, que tous nos soins, nos peines, nos veilles, nos sollicitudes, nos regards, nos paroles, et enfin toutes nos actions sont formées et animées par l'esprit et la charité de Jésus-Christ, C|ui réside en nous par la dignité de notre caractère, et sortent même des entrailles de la miséricorde de Dieu, pour vous conférer la grâce, à laquelle il faut que vous soyez fidèles, en sorte que vous ne pensiez plus qu'à servir Dieu avec tranquillité et perfection.

Ainsi, mes Filles, à présent que vous m'avez toutes déchargé vos cœurs, soyez en paix ; et, comme je vous

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