DISCOURS AUX VISITANDINES DE MEAUX
l'ardente charité, l'exacte pureté, la rare humilité.
Estimez donc, mes Filles, cette grâce d'être non seulement dans un état saint, mais dans l'humble Visitation. Vous ne devez point vous comparer à ces grands ordres de l'Église de Dieu ! La congrégation des Filles de Sainte-Marie est la plus petite, la plus humble. Cependant je vous dirai sincèrement et devant Dieu, qu'après avoir lu et relu vos règles et constitutions, je n'en ai point trouvé dans toutes les autres où il y eût de si saintes pratiques. J'ai admiré la sagesse de votre saint fondateur, qui y a renfermé la plus solide sainteté.
Tout y est si sincèrement, si profondément, si visiblement, si exactement et si saintement ordonné, qu'on peut dire que c'est un abrégé de toute la conduite spirituelle. Aussi est-ce l'œuvre de ce grand homme, l'admiration de notre temps, de cet homme tout divin, dont le cœur était si embrasé, de cet homme digne des premiers siècles, mais que Dieu a réservé pour ce siècle corrompu, afin qu'il en fût la lunn'ère et le rétablît dans la discipline .
Joignez vos cœurs au mien, mes Filles, et dites après moi : Seigneur, qui avez dit : Je veux que ceucr que vous m'avez donnés ne soient quhm comme vous et moi ne sommes qu'Hun ; sarictifiez-les dans la vérité. Père saint, le monde ne les a point connus ; aussi ne prié-je pas pour le monde. Il y a un temps de prier pour ce monde pervers que vous voulez peut-être convertir ; mais c'est pour ces saintes filles que vous m'avez données que je prie; recevez tous ces cœurs que j'ai reçus dans le mien pour les mettre dans le vôtre ^.
1. Le troisième point du Précis ge et en pleure amèrement ; le
donné par les J/éwoir^é- est différent. scrupuleux et pusillanime s'en dé-
Le voici : (( Et de là naît le troisième sespère : l'imprudent rit et s'étonne
fruit de la visite, qui est de connaî- de ce que les saints lui en portent
ti-e vos défauts et de prendre les compassion et qu'ils lui parlent de
moyens les plus propres pour vous pénitence. Entre les malades, les
en corriger et vous purifier des plus à plaindre sont ceux qui ne
péchés qui souillent la pureté de se plaignent pas eux-mêmes et qui
l'âme, en travaillant efficacement à aiment leur maladie. Haïssons la
les éviter, afin de vous avancer nôtre : la haine est son remède : ell«
chaque jour vers la perfection de est la marque que nous ne sommet
votre état. pas délaissés, et qu'on médite encor^
Le péché plaît à tous les hommes, pour nous dans le ciel des dessein^
lorsqu'ils le commettent ; quand il de miséricorde, est commis, l'homme sage s'en affli-
le dimanche, 5 août 1G85.
Selon M. Lâchât, cette Conférence i aurait été faite pendant la visite pastorale à laquelle se rapportent les trois premières E.vhortations. Rappelons que la clôture de cette visite avait eu lieu le 27 avril. Comment y attribuer une Conférence sur l'évangile du VIII® dimanche après la Pentecôte ? Déjà la Quatrième E.vhortation, celle du 4 mai, n'en faisait plus partie.
Lu correspondance de Bossuet aurait pu aider à retrouver la date véritable. Il écrit, le 2 août 1685, à l'abbesse de Faremoutiers : « Je ne puis quitter le diocèse pour peu de temps que ce soit sans vous dire adieu, ma chère Fille. J'espère être ici sur la fin du mois 2... » U dit de même, au début du présent discours: « Je suis bien aise, mes Filles, de ne m'en aller pas sans vous dire adieu ; mais c'est un court adieu, puisque je ne m'éloig;ne que pour peu de temps, et j'espère même que je serai ici le dernier jour de ce mois. » Le voyage dont il s'agit avait pour objet l'oraison funèbre de la princesse Palatine : l'orateur devait la prononcer, à Paris, le jeudi suivant.
Avant de repartir pour Meaux, il écrira, le 2<3 août, deux autres lettres, l'une aux Ùrsulines, l'autre à leur supérieure 3, pour témoigner sa satisfaction de leur docilité ; or, les recommandations dont on a fidèlement tenu ^ compte ne sont autres que celles qu'on va lire.
Quid hoc avdio de te ? Redde rationem villicationis tuse.
Qu'est-ce que j'entends dire de vous ?
Rendez compte de votre administration.
(Ce sont les paroles de Jésus-Christ dans l'évangile de ce jour, en saint Luc, • XVI, 2.)
Je suis bien aise, mes Filles, de ne m'en aller pas sans vous dire adieu ; mais c'est un court adieu, puisque je ne
1. Pas de manuscrit. L'anthenti- ;2. Lettre à Mme de Beringhen.
cité de plusieurs passages est très (É'ijtion Urbain et Levesque. t. III,
contestable. C'est bien, sans doute, p. IIOV
la doctrine de Bossuet; ce n'est o. Ibid., p. 117 et US. point son style.
m'éloigne que pour peu de temps, et j'espère même que je serai ici le dernier jour de ce mois. Il me semble que je ne pouvais mieux choisir que ces paroles pour le sujet de cette conférence, pour vous laisser quelque chose qui soit profitable et utile à votre salut, et qui s'imprime dans vos cœurs.
Ces paroles de l'Évangile s'entendent d'un seigneur qui, ayant donné ses terres et confié son bien à un certain homme et ayant appris qu'il en faisait un mauvais usage, qu'il avait tout dissipé, le fait venir en sa présence et lui dit ces paroles : Qu^ est-ce que j'entends dire de vous? quel bruit est venu à mes oreilles? J'ai appris que vous avez dissipé mes biens et en avez fait un mauvais usage : venez, rendez compte de votre administration.
C'est ce que Jésus-Christ dit à chacun de nous en particulier ; et le premier sens de ces paroles peut être appliqué et entendu des pasteurs. Et il me semble que j'entends cette voix : Qu'entends-je, qu'entends-je de toi ^ ? Rends compte, rends compte de ton administration. Où est cette charité pastorale? où est ce ^èle apostolique? où est cette sollicitude ecclésiastique? où est cette inquiétude spirituelle? où est cette charité chrétienne? où est ce soin de la perfection? Quand je fais réflexion à ces paroles, je vous avoue, mes Filles, que cette voix me fait trembler. Que puis-je faire et que puis-je répondre, sinon : Mon Dieu, ayez pilié de moi? [Il ne me reste d'autre ressource que] d'attendre et de demander la miséricorde de Dieu, et de m'abandonner à sa providence.
Mais il ne faut pas que vous pensiez que ces paroles soient mises dans l'Évangile seulement pour les pasteurs de l'Église et pour les personnes supérieures; elles s'adressent aussi à tous les chrétiens, et à vous, mes Sœurs, tout particulièrement. Car on demandera beaucoup à celui qtii a reçu beaucoup ^ ; et on demandera peu à celui qui a reçu peu. Jésus-Christ nous dit dans l'Évangile'^ que celui qui avait cinq talents, on lui en demanda cinq autres ; et celui qui n'en avait^ que deux, on ne lui en demanda que deux. C'est 1<