‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 195 sur 538 · Elle avait espéré épo'user Gas- 4. La crosse · texte numérisé non relu

Elle avait espéré épo'user Gas- 4. La crosse

Elle eût pu renoncer à sa liberté, si on lui eût permis de la sentir, et il eût fallu la conduire et non pas la précipiter dans le bien. C'est ce qui renversa tout à coup les desseins de Farempnstier. Avenay ^ parut avoir un air plus libre, et la princesse Bénédicte y présentait à sa sœur une retraite agréable. Quelle merveille de la grâce ! Malgré une vocation si peu régulière, la jeune abbesse devint un modèle de vertu. Ses douces conversations rétablirent dans le cœur de la princesse Anne ce que d'importuns empressements en avaient banni. E-lle prêtait de nouveau l'oreille à Dieu, qui" l'appelait avec tant d'attraits à la vie religieuse; et l'asile qu'elle avait choisi pour défendre sa liberté devint un piège innocent pour la captiver. On remarquait dans les deux princesses la même noblesse dans les sentiments, le même agrément, et, si vous me permettez de parler ainsi, les mêmes insinuations dans les entretiens : au dedans les mêmes désirs, au dehors les mêmes grâces, et jamais sœurs ne furent unies par des liens ni si doux, ni si puissants. Leur vie eût été heureuse dans leur éternelle union ; et la princesse Anne n'aspirait plus qu'au bonheur d'être une humble religieuse d'une sœur dont elle admirait la vertu. En ce temps, le duc de Mantoue, leur père, mourut : les affaires les appelèrent à la Cour ; la princesse Bénédicte, Cjui avait son partage dans le ciel, fut jugée propre à concilier les intérêts différents dans la famille. Mais, ô coup funeste pour la princesse Anne ! la pieuse abbesse mourut dans ce beau travail et dans la fleur de son âge. Je n'ai pas besoin de vous dire combien le cœur tendre de la princesse Anne fut profondément blessé par cette mort. Mais ce ne fut pas là sa plus grande plaie. Maîtresse de ses désirs, elle vit le monde, elle en fut vue : bientôt elle sentit qu'elle plaisait ; et vous savez le poison subtil qui entre dans un jeune cœur avec ces pensées. Ces beaux desseins furent oubliés. Pendant que tant de naissance, tant de biens, tant de grâces qui l'accompagnaient, lui attiraient les regards de toute l'Europe, le prince Edouard de Ba-

] . Monastère du diocèse de Reims.

d'anne de gonzague. 295

vière, fils de l'électeur Frideric V, comte palatin du Rhin et roi de Bohême, jeune prince qui s'était réfugié en France durant les malheurs de sa maison, ia mérita. Elle préféra aux richesses les vertus de ce prince et cette noble alliance où de tous côtés on ne trouvait que des rois. I>a princesse Anne l'invite à se faire instruire ; il connut bientôt les erreurs où les derniers de ses pères, déserteurs de l'ancienne foi, l'avaient engagé. Heureux présages pour la maison Palatine ! Sa conversion fut suivie de celle de la princesse Ironise, sa sœur, dont les vertus font éclater par toute l'Église la gloire du saint monastère de Maubuisson ; et ces bienheureuses prémices ont attiré une telle bénédiction sur ia maison Palatine, que nous la voyons enfin catholique dans son chef. Le mariage de la princesse Anne fut un heureux commencement d'un si grand ouvrage. Mais, hélas! tout ce qu'elle aimait devait être de peu de durée. Le prince, son époux, lui fut ravi, et lui laissa trois princesses, dont les deux qui restent pleurent encore la meilleure mère qui fut jamais, et ne trouvent de consolation que dans le souvenir de ses vertus. Ce n'est pas encore le temps de vous en parler. La princesse Palatine est dans l'état le plus dangereux de sa vie. Que le monde voit peu de ces veuves dont parle saint Paul, qui, vraiment veuves et désolées ^, s'ensevelissent, pour ainsi dire, elles-mêmes dans le tombeau de leur époux ^, y enterrent tout amour humain avec ces cendres chéries, et, délaissées sur la terre, mettent leur espérance en Dieu, et passent les nuits et les jours dans la prière! Voilà l'état d'une veuve chrétienne, selon les préceptes de saint Paul : état oublié parmi nous, où la \iduité est regardée, non plus comme un état de désolation, car ces mots ne sont plus connus, mais comme un état désirable, où, affranchi de tout joug, on n'a plus à contenter que soi-même, sans songer à cette terrible sentence de saint Paul : La veuve qui passe sa vie dans les plaisirs ; remarquez qu'il ne dit pas : La veuve qui passe sa vie dans les crimes ; il dit : La veuve

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