‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 202 sur 538 · Ce prince s'était enfin con- Pentecôte, péroraison · texte numérisé non relu

Ce prince s'était enfin con- Pentecôte, péroraison

d'anne de gonzague. 303

cet heureux retour que je vous promets depuis si longtemps ? Non, Messieurs ; vous ne verrez encore à cette fois qu'un plus déplorable éloignement. Ni les conseils de la Providence, ni l'état de la princesse ne permettaient qu'elle partageât tant soit peu son cœur : une âme comme la sienne ne souffre point de tels partages, et il fallait ou tout à fait rompre, ou se rengager tout à fait avec le monde. Les affaires l'y rappelèrent ; sa piété s'y dissipa encore une fois : elle éprouva que Jésus-Christ n'a pas dit en vain : « Fiunt novissîma hominis iJlius pejora priorihus ^ : L'état de l'honmie qui retombe devient pire que le premier. » Tremblez, âmes réconciliées, qui renoncez si souvent à la grâce de la pénitence ; tremblez, puisque chaque chute creuse sous vos pas de nouveaux abîmes ; tremblez enfin au terrible exemple de la princesse Palatine. A ce coup, le Saint-Esprit irrité se retire, les ténèbres s'épaississent, la foi s'éteint. Un saint abbé ^, dont la doctrine et la vie sont un ornement de notre siècle, i-avi d'une conversion aussi admirable et aussi parfaite que celle de notre princesse, lui ordonna de l'écrire pour l'édification de l'Église. Elle commence ce récit en confessant son erreur. Vous, Seigneur, dont la bonté infinie n'a rien donné aux hommes de plus efficace pour effacer leurs péchés que la grâce de les reconnaître, recevez l'humble confession de votre servante ; et, en mémoire d'un tel sacrifice, s'il lui reste quelque chose à expier après une si longue pénitence, faites-lui sentir aujourd'hui vos miséricordes. Elle confesse donc. Chrétiens, qu'elle avait tellement perdu les lumières de la foi, que lorsqu'on parlait sérieusement des mystères de la religion, elle avait peine à retenir ce ris dédaigneux qu'excitent les personnes simples lorsqu'on leur voit croire des choses impossibles : Et, poursuit-elle, c^eût été pour moi le plus grand de tous les miracles que de me faire croire fermement le christianisme. Que n'eût-elle pas donné pour obtenir ce miracle ! Mais l'heure marquée par la divine providence ii 'était pas encore venue. C'était le temps oii elle devait être livrée

Page 1