‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 204 sur 538 · Proverb.. xix. 29. comme ici. construire espérer avec · texte numérisé non relu

Proverb.. xix. 29. comme ici. construire espérer avec

2. Auquel ils espèrent. Les exem- la préposition à lorsqu'il a pompies de cette construction sont assez complément l'objet, et non le motif nombreux : de l'espérance, la chose qu'on désire

N'espérons plus, mon âme, aux promesses ^^ ."O" ^^ personne OU la chose par

du monde. qm OU compte 1 obtenir. Bossuet a

fMAT.HERBE ) dit ailleurs :((. .. N'espérez plus au

... Mais j'espère aux bontés qu'une autre néant ; non, non. n'v espérez plus. ))

aura pour moi. {Sermon pour la Toussaint, 16()9,

(MovmuK, Tartufe, U,n:) ^ y^ p 509). Qn y espère néan-

J'espèrefortau Premier président moins, à ce bienheureux héritage. »

et à la présence des Grignans (M'Tie {Variations, liv. III, XXXTX, t. I.

de Sévigné, 27 septembre 1671). p. 150).

Toutefois il est rare de voir,

d'anne de gonzague. 305

créé, et encore ce qu'il a créé capable d'un bon et d'un mauvais choix, qui leur dira ou ce qui lui plaît, ou ce qui l'offense, ou ce qui l'apaise? Par où ont-ils deviné que tout ce qu'on pense de ce premier Être soit indifférent, et que toutes les religions qu'on voit sur la terre lui soient également bonnes? Parce qu'il y en a de fausses, s'ensuit-il qu'il n'y en ait pas une véritable, ou qu'on ne puisse plus connaître l'ami sincère parce qu'on est environné de trompeurs? Est-ce peutêtre que tous ceux qui errent sont de bonne foi? L'homme ne peut-il pas, selon sa coutume, s'en imposer à lui-même? Mais quel supplice ne méritent pas les obstacles qu'il aura mis par ses préventions à des lumières plus pures? Où a-t-on pris que la peine et la récompense ne soient que pour les jugements humains, et qu'il n'y ait pas en Dieu une justice, dont celle qui reluit en nous ne soit qu'une étincelle? Que s'il est une telle justice, souveraine et par conséquent inévitable, divine et par conséquent infinie, qui nous dira qu'elle n'agisse jamais selon sa nature, et qu'une justice infinie ne s'exerce pas à la fin par un supplice infini et éternel ? Où en sont donc les impies, et quelle assurance ontils contre la vengeance éternelle dont on les menace? Au défaut d'un meilleur refuge, iront-ils enfin se plonger dans l'abîme de l'athéisme, et mettront-ils leur repos dans une fureur qui ne trouve presque point de place dans les esprits ? Qui leur résoudra ces doutes, puisqu'ils veulent les appeler de ce nom? Leur raison, qu'ils prennent pour guide, ne présente à leur esprit Cjue des conjectures et des embarras. Les absurdités où ils tombent en niant la religion deviennent plus insoutenables que les vérités dont la hauteur les étonne ; et pour ne vouloir pas croire des mystères incompréhensibles, ils suivent l'une après l'autre d'incompréhensibles erreurs. Qu'est-ce donc, après tout, Messieurs, qu'est-ce que leur malheureuse incrédulité, sinon une erreur sans fin, une témérité qui hasarde tout, un étourdissement volontaire et, en un mot, un orgueil qui ne peut souffrir son remède, c'est-à-dire qui ne peut souffrir une autorité légitime ^ ? Ne croyez pas que l'homme

1. Var. : c'est-à-dire ime autorité légitime (1G85). Sermou< de Bossueb, — Vf. 90

ne soit emporté que par l'intempérance des sens. L'intempérance de l'esprit n'est pas moins flatteuse. Comme l'autre, elle se fait des plaisirs cachés, et s'irrite par la défense. Ce superbe croit s'élever au-dessus de tout et au-dessus de lui-même, quand il s'élève, ce lui semble, au-dessus de la religion, qu'il a si longtemps révérée : il se met au rang des gens désabusés ; il insulte en son cœur aux faibles esprits qui ne font que suivre les autres sans rien trouver par eux-mêmes ; et devenu le seul objet de ses complaisances, il se fait luimême son Dieu.

C'est dans cet abîme profond que la princesse Palatine allait se perdre. Il est vrai qu'elle désirait avec ardeur de connaître la vérité. Mais où est la vérité sans la foi, qui lui paraissait impossible, à moins que Dieu l'établît en elle par un miracle? Que lui servait d'avoir conservé la connaissance de la Divinité? Les esprits même les plus déréglés n'en rejettent pas l'idée, pour n'avoir point à se reprocher un aveuglement trop visible. Un Dieu qu'on fait à sa mode, aussi patient, aussi insensible que nos passions le demandent, n'incommode pas. La liberté qu'on se donne de penser tout ce qu'on veut fait qu'on croit respirer un air nouveau. On s'imagine jouir de soi-même et de ses désirs ; et, dans le droit qu'on pense acquérir de ne se rien refuser, on croit tenir tous les biens, et on les goûte par avance.

En cet état, Chrétiens, où la foi même est perdue, c'est-à-dire où le fondement est renversé, que restait-il à notre princesse? que restait-il à une âme qui, par un juste jugement de Dieu, était déchue de toutes les grâces et ne tenait à Jésus-Christ par aucun lien? qu'y restait-il. Chrétiens, si ce n'est ce que dit saint Augustin ? Il restait la souveraine misère et la souveraine miséricorde : Restahat ^ magna miseria et magna misericordia ~ . Il restait ce secret regard d'une Providence miséricordieuse, qui la voulait rappeler des extrémités de la terre ; et voici quelle fut la première touche. Prêtez l'oreille, Messieurs : elle a quelque chose de

1. Le texte de saint Augustin tion qu'il faisait de mémoire, à son porte: Remansit mayna... — Bos- ordinaire, suet a négligé de vérifier une cita- 2. Emirr. in Pu. L, n. 8.

d'anne de gonzague. 307

miraculeux. Ce fut un songe admirable, de ceux que Dieu même fait venir du ciel par le ministère des anges, dont les images sont si nettes et si démêlées, où l'on voit je ne sais quoi de céleste. Elle crut, c'est elle-même qui le raconte au saint abbé ^ : écoutez, et prenez garde surtout de n'écouter pas avec mépris l'ordre des avertissements divins et la conduite de la grâce ; elle crut, dis-je, que, marchant seuîp dans une forêt, elle y avait rencontré un aveugle dans une petite loge. Elle s^ approche pour lui demander sHl était aveugle de naissance, ou s'i7 Vêtait devenu par quelque accident. Il répondit qu'ail était aveugle-né. Vous ne savez donc pas, reprit-elle, ce que c^est que la lumière, qui est si belle et si agréable, et le soleil, qui a tant d^ éclat et de beauté? Je n'ai, dit-il, jamais joui de ce bel objet, et je ne m^en puis former aucune idée. Je ne laisse pas de croire, continua-t-il, qu^il est d^une beauté ravissante. U aveugle parut alors changer de voix et de visage; et, prenant un ton d^ autorité : Mon exemple, dit-il, vous doit apprendre qu^il y a des choses très excellentes et très admirables qui échappent à notre vue, et qui n^en sont ni moins vraies ni moins désirables, quoiqu^on ne les puisse ni comprendre ni imaginer. C'est en effet qu'il manque un sens aux incrédules comme à l'aveugle; et ce sens, c'est Dieu qui le donne, selon ce que dit saint Jean : ce II nous a donné un sens pour connaître le vrai Dieu, et pour être en son vrai Fils : Dédit nobis sensum, ut cognoscamus veium Deum, et simus in vero Filio ejus ^. » Notre princesse le comprit. En même temps, au milieu d'un songe si mystérieux, elle fit rapplication de la belle comparaison de V aveugle aux vérités de la religion et de Vautre vie : ce sont ses mots que je vous rapporte. Dieu, qui n'a besoin ni de temps ni d'un long circuit de raisonnements pour se faire entendre, tout à coup lui ouvrit les yeux. Alors, par une soudaine illumination, elle se sentit si éclairée, c'est elle-même, qui con-

1. Cf. ci-dessus, p. 303. ^- De ce donne de tout le reste une analy.se

document, l'orateur cite beaucoup saisissante, qu'il relève par des

d'expressions textuelles, sur les- réflexions semées à propos.

quelles il appelle l'attention. Il 2. I Joan., v, 20.

tinue à vous parler, et tellement transportée de la joie d'avoir trouvé ce qu'elle cherchait depuis si longtemps, qu'elle ne put s'empêcher d'embrasser l'aveugle, dont le discours lui découvrait une plus belle lumière ^ que celle dont il était privé. FA, dit-elle, il se répandit dans mon cœur une joie si douce et une foi si sensible qu'il n'y a point de paroles capables de l'exprimer. Vous attendez, Chrétiens, quel sera le réveil d'un sommeil si doux et si merveilleux. Écoutez, et reconnaissez que ce songe est vraiment divin. Elle s'éveilla là-dessus, ditelle, et se trouva dans le même état où elle s'était vue dans cet admirable songe ^ c'est-à-dire tellement changée qu'elle avait peine à le croire. Le miracle qu'elle attendait est arrivé : elle croit, elle qui jugeait la foi impossible; Dieu la change par une lumière soudaine et par un songe qui tient de l'extase. Tout suit en elle de la même force. Je me levai, poursuit-elle, avec précipitation ; mes actions étaient mêlées d'une joie et d'une activité extraordinaire^. Vous le vo3^ez, cette nouvelle vivacité qui animait ses actions se ressent encore dans ses paroles. Tout ce que je lisais sur la religion me touchait jusqu'à répandre des larmes. Je me trouvais à la messe dans un état bien différent de celui où j'avais accoutumé d'être. Car c'était de tous les mystères celui qui lui paraissait le plus incroyable. Mais alors, dit-elle, il me semblait sentir la présence réelle de Notre-Seigneur, à peu près comme l'on sent les choses visibles et dont l'on ne peut douter. Ainsi elle passa tout à coup d'une profonde obscurité à une lumière manifeste. Les nuages de son esprit sont dissipés : miracle aussi étonnant que celui où Jésus-Christ fit tomber en un instant des yeux de Saul converti cette espèce d'écaillé dont ils étaient couverts"^. Qui donc ne s'écrierait à un si soudain changement : Le doigt

1. Ce beau conlraste est ajouté monde; et il se répandit dans mon par Bossuet. La Palatine avait dit cœur une certaine joie si douce et seulement : ■(( ... Me trouvant trans- une foi si sensible, (lu'il m'est importée de joie d'avoir trouvé ce que possible de rex[)rimcr. Je m'éveilje cherchais depuis si longtemps, lai .. »

]'embrassai cet aveugle ot lui dis 2. Accord de l'adjectif seulement

que je lui avais plus d'obligation avec le nom le plus voisin,

que je n'en avais eu à personne du 3. Act., ix, 18.

de Dieu est ici ^ ! La suite ne permet pas d'en douter, et l'opération de la grâce se reconnaît dans ses fruits. Depuis ce bienheureux moment, la foi de notre princesse fut inébranlable; et même cette joie sensible qu'elle avait à croire lui fut continuée quelque temps. Mais, au milieu de ces célestes douceurs, la justice divine eut son tour. I/humble princesse ne crut pas qu'il lui fût permis d'approcher d'abord des saints sacrements. Trois mois entiers furent employés à repasser avec larmes ses ans écoulés parmi tant d'illusions, et à préparer sa confession. Dans l'approche du jour désiré où elle espérait de la faire, elle tomba dans une syncope qui ne lui laissa ni couleur, ni pouls, ni respiration. Revenue d'une si longue et si étrange défaillance, elle se vit replongée dans un plus grand mal ; et, après les affres de la mort, elle ressentit toutes les horreurs de l'enfer. Digne effet des sacrements de l'Église, qui, donnés ou différés, font sentir à l'âme la miséricorde de Dieu, ou tout le poids de ses vengeances ! Son confesseur, qu'elle appelle, la trouve sans force, incapable d'application et prononçant à peine quelques mots entrecoupés : il fut contraint de remettre la confession au lendemain. Mais il faut qu'elle vous raconte elle-même quelle nuit elle passa dans cette attente. Qui sait si la Providence n'aura pas amené ici quelque âme égarée qui doive être touchée de ce récit? Il est, dit-elle, impossible de s^ imaginer les étranges peines de mon esprit, sans les avoir éprouvées. J^appréhendais à chaque moment le retour de ma syncope, c* est-à-dire ma mort et ma dammition. J'avouais bien que je n'étais pas digne d'une miséricorde que j'avais si longtemps négligée, et je disais à Dieu dans mon cœur que je n'avais aucun droit de me plaindre de sa justice ; mais qu'enfin, chose insupportable ! je ne le verrais jamais, que je serais éternellement avec ses ennemis, éternellement sans l'aimer, éternellement haïe de lui. Je sentais tendrement ce déplaisir, et je le sentais même, comme je crois, ce sont ses propres paroles ^, entièrement détaché des autres peines de l'enfer. Le

Page 1