‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 243 sur 538 · Plus de manuscrit. Y en eut-il · texte numérisé non relu

Plus de manuscrit. Y en eut-il

silence de patience dans les contradictions. Notre-Seigneur nous a donné de beaux exemples de silence dans tout le cours de sa Passion et de sa vie : du silence de règle dans le berceau, dans son enfance, durant sa vie cachée ; du silence de prudence dans sa vie conversante et publique ; enfin du silence de patience en sa Passion, où ce divin Sauveur a tant souffert sans dire un seul mot pour sa défense et pour s'exempter de souffrir. Ces trois sortes de silence feront les trois points de notre méditation.

Premier Point.

Considérons, chères Ames, que Jésus-Christ a gardé le silence de règle admirablement dans son enfance, 11 est de règle, selon l'ordre de la nature, et Jésus-Christ s'assujettit à cette règle, lui qui est la Parole éternelle du Père, non seulement comme les autres enfants, mais encore l'espace de trente ans entiers. Car l'Évangile dit qu'il n'a parlé qu'une fois, lorsqu'il fut au Temple, où il instruisait les docteurs : pour montrer que, s'il ne disait mot, c'était pour apprendre aux hommes à garder le silence. Si donc, mes chères Filles, Jésus- Christ a été si exact dans ce silence, combien devezvous, à son imitation, être fidèles dans l'observance de celui qui vous est prescrit par votre règle!

Dans chaque ordre religieux nous voyons que les uns sont distingués des autres ^ : cet ordre-là, par une grande pénitence et austérité de vie ; celui-ci est destiné pour chanter incessamment ^ les louanges de Dieu. Il y en a qui ne sont appliqués qu'à la contemplation ; d'autres enfin sont tout dévoués au service du prochain et à la charité. Mais, dans toutes ces différences singulières de chaque institut, nous remarquons que, dans tous, le silence y est prescrit et ordonné par la règle ^, et qu'il y a des temps et des heures de silence. Quelques-uns gardent un silence perpétuel et profond, et

1. Pensée ébauchée plutôt que dans les œuvres authentiques, rendue. Ce n'est certainement pas 3. Autre phrase fort défectueuse, ainsi que Bossuet se sera exprimé. qu'il serait injuste d'attribuer sans

2. Sans cesse. Ce sens se rencontre réserves au grand orateur.

ne parlent jamais ; d'autres sont obligés de le garder des temps considérables dans la journée, y ayant même des heures destinées pour cet effet, et où il n'est pas permis de parler.

Remarquez, mes chères Filles, que tous les fondateurs de religions ^ ont eu trois pensées et raisons, quand ils ont établi et prescrit le silence dans leur règle, l^a première, c'est qu'ils ont connu et vu par expérience que le silence retranchait beaucoup de péchés et de défauts. Et, en effet, où le silence n'est pas observé comme il doit l'être, combien s'y glisse-t-il d'imperfections et de désordres ! C'est ce que nous verrons bientôt dans la suite de cet entretien. In multiloquio non deerit peccatum, dit le Saint-Esprit ^ : Le péché suit toujours la multitude des paroles. » Et saint Jacques a eu raison de dire que la langue est l'organe et le principe de tout péché ^. La seconde raison qu'ont eue encore les fondateurs d'ordres en établissant l'esprit de retraite, c'est qu'ils ont prévu que la dévotion et l'esprit d'oraison ne pouvaient subsister sans le silence. Ceci est visible et trop vrai ; nous le voyons tous les jours dans ces âmes épanchées et dissipées, qui aiment à se répandre au dehors. Hé ! dites-moi, chères Ames, sont-elles pour l'ordinaire bien spirituelles et filles d'oraison, si elles ne sont recueillies? Quelques bons sentiments et mouvements intérieurs que Dieu leur donne dans la prière, ils seront sans fruits tandis qu'elles se dissiperont aussitôt, recherchant à causer et à parler : il est certain que toute l'onction de la dévotion s'évanouira et se perdra insensiblement ; car elle ne peut se conserver que dans une âme silencieuse et parfaitement récoUigée, attentive sur soi-même. Ainsi il ne faut pas espérer ni attendre grande .spiritualité ni piété d'une religieuse qui aime à discourir et à s'entretenir avec celle-ci et avec celle-là, qui ne peut demeurer une heure dans sa cellule en repos et en silence.

Enfin, la troisième raison qui a porté les fondateurs de recommander si étroitement le silence à leurs reli-

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