‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 265 sur 538 · Var. : cette iniquité, volonté humaine contre les ordres · texte numérisé non relu

Var. : cette iniquité, volonté humaine contre les ordres

9. Tout ce qui précède, depuis le sacrés et inviolables de la volonté commencement du premier point, a divine. {Premier début, plus maigre:

et il doit être soumis par son choix à la volonté divine et à la raison éternelle qui en dirige la conduite ; il s'y doit unir de tout son cœur, car c'est ce qui le fait juste, ce qui le fait droit, ce qui le fait vertueux. Quand il pèche, il [p. 8] s'en détache, il préfère sa volonté à celle de Dieu, la volonté dépendante et subordonnée à la volonté souveraine, la volonté errante et défectueuse à la volonté toujours droite, qui est sa règle elle-même, la volonté particulière, qui se borne aussi à contenter un particulier, c'est-à-dire soi-même, à la volonté première et universelle, par laquelle tout subsiste, où tout ce qui est, tout ce qui vit, tout ce qui entend, trouve son ordre, sa consistance, son repos. Il n'y a rien de plus indigne ni de plus inique, et il n'est pas possible de pousser plus loin ni la rébellion contre Dieu, ni, ce qui en est une suite, la haine contre soi-même.

[P. 10] La rébellion contre Dieu : Contre qui vous êtes-vous soulevé? contre qui élevez-vous vos regards superbes? Contre le Saint d^Israël ^ ! La haine contre soi-même : Celui qui aime Viniquité est ennemi de son âme^. Oui, ('hrétiens, tout pécheur [est] ennemi de son âme, corrupteur dans sa conscience de son plus grand bien, qui est l'innocence. Nul ne pèche qu'il ne s'outrage lui-même, nul n'attente à l'intégrité d 'autrui que par la perte de la sienne^, nul ne se venge de son ennemi qu'il ne porte le premier coup et le plus mortel dans son propre sein ; et la haine, ce venin mortel de la vie humaine, commence malignement "* sa funeste opération dans le cœur où elle est conçue, puisqu'elle y éteint la charité et la grâce. Parjure^ qui voulais rendre le ciel complice de ta perfidie, [p. 11] ce dépôt de la bonne foi que Dieu avait confié à ta garde^ mais que tu te ravis à toi-même, combien te valait-il mieux que celui que tu refuses de reconnaître !

Le péché est un mouvement de la l. IV Reg., xix, 22.

volonté humaine contre les ordres 2. Ps. x, 6.

invariables de la volonté divine.) A 3. Ce membre de i>hrase selittex-

ces mots, à cette simple définition, tuellement dans le sermon sur la

Chrétiens, vous devez entendre avec Nécessité de la pénitence, (t. IV,

toutes^ les horreurs du péché toutes p. 692.)

les grâces de celui qui nous en déli- 4. Ce mot est écrit en marge, au

^^^- >^ crayon.

[P. 12] Ainsi ^ le péché est le plus grand et le plus extrême de tous les maux : plus grand sans comparaison que tous les maux qui nous menacent par le dehors, parce que c'est le dérèglement et l'entière dépravation du dedans; plus grand et plus dangereux que les maladies du corps les plus pestilentielles ^,, parce que c'est un venin ^ fatal à la vie de l'âme ; plus grand que la perte de la raison, parce que c'est la perte de la probité et de la vertu, et qu'après tout, c'est perdre plus que la raison que d'en perdre le bon usage, sans quoi ^ la raison même n'est plus qu'une extravagance et un égarement criminel ; mal intime qui efface en nous et qui y déracine tout ce qui nous unit à Dieu, et qui, faisant entrer la malice jusques dans le fond de notre âme, l'ouvre aussi de toutes parts à la vengeance ; par conséquent, pour conclure, mal par-dessus tous les maux, malheur excédant tous les malheurs, [p. 13] parce que nous y trouvons tout ensemble et un malheur et un crime ; malheur qui nous accable, mais ^ crime qui nous déshonore ; malheur qui nous ôte toute espérance, mais crime qui nous ôte toute excuse ; malheur qui nous fait tout perdre, mais crime qui nous rend coupables de notre perte, dignes à la fois d'une haine et d'un mépris éternels, à qui même ne reste pas le triste droit de se plaindre, et dont la honte est plus grande que les infortunes.

[P. 14] C'en est assez, c'en est assez : je ne puis plus seulement souffrir le nom du péché. Accablé que je suis d'un si grand mal, si je ne trouve un sauveur, je ne vis plus. Car, ô Dieu î sans ce sauveur miséricordieux, oii ^ trouverai-je un remède contre les désordres ^ ou un asile contre les frayeurs de ma conscience, tristes

1. Cet alinéa est emprunté près- 5. Mais^ bien plus. Yar. : et aime que littéralement au sermon sur la {trois fois).

Nécessité de la pénitence (t. IV, fi. Édit. ; Car, ô Dieu, sans ce

p. 692),etBossuet l'avait déjà inséré sauveur miséricordieux, ô Dieu, où

dans le sermon su?- la Circoncision trouverai-je... ? — Bossuet a repor-

(16()8), t. Y, p. 302. té plus haut l'exclamation, pour évi-

2. Bossuet avait d'abord écrit : ter l'allitération : (( miséricordieux, pestilentes, comme dans les sermons ô Dieu ! » qu'on s'obstine à consercités dans la note précédente. ver en la redoublant.

.'1 Yar. : poison. 7. Yar. : où trouverai-je un remè-

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