‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 292 sur 538 · Bossnet avait déjà dit de Oondé reconnut sa faute · texte numérisé non relu

Bossnet avait déjà dit de Oondé reconnut sa faute

et des deux antres princes, de Conti 8. Charles IT, et son frère (le duc

et de Longueville, qu'on en avait d'York), qui devait lui succéder

fait « des coupables en les traitant sous le nom de Jacques II, étaient

comme tels.» (Oraison funèbre de bannis non seulement d'Angleterre,

Michel Le relï?>r. ci-dessus, p. 341.) mais môme de France où leur mère

2. C'est-à-dire l'acte par lequel il Henriette était réfugiée. C'était une

Sermons de Bossaet. — VI. 2S

tenant un roi si fameux, malheureux alors, tous les honneurs qui lui étaient dus; et il apprit enfin à l'Espagne trop politique ^ quelle était cette majesté que la mauvaise fortune ne pouvait ravir à de si grands princes. Le reste de sa conduite ne fut pas moins grand. Parmi les difficultés que ses intérêts apportaient au traité des Pyrénées, écoutez quels furent ses ordres, et vo3^ez si jamais un particulier traita si noblement ses intérêts. Il mande ?i ses agents dans la conférence qu'il n'est pas juste que la paix de la chrétienté soit retardée davantage à sa considération ; qu'on ait soin de ses amis ; et, pour lui, qu'on lui laisse suivre sa fortune. Ha ! quelle grande victime se sacrifie au bien public î Mais quand les choses changèrent et que l'Espagne lui voulut donner ou Cambrai et ses environs, ou le Luxembourg, en pleine souveraineté, il déclara qu'il préférait à ces avantages et à tout ce qu'on pouvait jamais lui accorder de plus grand, quoi? son devoir et les bonnes grâces du Roi. C'est ce qu'il avait toujours dans le cœur; c'est ce qu'il répétait sans cesse au duc d'Enghien ^. Le voilà dans son naturel : la France le vit alors accompli par ces derniers traits, et avec ce je ne sais quoi d'achevé que les malheurs ajoutent aux grandes vertus ; elle le revit dévoué plus que jamais a l'Fitat et à son Roi. Mais, dans ses premières guerres, il n'avait qu'une seule vie à lui offrir ; maintenant il en a une

indigne concession que Mazarin parer la table pour Charles II seul, avait faite à Cromwell. (Cf. la et il se mit en devoir de le servir notice sur l'oraison funèbre deHen- lui-même, serviette sur le bras. Prié nette de France, t. V, p. 513.) de prendre place à la table, avec 1. Var. : trop dédaigneuse (1()87, toute la compagnie, il répondit 1689). — Politique, correction au qu'ils iraient dans une autre pièce, crayon sur l'exemplaire de M. le (( et il ne se rendit, raconte Saintduc d'Aumale. En se relisant, l'ora- Simon, que sur ce que le roi d'Anteur a jugé que le <'édain avait gleterre le commanda absolument, peut-être moins inspiré la conduite Alors M. le Prince dit que le roi inconvenante de Don Juan (fils commande qu'on apportât des counaturel de Philippe IV et gouver- verts. Il se mit à distance, mais à neur des Pays-Bas) que la politique, la droite du roi d'Angleterre, don comprise à la façon de Mazarin. Juan à sa gauche, et tous les invités On sait la piquante leçon que ensuite. »

Condé donna au prince espagnol à 2. Il s'agit maintenant de Henri- Bruxelles. L'ayant invité à dîner, Jules de Bourbon, devenu duc d'Enen même temps que l'héritier du ghien lorsque son père devenait trône d'Angleterre et une brillante prince de Condé. société, il commença par faire pré-

autre, qui lui est plus chère que la sienne. Après avoir, à son exemple, glorieusement achevé le cours de ses études, le duc d'Enghien est prêt à le suivre dans les combats. Non content de lui enseigner la guerre, comme il a fait jusqu'à la fin par ses discours, le prince le mène aux leçons vivantes et à la pratique: Laissons le passage du Rhin, le prodige de notre siècle ^ et de la vie de Louis le Grand. A la journée de Senef, le jeune duc, quoiqu'il connnandât, comme il avait déjà fait en d'autres campagnes, vient, dans les plus rudes épreuves, apprendre la guerre aux côtés du prince son père. Au milieu de tant de périls, il voit ce grand pi-ince renversé dans un fossé, sous un cheval tout en sang. Pendant qu'il lui offre le sien, et s'occupe à relever le prince abattu, il est blessé entre les bras d'un père si tendre, sans interrompre ses soins, ravi de satisfaire à la fois à la piété et à la gloire. Que pouvait penser le prince, si ce n'est que, pour accomplir les plus grandes choses, rien ne manquerait à ce digne fils que les occasions? Et ses tendresses redoublaient avec son estime.

Ce n'était pas seulement pour un fils, ni pour sa famille, qu'il avait des sentiments si tendres. Je l'ai vu, et ne croyez pas que j'use ici d'exagération, je l'ai vu vivement ému des périls de ses amis; je l'ai vu, simple et naturel, changer de visage au récit de leurs infortunes, entrer avec eux dans les moindres choses comme dans les plus importantes ; dans les accommodements, calmer les esprits aigris, avec une patience et une douceur qu'on n'aurait jamais attendue d'une humeur si vive ni d'une si haute élévation^. T^oin de nous les héros sans humanité ! Ils pourront bien forcer les respects et ravir l'admiration, connue font tous les objets extraordinaires ; mais ils n'auront pas les cœurs. Lors-

1. C'était l'opinion établie à adouci de hauteur de caractère ï cette époque. Mais on a depuis Elle serait en ce cas assez impropre, réduit à fort peu de chose cette II s'agit, croyons-nous, du rang, opération si vantée. On reconnaît Le caractère est marqvié dans les toutefois que ce fut une action premiers mots : « d'une humeur si hardie, et féconde en heureuses vive :)) et cette « si haute élévation» conséquences; mais il n'y eut guère de prince du sang, c'est ce qui d'obstacles à vaincre. ^ paraissait un second obstacle

2. Faut-il regarder, avec l'édition vaincu, quand il s'abaissait, avec Jacquinet (p. 455 et 485), cette douceur et patience, au rôle de expression comme un synonyme médiateur des esprits aigris.

que Dieu forma le cœur et les entrailles de l'homme, il y mit premièrement la bonté comme le propre caractère de la nature divine ^, et pour être comme la marque de cette main bienfaisante dont nous sortons. La bonté devait donc faire comme le fonds de notre cœur, et devait être en même temps le premier attrait que nous aurions en nous-mêmes pour gagner les autres hommes. La grandeur qui vient par-dessus, loin d'affaiblir la bonté, n'est faite que pour l'aider à se conmiuniquer davantage, comme une fontaine publique qu'on élève pour la répandre. Les cœurs sont à ce prix ; et les grands dont la bonté n'est pas le partage, par une juste punition de leur dédaigneuse insensibilité, demeureront privés éternellement du plus grand bien de la vie humaine, c'est-à-dire des douceurs de la société. Jamais homme ne les goûta mieux que le prince dont nous parlons ; jamais homme ne craignit moins que la familiarité blessât le respect. Est-ce là celui qui forçait les villes et qui gagnait les batailles? Quoi ! il semble avoir oublié ce haut rang qu'on lui a vu si bien défendre! Reconnaissez le héros qui, toujours égal à lui-même, sans se hausser pour paraître grand, sans s'abaisser pour être civil et obligeant, se trouve naturellement tout ce qu'il doit être envers tous les hommes : comme un fleuve majestueux et bienfaisant, qui porte paisiblement dans les villes l'abondance qu'il a répandue dans; les campagnes en les arrosant, qui se donne à tout le monde, et ne s'élève et ne s'enfle que lorsque avec violence on s'oppose à la douce pente qui le porte à continuer son tranquille cours. Telle a été la douceur, et telle a été la force du prince de Condé. Avez-vous un secret important? versez-le hardiment dans ce noble cœur : votre affaire devient la sienne par la confiance. Il n'y a rien de plus inviolable pour ce prince que les droits sacrés de l'amitié. Lorsqu'on lui demande une grâce, c'est lui qui paraît l'obligé : et jamais on ne vit de joie ni si vive ni si naturelle que celle qu'il ressentait à faire plaisir. Le premier argent qu'il reçut d'Pispagne avec

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