‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 300 sur 538 · C'est-à-dire en dissimulant sa ait songé · texte numérisé non relu

C'est-à-dire en dissimulant sa ait songé

propre présence, pour ne laisser 5. Par exemple, il faisait distri-

voir que la victoire. — Concision buer de grosses sommes dans . des

extrême, peut-être excessive, à la endroits que la guerre civile avait

fin comme au commencement de ce le plus ravagés en 1652. membre de phrase.

encore au delà, et suppléeriez de vous-même à tout ce qu'il pourrait avoir oublié. Qu'un père vous ait aimé, je ne m'en étonne pas : c'est un sentiment que la nature inspire; mais qu'un père si éclairé vous ait témoigné cette confiance jusqu'au dernier soupir, qu'il se soit reposé sur vous de choses si importantes, et qu'il meure tranquillement sur cette assurance, c'est le j^lus beau témoignage que votre vertu pouvait remporter ; et, malgré tout votre mérite, Votre Altesse n'aura de moi aujourd'hui que cette louange \

Ce que le prince commença ensuite pour s'acquitter des devoirs de la religion mériterait d'être raconté à toute la terre, non à cause qu'il est remarquable, mais à cause, pour ainsi dire, qu'il ne l'est pas, et qu'un prince si exposé à tout l'univers ne donne rien aux spectateurs. N'attendez donc pas. Messieurs, de ces magnifiques paroles qui ne servent qu'à faire connaître, sinon un orgueil caché, du moins les efforts d'une âme agitée, qui combat ou qui dissimule son trouble secret. Le prince de Condé ne sait ce que c'est que de prononcer de ces pompeuses sentences, et, dans la mort comme dans la vie, la vérité fît toujours toute sa grandeur. Sa confession fut humble, pleine de componction et de confiance. Il ne lui fallut pas longtemps pour la préparer : la meilleure préparation, pour celle des derniers temps, c'est de ne les attendre pas. Mais, Messieurs, prêtez l'oreille à ce qui va suivre. A la vue du saint Viatique, qu'il avait tant désiré, voyez comme il s'arrête sur ce doux objet. Alors il se souvient des irrévérences dont, hélas! on déshonore ce divin mystère^. Les chrétiens ne connaissaient plus la sainte frayeur dont on était saisi autrefois à la vue du sacrifice. On dirait qu'il eût cessé d'être terrible, comme l'appelaient les saints Pères, et que le sang de notre victime n'y coule pas encore aussi véritablement que sur le Calvaire.

1. Cette louange, aussi délicate la prudence avec laquelle il conque sincère, a un autre avantage: vient d'accueillir les terribles exécuelle n'a rien de compromettant. tions de l'auteur grincheux des Avec de réels talents, Henri-Jules Méitioires, voyez Graston Boissier, de Bourbon était d'une bizarrerie de Saint-Simon (Paris, 1892, in-16). caractère, qui les rendit à peu près 2. On va voir, par ce qui suit, inutiles: le médisant Saint-Simon qu'il fit principalement, et avec trop n'est pas seul à en témoigner. (Sur de raison, un retour sur lui-même.

Loin de trembler devant les autels, on y méprise Jésus- Christ présent ; et, dans un temps où tout un royaume se remue pour la conversion des hérétiques, on ne craint point d'en autoriser les blasphèmes. Gens du monde, vous ne pensez pas à ces horribles profanations ; à la mort, vous y penserez avec confusion et saisissement. Le prince se ressouvint de toutes les fautes qu'il avait commises ; et, trop faible pour explique]- avec force ce qu'il en sentait, il emprunta la voix de son confesseur pour en demander pardon au monde, à ses domestiques et à ses amis. On lui répondit par des sanglots : ha ! répondez-lui maintenant en profitant de cet exemple. Les autres devoirs de la religion furent accomplis avec la même piété et la même présence d'esprit. Avec quelle foi et combien de fois pria-t-il le Sauveur des âmes, en baisant sa croix, que son sang répandu pour lui ne le fût pas inutilement ! C'est ce qui justifie le pécheur ; c'est ce qui soutient le juste ; c'est ce qui rassure le chrétien. Que dirai-je des saintes prières des agonisants, où, dans les efforts que fait l'Église,, on entend ses vœux les plus empressés, et comme les derniers cris par où cette sainte mère achève de nous enfanter à la vie céleste? Il se les fît répéter trois fois, et il y trouva toujours de nouvelles consolations. En remerciant ses médecins : Voilà, dit-il, maintenant mes vrais médecins : il montrait les ecclésiastiques dont il écoutait les avis, dont il continuait les prières, les psaumes toujours à la bouche, la confiance toujours dans le cœur. S'il se plaignit, c'était seulement d'avoir si peu à souffrir pour expier ses péchés : sensible jusques à la fin à la tendresse des siens, il ne s'y laissa jamais vaincre ; et, au contraire, il craignait toujours de trop donner à la nature. Que dirai-je de ses derniers entretiens avec le duc d'Enghlen? Quelles couleurs assez vives pourraient vous représenter et la constance du père et les extrêmes douleurs du fils? D'abord le visage en pleurs, avec plus de sanglots que de paroles, tantôt la bouche collée sur ces mains victorieuses et maintenant défaillantes, tantôt se jetant entre ces bras et dans ce sein paternel, il semble, par tant d'efforts, vouloir retenir ce cher objet de ses respects et de ses tendresses. Les forces lui

manquent, il tombe à ses pieds. Le prince, sans s'émouvoir, lui laisse reprendre ses esprits ; puis, appelant la duchesse sa belle-fîlle, qu'il voyait aussi sans parole et presque sans vie, avec une tendresse qui n'eut rien de faible il leur donne ses derniers ordres, où tout respirait la piété. Il les finit en les bénissant ^ avec cette foi et avec ces vœux que Dieu exauce, et en bénissant avec eux, ainsi qu'un autre Jacob, chacun de leurs enfants en particulier ; et on vit de part et d'autre tout ce qu'on affaiblit en le répétant. Je ne vous oublierai pas, ô Prince ^, son cher neveu et comme son second fils, ni le g-lorieux témoignage qu'il a rendu constamment à votre mérite, ni ses tendres empressements et la lettre qu'il écrivit en mourant, pour vous rétablir dans les bonnes grâces du Roi, le plus cher objet de vos vœux ^, ni tant de belles qualités qui vous ont fait juger digne d'avoir si vivement occupé les dernières heures d'une si belle vie. Je n'oublierai pas non plus les bontés du Roi qui prévinrent les désirs du prince mourant, ni les généreux soins du duc d'Enghien qui ménagea cette grâce, ni le gré que lui sut le prince d'avoir été si soigneux, en lui donnant cette joie, d'obliger un si cher parent. Pendant que son cœur s'épanche et que sa voix se ranime en louant le Roi, le prince de Conti arrive, pénétré de reconnaissance et de douleur. Les tendresses se renouvellent ; les deux princes ^ ouïrent ensemble ce qui ne sortira jamais de leur cœur ; et le prince conclut en leur confirmant qu'ils ne seraient jamais ni grands hommes, ni grands princes, ni honnêtes gens ^, qu'autant qu'ils seraient gens de bien, fidèles à Dieu et au Roi. C'est la dernière parole

1. Petite négli.areace, dans ces d'avoir été,sans l'autorisation royale, deux acceptions du même pronom faire la guerre contre les Turcs en (les) : il finit ses ordres, en bénissant Hongrie. Il avait passé son exil à le duc et la duchesse d'Enghien. Chantilly, près de Condé, son tu-

2. Le prince de Conti (appelé teur. Déjà fort intelligent, il avait prince de La Roche-sur- Yon avant encore grandement profité à l'école la mort de son frère aîné, arrivée d'un tel maître. Saint-Simon, tout en lfi85). Ces deux frères avaient en reconnaissant ses brillantes quaperdu leur mère en 1G72, et leur lités, l'accuse d'avarice et d'inpère dès 1666. justice.

3. Le Roi lui avait interdit la Cour, 4. Le duc d'Enghien et le prince pour le punir de la part qu'il avait de Conti.

prise à une correspondance satirique 5. L'honnête homme, au XVII*

sur Mme de Maintenon, et aussi siècle, était l'homme de bonne

qu'il laissa gravée dans leur mémoire; c'est, avec la dernière marque de sa tendresse, l'abrégé de leurs devoirs. Tout retentissait de cris, tout fondait en larmes; le prince seul n'était pas ému, et le trouble n'arrivait pas dans l'asile où il s'était mis. O Dieu î vous étiez sa force, son inébranlable refuge, et, comme disait David ^, ce ferme rocher où s'appuyait sa constance ! Puis-je taire durant ce temps ce qui se faisait à la Cour et en la présence du Roi? Lorsqu'il y fît lire la dernière lettre que lui écrivit ce grand homme, et qu'on y vit, dans les trois temps que marquait le prince, ses services qu'il y passait si légèrement au commencement et à la fin de sa vie, et dans le milieu ses fautes dont il faisait une si sincère reconnaissance, il n'y eut cœur qui ne s'attendrit à l'entendre parler de lui-même avec tant de modestie ; et cette lecture, suivie des larmes du Roi, fit voir ce que les héros sentent les uns pour les autres. Mais lorsqu'on vint à l'endroit du remerciement, où le prince marquait qu'il mourait content et trop heureux d'avoir encore assez de vie pour témoigner au Roi sa reconnaissance, son dévouement, et, s'il l'osait dire, sa tendresse, tout le monde rendit témoignage à la vérité de ses sentiments ; et ceux qui l'avaient ouï parler si souvent de ce grand roi dans ses entretiens familiers pouvaient assurer que jamais ils n'avaient rien entendu ni de plus respectueux et de plus tendre pour sa personne sacrée, ni de plus fort pour célébrer ses vertus royales, sa piété, son courage, son grand génie, principalement à la guerre, que ce qu'en disait ce grand prince avec aussi peu d'exagération que de flatterie. Pendant qu'on lui rendait ce beau témoignage, ce grand homme n'était plus. Tranquille entre les bras de son Dieu où il s'était une fois jeté, il attendait sa miséricorde et implorait son secours jusqu'à ce qu'il cessa enfin de respirer et de vivre. C'est ici qu'il faudrait laisser éclater ses justes douleurs h la perte d'un si grand homme : mais, pour l'amour de la vérité

société, de bonue éducation. On voit éditions suppriment cette référence, ici que cette expression n'était pas qui est excellente. Deforis y subsynonyme d'homme de bien. stitue celle-ci : Ps. xxvi, 6. l.IIReg., XXII, 2, a. —Plusieurs

et à la honte de ceux qui la méconnaissent, écoutez encore ce beau témoignage qu'il lui rendit en mourant. Averti par son confesseur ^ que, si notre cœur n'était pas encore entièrement selon Dieu, il fallait, en s'adressant à Dieu même, obtenir qu'il nous fît un cœur comme il le voulait, et lui dire avec David ces tendres paroles : O Dieu ! créez en moi un cœur pur ^ ; à ces mots, le prince s'arrête, comme occupé de quelque grande pensée ; puis, appelant le saint religieux qui lui avait inspiré ce beau sentiment : Je n\n jamais douté, dit-il, des mystères de la religion, quoi qu^on ait dit. Chrétiens, vous l'en devez croire; et, dans l'état où il est, il ne doit plus rien au monde que la vérité. Mais, poursuit-il, j'en doute moins que jamais. Que ces vérités, continuait-il avec une douceur ravissante, se démêlent et s'éclaircissent dans mon esprit! Oui, dit-il, nous verrons Dieu comme il est, face h face^. Il répétait en latin avec un goût merveilleux ces grands mots : Sicuti est, facie ad faciem : et on ne se lassait point de le voir dans ce doux transport ^. Que se faisait-il dans cette âme? quelle nouvelle lumière lui apparaissait? quel soudain rayon perçait la nue, et faisait comme évanouir en ce moment, avec toutes les ignorances des sens, les ténèbres mêmes, si je l'ose dire, et les saintes obscurités de la foi? Que devinrent alors ces beaux titres dont notre orgueil est flatté? Dans l'approche d'un si beau jour, et dès la première atteinte d'une si vive lumière, combien promptement disparaissent tous les fantômes du monde! que l'éclat de la plus belle victoire paraît sombre ! qu'on en méprise la gloire et qu'on veut de mal à ces faibles yeux qui s'y sont laissé^ éblouir!

1. Le P. François Bergier, jésuite, bonii^ principix Condœi, Paris, 1(389, familier de Condé, reçut en l'absence in-12, p. 117).

du P. de Champs (al. Deschamps). 4. Ici, le récit du P. Bergier diffère

la dernière confession du prince. légèrement de celui de Bossuet :

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