Ps. L, 12. « Fateor, hic teneri non potui, prin
3. I Jean., III, 2 ; I Cor., xiil, 12. cipemque tenerrime complexus : Ut — Le P. Bergier rapporte ainsi les tuis omnibus solatio tst, inquam, paroles de Condé : « De fidei myste- i.^thœc rel{çio, pietasquc. salutis tiiœ riis dubitavi nunquam, etnunc mul- tam certa pignora ! Vix ea cum to minus. Discussa mentis caligine, Christi pendentis etRgiem sumpsit nitent omnia : ita res habet, videbi- in manus. » {Op. cit., p. 118).
mus Deum .sicuti est, et facie ad 5. Yar. : laissés (1689). — La
faciem.» {De morte Ludovici Bor- premièreédition (1687) et la seconde
Venez, peuples, venez maintenant ; mais venez plutôt, princes et seigneurs, et vous qui jugez la terre, et vous qui ouvrez aux hommes les portes du ciel ; et vous plus que tous les autres, princes et princesses, nobles rejetons de tant de rois, lumières de la France, mais aujourd'hui obscurcies et couvertes de votre douleur comme d'un nuage; venez voir le peu qui nous reste d'une si auguste naissance, de tant de grandeur, de tant de gloire. Jetez les yeux de toutes parts : voilà tout ce qu'a pu faire la magnificence et la piété pour honorer un héros ^: des titres ^, des inscriptions ^, vaines marques de ce qui n'est plus ; des figures ^ qui semblent pleurer autour d'un tombeau, et des ^ fragiles images d'une douleur que le temps emporte avec tout le reste ; des colonnes qui semblent vouloir porter jusqu'au ciel le magnifique témoignage de notre néant ; et rien enfin ne manque dans tous ces honneurs que celui à qui on les rend. Pleurez donc sur ces faibles restes de la vie humaine, pleurez sur cette triste immortalité que nous donnons aux héros. Mais approchez en particulier, ô vous qui courez avec tant d'ardeur dans la carrière de la gloire, âmes guerrières et intrépides. Quel autre fut plus digne de vous commander? mais dans quel autre avez-vous trouvé le commandement plus honnête? Pleurez donc ce grand capitaine, et dites en gémissant:
(1689) ont ici le pluriel (laissez), deux grands palmiers: « Et parce
bien qu'en des cas analogues le par- que c'était la coutume des anciens
ticipe soit resté invariable. de faire paraître les images des an-
1. On en voit la description dans cêtres aux funérailles, on voit attales Honneurs funèbres rendus à la chées aux ])almiers seize médailles mémoire de Monseigneur Louis de de bronze des hommes illustres de Bourbon, prince de Condé, dans la branche de Bourbon, depuis Ro- Vëglise métropolitaine de Notre-Dame bert de Clermont, cinquième fils de Je PflW.s-, Paris. 1687, in-4. saint Louis, jusqu'à Antoine de
2. Trente inscriptions latines, gra- Bourbon, père d'Antoine, roi de Navées sur autant de tables de marbre. varre et du premier prince de Conrappelaient !a vie..les exploits et les dé. o A l'entrée du chœur, était un vertus du prince {/bid.. p. 3 à 30). autre arc de triomphe représentant
3. Seize trophées rappelant les d'un côté la vie héroïque du prince, victoires du grand Condé étaient et de l'autre sa mort chrétienne : on accompagnés des titres glorieux y voyait le Com-age et la Valeur mérités par ses belles actions, et en pleurs et témoignant leur dousemblables à ceux que les Romains leur par des expressions tirées de la donnaient à leurs empereurs », tels Bible.
qne: Princepsjuventutis; Nova spes 5. Leçon des anciennes éditions
lieipublicœ ; Bnctor exercituum, etc. (1687 et 1689) Une correction au
4. A la porte de Notre-Dame, crayon, ajoutée après coup sur était un arc de triomphe formé de l'exemplaire de Chantilly : de.
Voilà celui qui nous menait dans les hasards; sous lui se sont formés tant de renommés capitaines, que ses exemples ont élevés aux premiers honneurs de la guerre : son ombre eût pu encore gagner des batailles ; et voilà que dans son silence son nom même nous anime, et ensemble il nous avertit que, pour trouver à la mort quelque reste de nos travaux et n'arriver pas sans ressource à notre éternelle demeure, avec le roi de la terre il faut encore servir le roi du ciel. Servez donc ce roi immortel et si plein de miséricorde, qui vous comptera un soupir et un verre d'eau donné en son nom plus que tous les autres ne feront jamais tout votre sang répandu ; et commencez à compter le temps de vos utiles services du jour que vous vous serez donnés à un maître si bienfaisant. Et vous, ne viendrez-vous pas à ce triste monument, vous, dis-je, qu'il a bien voulu mettre au rang de ses amis? Tous ensemble, en quelque degré de sa confiance qu'il vous ait reçus, environnez ce tombeau ; versez des larmes avec des prières ; et, admirant dans un si grand prince une amitié si commode et un commerce si doux, conservez le souvenir d'un héros dont la bonté avait égalé le courage. Ainsi puisset-il toujours vous être un cher entretien! Ainsi puissiez-vous profiter de ses vertus ; et que sa mort, que vous déplorez, vous serve à la fois de consolation et d'exemple ! Pour moi, s'il m'est permis après tous les autres de venir rendre les derniers devoirs à ce tombeau, ô Prince, le digne sujet de nos louanges et de nos regrets, vous vivrez éternellement dans ma mémoire : votre image y sera tracée, non point avec cette audace qui promettait la victoire; non, je ne veux rien voir en vous de ce que la mort y efface. Vous aurez dans cette image des traits innnortels : je vous y verrai tel que vous étiez à ce dernier jour sous la main de Dieu, lorsque sa gloire sembla commencer à vous apparaître. C'est là que je vous verrai plus triomphant qu'à Fribourg et à Rocroy ; et, ravi d'un si beau triomphe, je dirai en action de grâces ces belles paroles du bien-aimé disciple : « Et hœc est Victoria quœ vincit mundum, fides nostra ^ : La véritable victoire, celle qui
]. I Joan., V, 4.
met sous nos pieds le monde entier, c'est notre foi. » Jouissez, Prince, de cette victoire, jouissez-en éternellement par l'immortelle vertu de ce sacrifice. As^réez ces derniers efforts d'une voix qui vous fut connue. Vous mettrez fin à tous ces discours. Au lieu de déplorer la mort des autres, grand Prince, dorénavant je veux apprendre de vous à rendre la mienne sainte ^ : heureux si, averti par ces cheveux blancs du compte que je dois rendre de mon administration, je réserve au troupeau que je dois nourrir de la parole de vie les restes d'une voix qui tombe et d'une ardeur qui s'éteint^.
1. Cette parole d'hnmilité ajoute le dernier trait à l'éloge funèbre de Condé. Ainsi l'évêque va désormais apprendre de son ami récemment converti l'art de mourir chrétiennement !
2. Cet adieu à l'oraison funèbre, si victorieusement placé à la fin de ce chef-d'œuvre, était sincère et définitif. Il eût fallu la mort d'un Louis XIY, pour obliger l'orateur à se donner un démenti. On ne peut considérer comme tel une ou deux allocutions sans beaucoup de solennité, qu'il dut prononcer, l'une au Valde-Grâce (26 avril 1690), en déposant sur l'autel le cœur de la Dauphine (c'était la femme de son ancien élève, et il avait été son aumônier) ; l'autre à Saint-Denis,
le 1" mai suivant, en présentant aux religieux le corps de la même princesse. (Voy. l'abbé Hurel, Les orateurs sacrés à la Cour de Louis X/ T. 1. 1, p. 349.) La promesse de se réserver pour ses diocésains n'est pas un simple mouvement oratoire. Nous avons fait, dans V Histoire critique de la Prédication de Bossuet (2* partie, ch. II r), la statistique des sermons perdus ; et ce n'est pas sans émotion que nous avons vu qu'il fallait placer entre la présente oraison fimèbre et le sermon de Pâques, 10 et .30 mars 1687, un simple catéchisme dans une église de Meaux (Saint-Saintin), mentionné parRochard et par l'abbé Ledieu, l'un chirurgien de l'Hôtel- Dieu de Meaux, et l'autre secrétaire de Bossuet.