‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 316 sur 538 · HOMELIE SUR CES PAROLES · texte numérisé non relu

HOMELIE SUR CES PAROLES

JVisi gra7Ui7n frujnenti cadens... (Joan., xil, 24). Vers 1689.

Rien de moins certain que la date de cette esquisse. Les éditeurs l'ont placée, non parmi les discours, mais parmi les opuscules de piété 1. Cependant ils l'intitulent: Homélie: ce titre réclame une place parmi les Sermons. Tl est vrai qu'il pourrait être arbitraire. Quoi qu'il en soit, la beauté manifeste de ce fragment justifiera au besoin sa présence dans notre collection.

Si le grain de froment, dit Jésus-Christ ^, ne tombe en terre et ne meurt, il demeure seul ; mais s^il meurt, il se multiplie et porte beaucoup de fruit.

Nous sommes ce grain de froment, et nous avons un germe de vie caché en nous-mêmes : c'est par là que nous pouvons porter beaucoup de fruit, et du fruit pour la vie éternelle. Mais il faut pour cela que tout meure en nous ; il faut que le germe de vie se dégage et se débarrasse de tout ce qui l'enveloppe. La fécondité de ce grain ne paraît qu'à ce prix. Tombons donc et cachons-nous en terre ; humilions-nous ; laissons périr tout l'homme extérieur, la vie des sens, la vie du plaisir, la vie de l'honneur^, la vie du corps.

Entendons bien la force de ce mot : Se haïr soimême'^. Si les choses de la terre n'étaient que viles et de nul prix, il suffirait de les mépriser ; si elles n'étaient qu'inutiles, il suffirait de les laisser là ; s'il suffisait de donner la préférence au Sauveur, il se serait contenté de dire comme ailleurs : Si on aime ces choses plus que moi, on n^est pas digne de moi " ; mais, pour nous mon-

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