Lettres et opuscules de M. Bos- 2. Joan., XII
suet (Paris, 1748, 2 vol. in-12).t. IT, 3. C'est-à-dire du faux honneur
p. 197. Deforis, t. VTTI, p. 4.^2 (édit. du monde. in-4) ; Lâchât, t. VII, p. 495. — Ce 4 Luc, xiv. 2(5.
dernier éditeur a supprimé le titre : 5. Matth., x, 37.
Homèlro...
HOMÉLIE SUR LE RENONCEMEiNT. 479
trer qu'elles sont nuisibles, il se sert du mot de haine. Entendons par là le. courage que demande le christianisme : tout perdre, tout sacrifier. Cette vie est une tempête; il faut soulager le vaisseau, quoi qu'il en coûte : car que servirait-il de tout sauver, si soi-même il faut périr?
Périsse donc pour nous tout ce qui nous plaît ; qu'il s'en aille en pure perte pour nous. Haïr son âme, c'est haïr tous les talents et tous les avantages naturels, comme étant à nous ; et peut-on s'en glorifier, quand on les hait? Mais peut-on ne les pas haïr, quand on considère qu'ils ne nous servent qu'à nous perdre, dans l'état d'aveuglement et de faiblesse où nous sommes, toujours en danger de tout rapporter à nous, au lieu de tendre à Dieu par ses dons? Gloire, fortune, réputation, santé, beauté, esprit, savoir, adresse, habileté, tout nous perd : le goût même de notre vertu nous perd plus que tout le reste. Il n'y a rien que Jésus-Christ ait tant répété et tant inculqué que ce précepte : Si ov veut être mon disciple, iJ faut, dit-il, haïr son père, sa mère, ses frères et sœurs, femme ^ et enfants, et sa propre âme ^, et tout le sensible en nous ; alors cette fécondité intérieure développera toute sa vertu, et nous porterons beaucoup de fruit.
Notre-Seigneur ajoute encore : Qui aime son âme, la perdra ^. C'est la perdre que de chercher à la satisfaire. Il faut qu'elle perde tout, et qu'elle se perde elle-même, qu'elle se haïsse, qu'elle se refuse tout, si elle veut se garder pour la vie éternelle.
Toutes les fois que quelque chose de flatteur se présente à nous, songeons à ces paroles : Qui aime son âme, la perd. Toutes les fois que quelque chosp de dur et de pesant se présente, songeons aussitôt : Haïr son âme, c'est la sauver. Ainsi nous vivrons de la foi, et nous serons vrais justes dans l'esprit et les maximes de l'Évangile.