‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 327 sur 538 · Contra Julian., lib. IV, cap. xiu · texte numérisé non relu

Contra Julian., lib. IV, cap. xiu

et les grands du monde. Loin d'imiter Jésus-Christ, dont la naissance a été si humble, chacun oublie la bassesse de la sienne. Cet homme qui s'est élevé par son industrie et peut-être par ses crimes, ne veut pas se souvenir dans quelle pauvreté il était né. Mais ceux qui sont nés quelque chose dans l'ordre du monde, songent-ils bien quel est le fond de leur naissance, combien elle a été faible, combien impuissante et destituée par elle-même de tout secours? Se souviennent-ils de ce que disait, en la personne d'un roi, le divin auteur du livre de la Sagesse : Je suis venu au inonde en gémissant comme les antres "^ ? De quoi donc se peut vanter l'homme qui vient au monde, puisqu'il y vient en pleurant, et c^ue la nature ne lui inspire point d'autres pressentiments dans cet état, que -celui qu'il a de ses misères? Entrons donc dans de profonds sentiments de notre bassesse, et descendons avec Jésus-Christ, si nous voulons monter avec lui. Il est monté , dit saint Paul ^, an plus haut des cieuœ, parce qu'ail est auparavant descendu au plus profond des aMmes. Ne descendons pas seulement avec lui dans une humble reconnaissance des infirmités et des bassesses de notre nature ; descendons jusqu'aux enfers, en confessant que c'est de là qu'il nous a tirés, et non seulement des enfers où étaient les âmes pieuses avant sa venue, ou des prisons souterraines où étaient les âmes imparfaites qui avaient autrefois été incrédules, mais du fond même des enfers où les impies, où Caïn, où le Mauvais riche étaient tourmentés avec les démons. C'est jusque-là qu'il nous faut descendre, jusque dans ces brasiers ardents, jusque dans ce chaos horrible et dans ces ténèbres éternelles, puisque c'est là que nous serions sans sa grâce. Anéantissons à son exemple tout ce que nous sommes. Car considérons, mes bien-aimés, qu'est-ce qu'il a anéanti en lui-même. Comme il était, dit saint Paul ^, dans la forme et la nature de Dieu, il n^a pas cru que ce fût à lui un attentat de se porter pour égal à Dieu ; mais il s^est anéanti lui-même en prenant la forme d'esclave, ayant été fait semblable aux hommes. Ce n'est donc

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