‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 328 sur 538 · Ephes., IV · texte numérisé non relu

Ephes., IV

pas seulement la forme d'esclave qu'il a comme anéantie en lui-même ; mais il a anéanti, autant qu'il a pu, jusqu'à la forme de Dieu, en la cachant sous la forme d'esclave, et suspendant, pour ainsi parler, son action toute-puissante et l'effusion de sa gloire; poussant l'obéissance jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix ^ ; la poussant jusqu'au tombeau, et ne commençant à se relever que lorsqu'il fut parvenu à la dernière extrémité de la bassesse. Ne songeons donc à nous relever, non plus que lui, que lorsque nous aurons goûté son ignominie dans toute son étendue, et que nous aurons bu tout le calice de ses humiliations. Alors il ne nous sera pas en ruine, mais en résurrection, en consolation e!; en joie.

Second Point.

Mais, pour nous jeter dans ces profondeurs, laissonsnous confondre par la vérité de sa doctrine. C'est la seconde source des contradictions qu'il a eu à essuyer sur la terre. Il n'a eu à y trouver que des pécheurs; et il semblait que des pécheurs ne devaient non plus s'opposer à un sauveur que des malades à un médecin. Mais c'est qu'ils étaient pécheurs et cependant qu'ils n'étaient pas humbles. Toutefois qu'y avait-il de plus convenable à un pécheur que l'humilité et l'humble aveu de ses fautes? C'est ce que Jésus-Christ n'a pu trouver parmi les hommes. Il a trouvé des pharisiens pleins de rapines, d'impuretés et de corruption ; il a trouvé des docteurs de la Loi, qui, sous prétexte d'observer les plus petits commandements avec une exactitude surprenante, violaient les plus grands. Et ce qui les a soulevés contre le Fils de Dieu, c'est ce qu'il a dit lui-même en un mot : Je suis venu au monde comme la lumière, et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises ^ .

C'est pourquoi Jésus a été, plus que Moïse, plus que Jérémie, plus que tous les autres prophètes, un objet de contradiction, de murmure et de scandale à tout le 1. Philip., II, 8. 2. Joan., m, 19 : xii, 46.

peuple. C^est un prophète. Ce n^en est pas un. C^est le Christ. Le Christ peut-il venir de Nazareth? Peut-il venir quelque chose de bon de Galilée ^ ? Quand le Christ viendra, on ne saura d'où il vient ^ ; mais nous savons d'où vient celui-ci ^. C'est un blasphémateur et un impie qui se fait égal à Dieu ^, qui enseigne à violer le jour du sabbat^. C'est un Samaritain et un schismatique ^ ; c'est un rebelle et un séditieux, qui empêche de payer le tribut à César ^ ; c'est un homme de plaisir et de bonne chère, qui aime les grands repas des publicains et des pécheurs ^ ; il est possédé du malin esprit, et c'est en son nom qu'il délivre les possédés ^ . En un mot, c'est un trompeur, c'est un imposteur ; ce qui enfermait le comble de tous les outrages, et ce qui fait aussi qu'on lui préfère un voleur de grand chemin et un assassin ^°. Lequel des prophètes a été en butte à de plus étranges contradictions? Il le fallait ainsi, puisque, portant aux hommes plus près que n'avait fait aucun des prophètes, et avec un éclat plus vif, la vérité qui les condamnait, il fallait qu'il soulevât contre lui tous les esprits jusqu'aux derniers excès. C'est pourquoi la rébellion n'a jamais été portée plus loin. Il fait des miracles que jamais personne n'avait faits, et il ne laissait aucune excuse à l'infidélité des hommes. Mais plus la conviction était manifeste, plus le soulèvement devait être brutal et insensé. Car voyez jusqu'où ils portent leur fureur : il avait ressuscité un mort de quatre jours en présence de tout le peuple, et non seulement c'est ce qui les détermine à le faire mourir, mais ils veulent faire mourir avec lui celui qu'il avait ressuscité ^\ afin d'ensevehr dans un même oubli, et le miracle, et celui qui en était l'auteur, et celui qui en était le sujet; parce qu'encore qu'ils sussent bien que Dieu, qui avait fait un si grand miracle, pouvait bien le réitérer quand il voudrait, ils osaient bien espérer qu'il ne le voudrait pas faire, ni renverser si souvent les lois de la nature. Voilà jusqu'où ils poussent leurs

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