Ibid., VIII
complots; et jamais la vérité n'avait été plus en butte aux contradictions, parce que jamais elle n'avait été plus claire, ni plus convaincante, ni, pour ainsi parler, plus souveraine. C'est donc alors que les pensées, que plusieurs tenaient cachées dans leurs cœurs, furent découvertes. Et quelle fut la noire pensée qui fut alors découverte? Que l'homme ne peut souffrir la vérité; qu'il aime mieux ne pas voir son péché, pour avoir occasion d'y demeurer, que de le voir et le reconnaître, pour être guéri ; et, en un mot, que le plus grand ennemi qu'ait l'homme, c'est l'homme même. Voilà cette secrète et profonde pensée du genre humain, qui devait être révélée à la présence de Jésus-Christ et à sa lumière : Ut revelentur ex multis cordihus cogitationes. Prenez donc garde, mes Frères, de ne pas imiter ces furieux. Tu t'enfonces dans le crime, malheureux pécheur ; et, à mesure que tu t'y enfonces, les lumières de ta conscience s'éteignent ; et cette parole de Jésus- Christ s'accomplit encore : Vous voulez me faire mourir parce que via parole ne prend point en vous ^. Les lumières de ta conscience et cette secrète persécution qu'elle te fait dans ton cœur, ne t'émeuvent pas ; pour cela tu les veux éteindre : les vérités de l'Évangile te sont un scandale ; tu commences à les combattre, non point par raison, car tu n'en as point, et les témoignages de Dieu sont trop croyables ^ ; mais par paresse, par aveuglement, par fureur. Il n'y a plus devant tes yeux et dans le fond de ton cœur qu'une petite lumière ; et sa faiblesse fait voir qu'elle n'est plus en toi que pour un peu de temps ^ : Adhuc modicum lumen in vohis est *. Au reste, mon cher Frère, c'est Jésus-Christ qui te luit encore, qui te parle encore par ce faible sentiment : marche donc à la faveur de cette lumière, de peur que les ténèbres ne t^enveloppent ; et celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il i^a ^ ; il choppe à chaque pas, à chaque pas il se heurte contre la pierre, et tous les chemins sont pour lui des précipices.